Société 

Adhérer à une Amap : bon plan pour les légumes à condition d’être très motivé

actualisé le 15/03/2012 à 09h20

Les paniers de légumes d'hiver sont composés très souvent de choux, panais, potiron ou céleri. (Photo Flickr / Cletus Awreetus / CC)

Nous démarrons aujourd’hui notre enquête sur « comment être écolo à Strasbourg ». Pour ce premier volet, Rue89 Strasbourg s’intéresse aux Amap (associations pour le maintien d’une agriculture paysanne) implantées dans divers quartiers de Strasbourg. Tarifs, lieux et horaires de dépose, listes d’attente, avantages et contraintes… L’Amap : un bon plan écolo ou pas ?

Pour manger des légumes quand on habite en ville, il n’y a pas 36 solutions: soit on remplit son panier au marché, soit au supermarché, soit on va rendre visite à mamie qui habite à la campagne une fois par semaine. Mais depuis quelque temps, un nouveau circuit existe, qui se propose de faire le lien direct entre un producteur local et les consommateurs. Ce sont les Amap.

Pour le Dictionnaire de l’environnement, une Amap, c’est ça :

« Une association pour le maintien de l’agriculture paysanne (Amap) est un partenariat entre un groupe de consommateurs et une ferme, basé sur un système de distribution de « paniers » composés des produits de la ferme. C’est un contrat solidaire, basé sur un engagement financier des consommateurs, qui payent à l’avance une part de la production sur une période définie par le type de production et le lieu géographique. Les Amap sont pour le paysan, le maintien de l’activité agricole par la garantie de revenu, et pour le consommateur, des aliments frais, de saison, souvent biologiques, produits à partir de variétés végétales ou races animales de terroir ou anciennes et un prix équitable pour les deux partenaires. »

Des places disponibles dans toutes les Amap « légumes »

Dans la communauté urbaine de Strasbourg (Cus), on dénombre une dizaine d’Amap :

  • L’Amap Vosges (66 ave des Vosges) qui permet de s’approvisionner en légumes et œufs frais de chez André Roesch (Jardins de Breitenheim), les jeudis de 18h30 à 19h30. Quelques places régulièrement renouvelables. Contact : andre.roesch159@orange.fr
  • L’Amap Cerise, toujours au 66 ave des Vosges, qui distribue les fruits bio de Stéphane Laugel (cerises, mirabelles, quetsches, pommes, poires, noix, jus de pommes, jus de poires) et des nectars – même jour et horaire. Reste 5 places. Contact : biosteph@orange.fr
  • L’Amap Schluthfeld à Neudorf, qui propose les paniers de légumes de Vincent Riegel – distribution le mardi de 19h15 à 20h dans l’arrière cour du 25a rue de Belfort. Possibilité de doubler le nombre d’adhérents. Contact : potager-rosenmeer@hotmail.fr
  • L’Amap du Ruisseau Bleu, également à Neudorf, qui approvisionne en légumes et œufs frais bio de Frédéric Bapst – distribution le mercredi de 19h à 20h au 16a rue de Châtenois. amap.neudorf@laposte.net
  • L’Amap Monde (quartier tribunal) distribue les produits des Jardins d’Agnès (Ittlenheim) – légumes et œufs frais bio de Vincent Schotter, le jeudi de 18h30 à 20h au Fossé des Treize. Une quinzaine de paniers encore disponibles.
  • L’Amap de la Krutenau, La Carotte sociale et solidaire, est hébergée, elle, par le Cardek (place des Orphelins). Y sont vendus des paniers de légumes et œufs frais bio de Vincent Schotter (Les Jardins d’Agnès) également, le mercredi de 18h à 19h30. Déposes secondaires à la gare et à Neudorf.
  • L’Amap Hoppla geiss est un peu particulière. C’est la seule qui propose du fromage de chèvre, celui d’Isabelle Schultz de Lièpvre. Dépose au 66 ave des Vosges.
  • Il existe également des Amap « viande », porc (productrice : Hélène Faust, à Hatten), bœuf (Stéphane Laugel, le producteur de fruits) ou agneau (Bernard Winterhalter, à Sainte-Croix-aux-Mines), des Amap « pain » et même « fleurs » (Fossé des treize).
  • On dénombre encore deux Amap, l’une à Illkirch-Graffenstaden (ferme Truttenhausen), l’autre à Schiltigheim (encore les Jardins d’Agnès).

Les tarifs sont en général d’environ 20€ par semaine pour un panier de légumes complet – deux adultes, deux enfants – ou de 10€ pour un demi panier, largement suffisant pour un couple. Si les avantages sont connus : soutien à une agriculture vivrière de proximité, alimentation saine et de saison au meilleur prix… Les inconvénients, eux, sont également nombreux : l’adhérent ne connait pas le contenu de son panier à l’avance, les quantités sont variables en fonction des saisons comme de la récolte, le panier est à récupérer un jour fixe dans la semaine – en soirée, les mardi, mercredi ou jeudi le plus souvent –, il faut prévoir un remplaçant pour son panier quand on est en vacances… Autres inconvénients : les légumes sont en général livrés plus « terreux » que sur les étals des marchés, pour faciliter leur conservation. Une tâche en plus pour le consommateur, qui doit par ailleurs cuisiner toutes les semaines le contenu de son panier – adeptes du prêt-à-réchauffer s’abstenir.

« Choucroute et potiron toutes les semaines : une lassitude s’est installée »

Autant de contraintes qui mettent à l’épreuve les consommateurs, même les plus motivés, comme Anne-Claire Véronneau, membre de l’Amap Monde depuis 3 ans :

« Nous avons eu envie de nous inscrire et de nous investir dans cette Amap, pour l’aspect santé et alimentation, mais aussi par solidarité avec le producteur. En achetant sa production à l’avance, on prend le risque avec lui des aléas climatiques. Seulement, cet hiver, nous avons vraiment eu du mal à voir le bon côté des choses. Une lassitude s’est installée : choucroute et potiron toutes les semaines, c’était vraiment pénible et lourd. Il a fallu se motiver pour couper le céleri, les panais ou les rutabagas le soir en rentrant du boulot. Plus d’une fois, on a laissé germer les pommes de terre dans un coin de la cuisine… Oui, nous allons continuer – on rentre dans la période sympa, où les produits vont se diversifier – mais nous réfléchirons l’hiver prochain à redistribuer les légumes autour de nous, à en donner à la famille, aux voisins. »

Son mari, Yann, remarque par ailleurs :

« L’Amap, c’est la rencontre entre le monde associatif et des consommateurs. Or, avec le développement du bio dans la grande distribution notamment, de nombreuses personnes qui adhéraient aux Amap, avant tout pour manger sainement, se désengagent souvent. Parce que si l’on a pas l’écologie chevillée au corps, si on ne fait pas ça aussi pour soutenir une agriculture de qualité proche de chez soi, on peut se décourager et arbitrer en défaveur de l’Amap. Surtout l’hiver, quand on doit manger tout le temps des carottes et des topinambours… Par contre, si l’on recherche le bon plan écolo, c’est ce qu’il y a de mieux. Pas cher, du circuit court, du bio et du lien social. »

« Avec une quarantaine de paniers à 20€ par semaine, un maraîcher arrive à dégager un salaire »

Pour Djemal Abbas aussi, il est inimaginable de revenir en arrière. Fondateur de l’association Amap Alsace, il est membre depuis 8 ans de l’Amap pionnière à Strasbourg, celle du 66, avenue des Vosges:

« Pour moi, l’Amap, c’est un mode de vie. Je n’ai pas besoin qu’André (ndlr : Roesch) ait le label bio par exemple. C’est « mon » paysan, je lui fais confiance. C’est un partenariat entre nous. En théorie, je peux même voir ses comptes et nous définissons ensemble un « bon prix », suffisant pour qu’il vive de son travail. Normalement, avec une quarantaine de paniers à 20€ par semaine, un maraîcher arrive à dégager un salaire. L’idée de l’Amap aussi, c’est de se bouger en tant que consommateur pour manger ce qu’il y a de meilleur sans se ruiner. Avec nos 1500€ à deux, plus notre petit-fils souvent à la maison, on dépense 400€ en nourriture quasi exclusivement dans les cinq Amap auxquelles on appartient. »

Côté producteurs, les sons de cloche divergent. L’Amap est avant tout un moyen de pérenniser, voire développer, son exploitation, en vendant du bon à un « bon prix ». C’est en tout cas ce que confie Stéphane Laugel, producteur de fruits à Westhoffen pour l’Amap Cerise (66 av des Vosges, 45 rue de Belfort à Neudorf):

« Pour moi, l’Amap, c’est une solidarité entre des amapiens (consommateurs) et un producteur, et un partage équitable de la récolte. Tous mes fruits sont bio depuis 20 ans. Je les distribue sur 40 semaines environ, de mai à Noël. Et pendant la soudure, je mets des noix et des nectars dans les paniers. Je fais ça depuis 2007 et j’ai une soixantaine d’abonnés. Avant, je vendais aux magasins bio, mais je me suis aperçu que la clientèle et les responsables de ces boutiques ont peu à peu préférer acheter au moins cher, comme n’importe quel supermarché, ne prenant plus en compte la provenance des produits. Alors, j’ai monté une Amap, la seule 100% fruits à Strasbourg. Mes clients ont le profil de ceux qui fréquentaient les magasins bio il y a 15 ans… Mes tarifs : 10€ par semaine, pour un volume qui varie de 1 à 7/8 kilos (hors pommes à volonté) en fonction des saisons. »

Le point faible des paniers Laugel : « ils manquent de petits fruits rouges (fraises, framboises…) et de nectarines ». Leur point fort : « La quantité. Pour écouler mon panier, il faut être au moins deux adultes et deux enfants et manger du fruit. Pendant l’été, il faut aussi pas mal transformer (confiture, tartes…) ou congeler ».

50 personnes en plus pour pérenniser l’Amap Schlutfeld

L’Amap n’est pas pour autant un eldorado pour tous les producteurs. Maraîcher à Innenheim, Vincent Riegel est associé à l’Amap Schlutfeld et dépose aussi au parc du Kurgarten. Pour lui, les temps sont durs:

« Les Amap pour lesquelles je cultive mes légumes manquent de consommateurs. Conséquence : nos paniers sont surchargés (ndlr : à 22€). Il nous faudrait 50 personnes en plus ! Moi j’ai quitté mon emploi salarié il y a quelques années, et là, on ne s’en sort pas. Il y a de la concurrence entre les Amap bio et non bio, et entre les Amap et les systèmes de paniers hors Amap (voir ci-dessous). D’ailleurs, souvent, les gens ne font pas la différence et vont là où ça les arrange le mieux… Pour nous qui jouons le jeu et partageons équitablement la récolte entre nos amapiens, sans revendre une partie sur les marchés ou en gros, nous sommes perdants. Je suis déçu : si ça continue comme ça, dans deux ans, on met la clé sous la porte. »

Car pour s’adresser aux consommateurs qu’un abonnement à l’année rebute, certaines entreprises d’insertion (Les Jardins de la Montagne-Verte , Les Jardins du Kochersberg, ferme Saint-André à Friedolsheim) et des producteurs locaux (la Coccinelle d’Alsace ou la ferme Mathis de Hoerdt) proposent des paniers de légumes, livrés à domicile, à la commande. Et depuis octobre 2011, ces mêmes sociétés – entre autres – participent à une opération de distribution de paniers sur 13 sites scolaires à Strasbourg, mise en place par la municipalité, en collaboration avec la chambre d’agriculture du Bas-Rhin.

Pour connaître les 13 sites scolaires en question :

Françoise Buffet, adjointe au maire, explique cette démarche :

« En 2009/2010, nous avons commandé une étude sur la consommation alimentaire locale. En est ressorti que 80% des gens étaient sensibles à la provenance de leurs aliments, mais que seul un quart de ce que nous mangions était produit en Alsace. Nous sommes dans l’une des régions les plus dépendantes de l’extérieur en termes d’alimentation. Nous avons donc engagé une politique de soutien aux circuits courts, en partenariat avec la Chambre d’agriculture du Bas-Rhin. Cela passe notamment pas la réorientation des terres vers la production maraîchère, ou le fait de faciliter la distribution de paniers dans les écoles. Cette opération représente déjà quelque 400 paniers par semaine. »

Cette opération, en phase expérimentale, fera l’objet d’un bilan, établi par les institutions en lien avec les producteurs d’ici le mois de juin. Avant d’être ou non pérennisée.

Pour aller plus loin

L’étude commandée par la CUS sur les circuits courts en 2009 :

La convention de partenariat entre la CUS et la Chambre d’agriculture :

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.
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