Le Blog Trotteur
Ils sont Strasbourgeois, ils sont partis aux antipodes et ils partagent dans ce blog leurs cartes postales et leurs rencontres.
blogs  Le Blog Trotteur 

Au nord de la Thaïlande, hospitalité et paysages époustouflants

actualisé le 31/12/2017 à 09h43

Après avoir crapahuté dans les îles du sud, nous nous sommes lancés vers le nord de la Thaïlande, destination Chiang Mai, Pai et Chiang Rai. Récit d’une aventure à travers les montagnes et les vallées du Triangle d’or.

La Thaïlande est réputée pour ses plages de sable blanc, ses eaux cristallines et ses fêtes démesurées. Après y avoir goûté dans le sud, j’ai pris la route pour le nord qui offre des décors radicalement différents.

Chiang Mai : l’art omniprésent

Chiang Mai est la deuxième plus grande ville de Thaïlande, après Bangkok. Elle est cependant cinquante fois moins peuplée que la capitale. Chef-lieu du nord du pays, son centre ville est fortifié. C’est un large carré entouré de remparts et de douves, construit par le roi Mengrai en 1296 pour la protéger contre les incursions provenant de la Birmanie.

Le carré fortifié de Chiang Mai se visite rapidement. C’est surtout la région qui est intéressante. Il y a énormément d’endroits exceptionnels à visiter autour de la ville. J’ai retrouvé un ami là-bas pour son anniversaire, et nous avons loué une moto pour nous perdre dans les montagnes. Et quelles montagnes ! Nous avons vu des paysages magnifiques, traversé des parcs nationaux, rencontré des tribus dans de petits villages traditionnels, découvert des canyons, des rivières et des cascades en pleine nature, sans l’ombre d’un touriste.

Chiang Mai est connue pour son artisanat local : ombrelles, travail du bois, tissage et bijoux. Beaucoup d’artistes actuels, tels que des peintres, photographes, musiciens s’y installent. Nous nous sommes aperçus très vite que l’art y tenait une place très importante. Chaque soir, des musiciens jouent sur les terrasses des bars et des restaurants au bord de la rivière Ping.

La vieille ville, entourée de douves, témoigne de son passé de centre culturel et religieux : Chiang Mai était la du royaume Lanna jusqu’en 1558. L’importance historique de cette ville n’est pas nouvelle. Elle jouit d’une position stratégique : tampon entre la Birmanie et le royaume d’Ayyuthaya, branche méridionale de l’ancienne route de la Soie.

Vue de nuit sur la rivière Ping et ses jolies petites terrasses illuminées. (Photos Emma Schneider / Rue89 Strasbourg)

Atelier de fabrication d’ombrelles à Chiang Mai.

Un des multiples temples de Chiang Mai.

Promenade au bord d’une rivière dans les montagnes de Chiang Mai.

Après nous être perdus dans les montagnes à moto, nous sommes tombés sur un petit village traditionnel, perché dans les sommets.

A Chiang Mai, le mieux reste de louer une moto afin de pouvoir découvrir toutes les richesses alentours.

Pha Chor, taillé dans les rochers.

Point de vue depuis une montagne de Chiang Mai.

Avec mon meilleur ami, nous sommes allés nous perdre dans la nature, entre rivières, canyons et cascades.

Un couple d’artisans, dans un petit village situé dans les montagnes de Chiang Mai.

Un canyon dans les alentours de Chiang Mai.

Montagnes sacrées et légendes du Bouddha

Blottie contre le Doi Suthep, montagne sacrée culminant à 1 676 mètres d’altitude, Chiang Mai possède une centaine de temples. L’un des plus visités de Thaïlande, le Wat Phrathat Doi Suthep se situe au sommet de la montagne. En 1935, la route pour y accéder a été construite par les fidèles en moins de six mois. Elle parcourt les quinze kilomètres qui séparent Chiang Mai et le bas du temple. Il reste ensuite 309 marches bordées de Nagas (génies des eaux qui auraient protégé Bouddha du déluge) à gravir pour atteindre le temple.

Une fois au sommet, on retrouve le Chedi original, plaqué d’or, ainsi que des pagodes, des statues et les cloches du temple. Le lieu offre aussi une vue imprenable sur Chiang Mai. Autour du Chedi, plusieurs chapelles et un cloître contenant des fresques. On peut y découvrir la vie de Bouddha et la légende de l’éléphant blanc.

La légende du moine Sumanathera

Selon la légende locale, l’épopée d’un moine nommé Sumanathera commence par un rêve. Dans sa vision, on lui dit de partir à la recherche d’une relique située du côté de Pang Cha, dans la montagne Doi Suthep. Il y trouve alors un os doté de pouvoirs magiques, dont on dit qu’il appartenait à l’épaule de Bouddha. En 1368, le roi Nu Naone entend parler de cette relique. Il demande au moine de la lui rapporter. Sur le chemin vers le nord de la Thaïlande, elle éclate en deux morceaux. L’un des morceaux est installé par le roi sur le dos d’un éléphant blanc que l’on relâche dans la jungle. Cet éléphant aurait grimpé la montagne Doi Suthep et y serait mort après avoir barri trois fois. Y voyant un signe, le roi aurait alors demandé la construction du temple à cet emplacement précis.

Petites filles en tenue traditionnelle.

Au Doi Suthep.

Le Chedi original.

Statues de Bouddha au Doi Suthep.

Pai, petite vallée hippie au cœur des montagnes

Après une semaine à Chiang Mai et trois heures de navette en lacets dans des décors à couper le souffle, je suis arrivée à Pai dont je suis tombée amoureuse dès le premier regard.

Petit village sur la frontière birmane, entouré par les hautes montagnes, les rizières et les plantations de mangues, Paï dégage une aura lumineuse. On a l’impression d’être chez soi, tant la sensation de bien-être et de sérénité y est immédiate.

La rivière Pai traverse la ville et la forêt avant de passer en Birmanie. De nombreuses tribus y mènent encore une vie paisible.

On m’avait présenté Chiang Mai comme la ville des artistes. Selon moi, Pai baigne encore plus dans la culture artistique. J’y ai vu beaucoup de peintres et de musiciens possédant un style bien à eux. Le village se prête parfaitement à la créativité avec sa douceur de vivre et ses paysages exceptionnels.

Les rizières à Pai.

Petites cabanes au bord de la rivière Pai.

Le Bouddha blanc à Pai.

Les rizières à Pai.

Au bord des sources chaudes à Pai.

Vue depuis la terrasse de chez Arno.

On recharge l’essence à la thaï.

Visite d’une grotte à Pai.

A Pai, on peut trouver de nombreuses cascades.

Tout est délicieux, tout est fait maison

Chaque soir, Pai revêt un nouveau visage, avec son petit marché nocturne adorable. Sur les deux allées principales, les stands de nourriture se succèdent. J’y ai trouvé la meilleure streetfood à laquelle j’ai pu goûter en Thaïlande. Les stands sont plus appétissants les uns que les autres : salades birmanes, falafels, gyozas, mets indiens, sushis, gratins, brochettes… Puis pancakes, crêpes, gaufres chocolat banane, mangues fraîches et fraises pour le dessert. Tout est fait maison. Les cultures se mélangent. Ça sent bon. Tout est délicieux. Les gens sont adorables et généreux. Le reste de mon séjour n’a fait que confirmer ma première impression.

Après deux jours à Pai, un coucher de soleil au sommet du Bouddha blanc, la visite d’une grotte, une virée en rafting en bambou, des baignades dans les sources chaudes puis dans les cascades et un second coucher de soleil au grand canyon, j’ai rencontré Quentin et Arno.

The Cheap Bitch Band.

J’étais dans un petit bar ouvert sur la rue, où se produisait une jam session. Les garçons y jouaient ce soir là. Nous avons sympathisé et sommes restés ensemble pendant mes deux derniers jours au village. Arno est un artiste aux multiples facettes, aussi doué en musique en peinture qu’en photographie. Il est installé à Pai depuis un an. Quentin fait partie du groupe « the Cheap Bitch Band », en tournée au Vietnam. Il était en visite à Pai pour quelques semaines.

Sur leur terrasse à 360 degrés, perdue dans les rizières et les plantations de mangues, nous avons échangé des anecdotes de voyage. Arno m’a longuement parlé de Pai, qui lui procure toujours autant de sérénité après un an. Il semblerait que la petite vallée envoûte sur la durée.

Quentin, en accord parfait avec le sublime paysage.

Jam session sur la terrasse d’Arno au milieu des plantations de mangue et des rizières.

Il m’a confié : « Ici l’esprit de communauté et de solidarité sont omniprésents. » En effet, lorsque l’un des habitants de Pai a un problème de santé ou un accident qui nécessite une opération trop onéreuse, toute la communauté se mobilise pour mettre en place un événement de charité.

Aussi, il y a un an, alors qu’une coulée de boue avait englouti une partie du village, chaque habitant s’est remonté les manches pour pelleter les rues et les habitations. Un touriste américain leur a d’ailleurs fait une remarque très juste :

« Il n’y a aucune photo sur Facebook de ces semaines passées à réparer les dégâts dus à cette catastrophe naturelle, vous étiez tous uniquement occupés à vous aider les uns les autres. Aux États-Unis, les gens se seraient surtout déplacés pour photographier et mettre ça sur les réseaux sociaux avant d’avoir le réflexe de prendre une pelle pour aider. »

A Pai, on se sent bien, entouré et chez soi, quelle que soit son origine.

Chiang Rai, simple, authentique et hospitalière

Chiang Rai est une ville multiculturelle de 60 000 habitants dont 12 % sont issus des tribus montagnardes, comme les Akha, Karen (femmes girafes), Padaung, Hmong, Lisu et Meo… Sa province, du même nom, accueille quant à elle environ 1,3 million d’habitants. Traduite littéralement sous le nom de « ville majeure » ou « ville des Rois », c’est l’une des portes d’accès au Triangle d’or, une région montagneuse où le Laos, le Myanmar et la Thaïlande possèdent des frontières communes. Fondée par le roi Mengrai en 1262, elle a été la capitale du royaume de Lanna bien avant Chiang Mai.

J’ai de suite aimé cette ville, par sa simplicité et son authenticité. J’y ai croisé peu de touristes. Les habitants, peu habitués aux Européens, ne comprenaient pas un mot d’anglais. Malgré tout, ils nous ont accueillis avec la plus grande des gentillesse. La ville de Chiang Rai propose chaque jour grand marché pittoresque. On y trouve de nombreux produits artisanaux. Beaucoup de paysans et d’habitants des tribus alentours viennent y vendre leur produits. Autrefois, Chiang Rai possédait de nombreuses cultures de pavot, qui ont depuis été remplacées par les plantations de thé, de choux et de tabac. Nous sommes restés à Chiang Rai seulement trois jours. J’aurais apprécié y passer davantage de temps.

Le premier jour, nous avons marché une quinzaine de kilomètres à travers de petits villages, où les habitants nous saluaient et nous offraient des fruits et de la nourriture. Visiblement, beaucoup de touristes se rendent au Temple blanc en bus. Nous ne regrettons pas d’avoir choisi de marcher. Après quinze kilomètres, et des moments épiques de discussion avec les habitants où chacun parlait sa langue et personne ne comprenait rien, nous avons atteint le « Wat Rong Khun ».

Le Wat Rong Khun, le temple de la pureté du Bouddha

Le Temple blanc est devenu un monument national et l’un des temples les plus connus du pays. Il se distingue par sa couleur d’un blanc immaculé, incrusté de mosaïques de verre miroir. Le temple a été conçu par Chalermchai Kositpipat, l’un des artistes contemporains les plus renommés de Thaïlande. Il souhaitait créer un temple symbolisant la pureté du Bouddha. Les miroirs incrustés représentent sa sagesse « qui brille sur toute la Terre et l’Univers ».

Érigé en l’honneur du roi Rama IX, ce temple déborde de détails architecturaux incroyables. Pour accéder à l’intérieur de la maison du Bouddha, il faut passer par un pont entouré d’un demi cercle représentant les crocs de Rahu. En effet, la passion et le désir doivent être rejetés dans la bouche du roi démon avant d’entrer dans ce lieu saint. De chaque côté du pont, des centaines de mains sculptées représentent l’enfer et ses supplices. Tout comme la cathédrale de la Sagrada Familia de Barcelone, le non-conventionnel temple bouddhiste est encore en construction et beaucoup disent qu’il ne sera pas terminé dans les cent prochaines années. A mes yeux, le Wat Rong Khun fait partie des plus grandes merveilles architecturales que j’ai pu voir en Thaïlande.

Le Wat Rong Khun à Chiang Rai, temple blanc symbole de la pureté du Bouddha.

Des visages de démons accrochés aux arbres.

Avant d’entrer dans la maison de Bouddha, il faut traverser le pont des suppliciés.

Paysages à Chiang Rai.

Au Temple blanc, on se sent serein.

Mae Salong, parmi les plantations de thé et les villages ethniques.

Lors de notre deuxième jour à Chiang Rai, nous avons décidé de nous lancer vers Mae Salong, petit village en hauteur, dont la communauté est majoritairement chinoise.

Après 3 heures dans un bus local, qui roulait portes, fenêtres et même coffre ouverts, nous sommes sortis à Ban Basang. Nous y avons pris un songteo, un minibus bon marché très répandu en Thaïlande, jusqu’à Mae Salong. Le trajet a été exceptionnel : en lacets tout du long, nous avons observé les montagnes et les plantations de thé environnantes, les petites maisons perchées sur les sommets ; tout cela les cheveux au vent.

Nous sommes arrivés dans ce petit village authentique, où les habitants portaient des tenues traditionnelles et vendaient des fruits séchés, du thé, des amandes torréfiées et autres épices. Nous avons dégusté des produits délicieux. Ici, les Thaïlandais vivent de l’artisanat local essentiellement. Nous sommes ensuite allés voir le coucher de soleil sur les magnifiques plantations de thé jalonnant les flancs de montagnes.

Les plantations de thé de Mae Salong.

Les plantations de thé en flanc de montagnes.

Rencontre avec les enfants de Mae Salong.

Le marché traditionnel de Mae Salong.

« L’armée oubliée » de Mae Salong

Une majorité des habitants de Mae Salong étaient à la base des anciens combattants de l’armée anticommuniste du KMT (Kuomintang), ayant combattu l’armée de Mae Zedong durant la guerre civile chinoise à la fin des années 40. Vaincue en 1949, ils allèrent se réfugier dans la jungle de l’État Shan en Birmanie d’où ils ont rapidement été chassés. C’est ainsi qu’ils ont trouvé refuge dans les montagnes de Mae Salong au début des années 60, menés par leur leader, le général Tuan Shi Wen.

Le gouvernement thaïlandais voyait là l’opportunité d’avoir un « protecteur » contre les communistes. Les dirigeants thaïlandais ont donc offert la nationalité à la plupart des familles des « soldats oubliés » en échange de leurs services visant à empêcher l’avancée des armées communistes birmanes et thaïes, très actives à cette époque dans ces régions montagneuses.

A Mae Salong, nous avons rencontré des femmes des tribus Akha.

Je n’ai vu qu’une partie infime du nord, qui regorge de mille autres richesses à découvrir, que déjà je reprend la route vers Surathani et le parc national de Khao Sok où je vais passer Noël sur le lac vert.

Et vous, connaissez-vous le nord de la Thaïlande ? Laissez moi vos impressions sur ce voyage en commentaires.

Voir tous les articles de ce blog
L'AUTEUR
Emma Schneider
Emma Schneider
En BREF

L’Université ferme ses portes à une conférence sur le Levothyrox

par Guillaume Krempp. 2 145 visites. 3 commentaires.

Le Pass Culture sera testé dans le Bas-Rhin mi-mars

par Guillaume Krempp. 1 191 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

L’usine Blue Paper en lice pour doubler ses capacités

par Pierre France. 454 visites. Aucun commentaire pour l'instant.