Le Blog Trotteur
Ils sont Strasbourgeois, ils sont partis aux antipodes et ils partagent dans ce blog leurs cartes postales et leurs rencontres.
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Dans les îles du sud de la Thaïlande, le paradis est piétiné

Après Bangkok, nous nous sommes lancés vers le sud de la Thaïlande, à la découverte de différentes îles aux plages de sable blanc, à la végétation luxuriante et aux eaux cristallines. Malheureusement, la notoriété de ces paysages à couper le souffle a installé sur ces îles une industrie du tourisme de masse nocive à la culture du pays et à l’environnement.

Je ne me lasse pas de la Thaïlande. Après mon atterrissage en Asie et la découverte de Bangkok, cette ville déroutante (voir mon premier article), nous avons décidé avec mon co-voyageur de sélectionner trois ou quatre îles à visiter dans le sud, avant de repartir pour le nord de la Thaïlande.

Koh Tao, une île préservée

En premier, nous sommes allés passer une semaine sur Koh Tao, l’île de la Tortue. D’une superficie de 21 kilomètres carrés, Koh Tao fait partie d’un archipel de trois îles avec Koh Phangan et Koh Samui et est réputée pour être la plus préservée des trois. Effectivement nous y avons découvert un véritable paradis à taille humaine où tout le monde se déplace à scooter ou en taxi pick up.

À Koh Tao, les touristes sont présents mais peu nombreux ( à noter tout de même que c’était la saison basse). J’avais la sensation d’être chez moi. Les locaux étaient très accueillants, souriants, agréables et toujours là pour aider. Un jour, j’ai fait une chute à scooter sur une partie de route gravillonnée et ils ont été plusieurs à venir immédiatement voir si tout allait bien et à me déposer à la pharmacie pour me faire soigner. Ils m’ont ensuite proposé de me déposer où je le souhaitais si jamais j’avais trop mal pour marcher. J’ai trouvé cette façon de se soucier de l’autre vraiment adorable.

La street food est présente mais pas de manière excessive, nous avons vu pas mal de vendeurs de « banana rotee ». Les « rotee » sont des sortes de crêpes, pancakes, qui sont très présents dans la street food thaïlandaise. Faites sous les yeux du client, celui-ci n’a plus qu’à choisir parmi un choix infini de garnitures. La traditionnelle « rotee » est garnie de banane et d’oeuf. Une tuerie.

Dans un autre style, nous avons été amusés par le nombre de pharmacies sur l’île, je n’ai pas réussi à savoir pourquoi il y en avait trois par rue mais cela m’a fait sourire, je ne savais décider si ce pullulement était rassurant ou plutôt inquiétant. Les routes sont parfois assez dangereuses, il n’est pas rare de croiser des touristes bandés. Et à chacun de se lancer : « Accident de moto ? » Tant que ce n’est pas trop grave, on en sourit.

L’île est montagneuse, on peut y faire de la randonnée et elle regorge de petites criques. Elle est également réputée pour ses sites de snorkeling et de plongée absolument fabuleux. J’y ai moi même nagé dans ses eaux cristallines, parmi les bancs de poissons multicolores, et j’y ai vu le plus extraordinaire coucher de soleil de ma vie.

Les couchers de soleil à Koh Tao valent le détour. (Photos ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Koh Tao vue des hauteurs.

La plage de Koh Tao à la tombée de la nuit.

Win Tun sur le bateau sur lequel il travaille. Jeune birman, qui a fui son pays et perdu toute sa famille à part son père. Il économise afin de pouvoir le retrouver.

Les thaï pancakes appelés « rotees » sont faits sous les yeux du touriste et sont délicieux.

Le port de Koh Tao.

A Koh Tao, les eaux sont cristallines.

Le fameux Khao Phad sapparod : riz à l’ananas, au poulet et aux crevettes.

Dans le taxi pick up à Koh Tao. Les cheveux aux vent.

Koh Phi Phi, envahie par le tourisme de masse

Lorsque nous avons choisi les îles du sud que nous souhaitions visiter, j’ai immédiatement éliminé Phuket et Pattaya de la liste. Toutes deux étant connues pour leur fête à foison à la « Spring break », j’ai préféré me tourner vers des îles un peu plus sauvages et préservées, telles que Koh Tao ou Koh Lanta. Cependant, suite à un léger accident de la route et à l’impossibilité pour mon co-voyageur de faire de grosses activités pendant une semaine. Nous avons décidé d’aller nous installer à Koh Phi Phi le temps qu’il se remette.

Les îles Phi Phi sont un petit archipel situé dans la mer d’Adaman au large de la province de Krabi. Koh Phi phi Don est très touristique, tandis que Koh Phi Phi Ley connue pour ses paysages magnifiques est inhabitée. En 2004, Phi Phi Don a été dévastée par le tsunami, faisant 5 300 victimes. On pourrait avoir tendance à l’oublier, en se promenant sur l’île où toutes les infrastructures ont été reconstruites en un an. Il ne reste qu’un parc en souvenir des victimes, situé au coeur du village de Tonsaï.

L’avant-après le tsunami.

5 000 visiteurs par jour

Aujourd’hui, l’île accueille près de 5 000 visiteurs par jour, ce qui n’est pas sans conséquence sur l’écosystème. Lorsque je suis arrivée sur Koh Phi Phi, j’ai été surprise par le nombre de touristes. Ici les rues sont interdites à la circulation, on se promène parmi les stands de bijoux, de t-shirts, les ateliers de peinture et les bars.

L’île accueille de nombreuses infrastructures touristiques pour pouvoir loger le nombre grandissant de visiteurs chaque année. Les salons de tatouages, les instituts de massages et les centres de plongée pullulent. Il n’est pas rare de voir des touristes se faire tatouer à 3h du matin. Seuls des sortes de chariots poussés par des locaux circulent, afin d’alimenter les bars ou les boutiques, ou de débarrasser les sacs poubelles du centre ville. Les rues étant surchargées de touristes, les personnes poussant ces chariots crient « Bip Bip », faute de klaxon, afin que les gens s’écartent.

A Koh Phi Phi, les salons de tatouages traditionnels au bambou se succèdent.

De la fête, du bucket et de la drogue

La plage principale de Koh Phi Phi Don est extrêmement animée le soir. On y retrouve plusieurs bars qui disposent leurs enceintes sur la plage. La musique est assourdissante, mais surtout elle a tendance à se mélanger avec la musique du bar à côté. Des shows de jongleurs de feu se produisent chaque soir, sur des scènes autour desquelles sont disposées des centaines de chaises pour accueillir les touristes qui finissent eux mêmes sur scène. Effectivement, les propriétaires de bar ont bien compris le concept, lorsque les jongleurs de feu ont terminé leur shows, des concours de limbo ou de corde à sauter sont proposés avec à chaque passage un free shot.

Ici tout le monde boit dans des buckets. Il s’agit de seaux colorés comme les seaux utilisés pour faire des pâtés de sable, dans lesquels on te sert le cocktail de ton choix. On peut en acheter dans les rues ou sur des stands sur la plage. On peut également y acheter de la drogue, très aisément.

A Koh Phi Phi, inutile de chercher à s’en procurer, on nous en a proposé sur les stands de buckets mais nous avons également vu des hommes en gilet fluorescent jaune qui se promènent sur le sable une carte de cocktail à la main, au dessous de laquelle ils cachent une carte des drogues. Cocaïne, weed, mdma, métamphétamines et j’en passe, pour une poignée de baths. J’ai essayé de prendre cette carte en photo, mais évidemment à la vue d’un portable, la carte des drogues disparaît bien vite sous la carte des cocktails.

A Koh Phi Phi, les bars embauchent des jongleurs de feu de tout âge pour attirer les touristes.

On peut également voir des jongleurs de feu allumer les mèches de dizaines de feux d’artifices. Tout est bon pour divertir le touriste.

Un peace s’enflamme au milieu de la fête.

Stand de « laughing gas », ici on peut également acheter d’autres substances.

Sur les plages de Koh Phi Phi des bandeaux fluorescents sont distribués, et des stands de peintures fluorescentes proposent leur services. Ici un enfant de 8 ans m’a dessiné sur le bras, d’une manière tellement aisée que c’en était déroutant.

La fête à Koh Phi Phi. Des bandeaux fluorescents, des peintures fluorescentes, de la musique et des buckets.

Des habitants désabusés

J’ai été attristée de voir qu’ici, certains thaïlandais sont vraiment désagréables avec le « pharang » (touriste). Comme agacés. Attristée, car je comprends vite pourquoi, quand je vois ces nuées de touristes venus ici uniquement pour faire la fête. Certains donnent l’impression que parce qu’ils ont l’argent, tout leur est permis, et ils ne respectent plus rien. J’ai parfois moi même du mal à me contenir face à ce genre d’incivilités, du coup j’essaye de me mettre à la place des habitants qui doivent supporter ça à longueur de journée. Le tourisme est à la fois une bénédiction et une malédiction sur cette île.

Le soir sur la plage, les vendeurs de buckets ont des yeux comme des billes et ont l’air déconnectés, il est évident qu’ils sont complètement drogués. J’ai discuté avec une jeune française qui dansait dans un bar. Elle sortait avec un jongleur de feu, qui l’a décidé à rester vivre ici. Elle me confiait qu’énormément de Thaïlandais se droguaient, pour supporter cette ambiance de fête continuelle, la musique assourdissante, les néons psychédéliques, et la vue des filles à moitié nues. En effet, à Koh Phi Phi les touristes sont très légèrement vêtus, alors que les habitants peuvent être issus de milieux plus prudes, l’île est majoritairement musulmane.

Lorsqu’un jour elle a dit à son patron que la musique était beaucoup trop forte, il lui a répondu que les touristes n’entendait plus l’excès sonore lorsqu’ils étaient alcoolisés. J’ai moi même eu l’impression que mes tympans allaient exploser en passant une seconde devant le bar. J’ai du mal à croire que les employés n’aient pas de séquelles auditives à devoir travailler des heures d’affilées dans cet environnement.

A Koh Phi Phi, on boit directement dans des buckets.

Les enfants grandissent parmi le flux de touristes et ne sont pas farouches.

Un paradis lorsque l’on se perd

Malgré cette colonisation touristique, due à Maya bay, la plage paradisiaque vue dans le film La Plage de Danny Boyle, avec Léonardo Di caprio ; on peut trouver des endroits calmes à Koh Phi Phi, dès lors qu’on fasse un peu de randonnée ou de canoë. La propension de la majorité des touristes ici à ne vouloir que faire la fête permet aux autres de disposer d’une relative intimité en dehors des plages.

Effectivement, il nous a suffit de partir par nous mêmes, sans utiliser les tours de bateaux organisés, pour trouver de superbes petites criques à l’abri des centaines de touristes qui viennent prendre Maya Bay en photo. Après le tournage du film, la production avait été accusée d’avoir causé de nombreux dégâts à l’écosystème insulaire. Malheureusement, les dégâts ne font que se poursuivre étant donné le flot ininterrompu de touristes et de bateaux qui accostent chaque jour sur le site.

Je conseille donc de se louer son propre canoë et de se trouver des petits endroits plus tranquilles où l’on peut plonger sans se cogner aux centaines de touristes en gilet orange qui flottent devant Maya Bay.

L’archipel de Koh Phi Phi ainsi que ses spots de plongée sont considérés comme faisant partie des plus beaux au monde.

Lorsque l’on part en canoë, on se retrouve vite seul au monde .

Koh Phi Phi vue des sommets .

Les eaux cristallines de Koh Phi Phi .

De la plage principale de l’ïle nous avons cette vue qui a déjà fait le tour du monde .

A Koh Phi Phi il n’est pas rare de tomber sur des singes .

A Koh Phi Phi, il suffit de louer un canoë pour visiter les coins les plus préservés .

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