Politique 

Régionales : 9 cartes pour tout comprendre de l’ALCA

actualisé le 10/10/2017 à 17h46

Cartes. Retour sur les élections régionales de décembre et les enseignements que l’on peut tirer des zones de force et de faiblesses pour les 7 premières listes. Le vote alsacien se démarque des deux autres régions. Cliquez sur les départements pour voir les résultats dans chaque commune.

Les premières élections régionales dans la région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA) ont été marquées par beaucoup d’inédits. Entre un scrutin moins d’un mois après les attentats de novembre 2015 et le maintien de la tête de liste PS contre la volonté de son parti, la campagne, longtemps morne, s’est emballée sur la toute fin.

La nouvelle délimitation a forcé des fédérations des partis politiques qui n’avaient pas toujours l’habitude de travailler ensemble dans les trois régions à monter des gigantesques listes de 189 candidats. Et aussi à tâtonner en termes de stratégie électorale. Les esprits se sont calmés et c’est le moment de regarder à froid quels enseignements nous pouvons tirer du premier tour de cette élection.

Les tendances de fond de chaque parti

La première carte a été dressée en prenant au mot l’expression de « tripartisme » pour qualifier la recomposition du paysage politique entre gauche, droite et extrême droite. En prenant en compte les scores supérieurs à leur moyenne régionale, la carte ne donne pas le résultat brut mais met en évidence les endroits où les trois premiers partis ont été plus performants qu’ailleurs.

On observe cependant beaucoup de communes grises, où aucun bloc ne se distingue en particulier, pour deux raisons :

  • Soit parce qu’une commune appartient au tiers supérieur de deux blocs : c’est le cas dans des villes comme Mulhouse, Nancy et Strasbourg (LR et PS dans le tiers supérieur) ou certaines communes de Moselle (FN et PS dans le tiers supérieur).
  • Soit, parce qu’aucun bloc ne se distingue par rapport aux deux autres, c’est notamment le cas dans le Haut-Rhin, dans une vaste bande reliant Kruth à Ottmarsheim. La raison dans ce secteur est peut-être à chercher du côté des forts scores d’Unser Land allant jusqu’à 40% (voir plus bas)

La droite ne fait pas le plein

La droite a été créditée de 25,83% des voix au premier tour, quand le FN était à 36,07%. L’alliance conduite par Philippe Richert (LR) incluait pourtant le Modem et l’UDI.

Pour Arnaud Mercier professeur en communication politique et chercheur associé au centre de recherche sur les médiations (CREM) de l’Université de Lorraine, c’est un résultat décevant par rapport aux précédentes élections :

« La droite n’a pas fait le plein des voix qu’elle pouvait espérer. Seule la droite alsacienne permet de limiter le succès du FN au premier tour. »

En dehors du Bas-Rhin, la droite réalise aussi de très forts scores dans les Ardennes, mais dans les zones peu peuplées. Au niveau du département, le FN l’a emporté avec 38,5% des voix contre 28,9% pour la droite. Pour rappel, le FN était en tête dans 9 des 10 départements au soir du premier tour.

Le Front national s’enracine

Contrairement à Strasbourg, la carte des forts scores du FN ne se superpose pas avec celle de l’abstention dans la grande région. Pour Arnaud Mercier, l’un des enseignements de l’élection est que le FN continue de s’enraciner :

« Il étend son influence, notamment dans les friches industrielles au nord de la Lorraine. Plus qu’en termes géographiques, il faut raisonner en termes de clivage ville/campagne pour analyser sa progression. »

Les plus gros scores sont dans le sud de la Champagne, notamment entre Saint-Dizier et Chaumont, ainsi que dans une large partie de l’Aube.

Une abstention plus forte près des frontières

Avec 52,09% d’abstention, la région ALCA est celle qui a le moins voté en décembre après l’Île-de-France. La faible participation se concentre dans les zones frontalières.

Pour Arnaud Mercier ce n’est pas un élément nouveau :

« Il n’y a pas vraiment de mouvement sur l’abstention. Les zones structurellement abstentionnistes restent les mêmes. »

Entre les deux tours, un peu plus de 11% des inscrits se sont mobilisés.

Le vote très alsacien pour Unser Land se complète avec Debout La France

La dilution des voix de la droite peut aussi s’expliquer par deux nouveaux partis, qui ont approché les 5%, ce qui a été une petite surprise au vu des sondages qui les donnaient plutôt à 3%. Au-delà de ce seuil, la question d’une éventuelle fusion avec une autre liste au deuxième tour se serait posée. Néanmoins, ces scores très hétérogènes témoignent d’un potentiel électoral limité pour les futures élections.

Regarder les zones de forces et faiblesses est particulièrement frappant pour le parti régionaliste alsacien d’Unser Land, allié avec plusieurs partis autonomistes lorrains ou l’alliance écologique indépendante (AEI). Il l’emporte même dans trois villages alsaciens (2 dans le Bas-Rhin, un dans le Haut-Rhin). Son score très élevé en Alsace – en particulier dans le Sud – et à degré moindre en Moselle, témoigne d’une sensibilité pour le droit local.

La carte d’Unser Land se complète avec celle des scores du parti souverainiste « Debout la France », témoin d’un vote à droite mais qui ne veut ni du FN ni de la droite traditionnelle de « Les Républicains ». Mais les amplitudes sont plus faibles que pour Unser Land, les plus hauts scores sont souvent autour de 15%, contre 30% pour Unser Land.

En dehors de l’Alsace, assez acquise à « Les Républicains », et donc aussi à Unser Land, les forts scores de DLF se sont faits sur les anciennes terres gaullistes relève Arnaud Mercier : le département des Vosges, la Meuse, la Marne et dans une moindre mesure l’Aube.

La Lorraine sauve le parti socialiste

Avec 16,11% des voix, le parti socialiste (PS) est arrivé troisième et dernier qualifié. La Lorraine permet au PS de gonfler son score avec 21,3% des voix (troisième) dans l’ancienne région de Jean-Pierre Masseret. Le parti remporte même une dizaine de communes autour de Nancy.

Arnaud Mercier poursuit :

« À certains endroits le parti socialiste devient une force politique quasiment résiduelle. Les conditions maximales pour un vote sanction étaient réunies : une élection intermédiaire, l’absence de résultats économiques, des insatisfaits de la fusion des régions… Même dans ses bastions, le PS se fait tailler des croupières par le FN. Malgré cela, il reste un parti influent en Meurthe-et-Moselle et il n’y a pas de confiance particulière dans les partis sur sa gauche. »

Front de gauche et écologistes, l’alliance qui faisait sens ?

Enfin qu’en est-il de la gauche de la gauche ? Europe Ecologie – Les Verts (6,7%) enregistre ses meilleurs scores en Alsace où le Front de gauche est quasiment inexistant. De manière générale, c’est près des villes que les écologistes sont plus forts (18% à Strasbourg), ce qui n’est pas impressionnant sur les cartes, mais permet de totaliser un nombre de voix intéressant, supérieur aux derniers sondages qui annonçaient 4 à 5% des voix.

Au regard de ces cartes, une alliance entre ces deux formations semblait faire sens d’un point de vue de la stratégie électorale. Peut-être même que la barre des 10% qui permet de se maintenir au second tour aurait pu être atteinte (le Front de gauche a réuni 3,22% des voix).

Mais comme nous vous l’expliquions, au-delà des aspects de personnes, des divergences profondes de vision de la société subsistent entre les deux camps, surtout entre l’aile « centriste » des écologistes notamment en Alsace.

Il n’y a que dans le nord de la Lorraine, où l’abstention est très forte, où Front de gauche et écologistes se concurrencent.

Et le deuxième tour ?

Quant au deuxième tour, il est difficile d’en tirer des conclusions tant le maintien de Jean-Pierre Masseret a suscité les passions et l’émotion, alors que le FN disposait de 11 points d’avance. La hausse de 11% de la participation trouble les estimations des reports de voix.
Pour Arnaud Mercier, on peut penser qu’il y a eu une « translation vers la droite » de l’électorat :

« Une partie des électeurs de Jean-Pierre Masseret a sûrement voté pour Philippe Richert pour empêcher au FN de l’emporter. D’un autre côté, certaines personnes qui n’auraient pas voté pour lui dans des conditions normales, sur sa gauche ou parmi les abstentionnistes, ont apprécié son geste et se sont mobilisés en sa faveur. »

Un phénomène particulièrement visible dans les quartiers sud et ouest de Strasbourg. Entre les deux tours, Jean-Pierre Masseret a gagné environ 55 000 voix.

Cartes : Raphaël Da Silva
Texte : Jean-François Gérard

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