Culture 

Des jeux vidéo dans les médiathèques, mais pas à emporter

actualisé le 08/01/2013 à 07h28

L'espace retro gaming pour les nostalgiques (Photo LK / Rue89 Strasbourg)

La médiathèque André Malraux propose depuis quelques semaines de tester des jeux vidéo et même de faire un petit saut dans la préhistoire de ce loisir. Vendredi, les adhérents pourront s’essayer à la manette dans les 13 médiathèques et bibliothèques de la CUS. Les responsables de magasins de vente de jeux vidéo y voient une belle opportunité pour leurs affaires, tant que l’emprunt n’est pas disponible. Ce qui ne sera pas le cas avant au moins un an.

Mardi 18 décembre à la médiathèque André Malraux se tenait le premier « Gametisch » (inspiré du stammtisch et littéralement traduit comme table de jeu) s’est ouvert au public. Pour le plaisir des « gamers », trois consoles de jeu PlayStation 3, trois Xbox, une Wii, des consoles portables (DS et PSP) et quatre postes de « retrogaming » équipés d’anciennes consoles (PSX, Gamecube…) et de jeux anciens ont été mis à la disposition du public.

Abonné à la médiathèque, Traoré Check, 15 ans, a pris possession d’une manette disponible pour découvrir le jeu Batman :

« Cette idée est excellente. J’ai déjà une console chez moi et je préfère les jeux de football ou de guerre. Ici je pourrais tester des jeux d’aventure et d’autres, c’est très intéressant. »

D’autres ont entendu parler de cette ouverture et sont venus par curiosité comme Philippe Hartenstein, 21 ans, étudiant en master d’administration public, qui est  surtout là en tant qu’éclaireur :

« Je suis venu pour mon petit frère de 17 ans qui est fan de jeux et avec qui je joue de temps en temps. Ce sera à lui de voir si il vient y jouer ou pas. Rien n’empêche non plus que j’en parle aussi à la fac, il n’y a pas d’âge pour jouer. »

Pas d’affluence pour cette première journée de lancement du Gametisch, ce qui n’a pas empêché le réseau Pass’relle d’ouvrir d’autres espaces de ce genre dans les 13 médiathèques de la CUS dès vendredi 11 janvier. Ces espaces sont accessibles pour un maximum de 2 heures par personne sur simple présentation d’une carte d’abonnement au réseau. Les médiathèques ont dépensé 15 000€ pour s’équipe et acheter leurs premiers jeux vidéo.

L'espace peut accueillir un vingtaine de joueurs pour un maximum de 2 heures par personne. (Photo LK / Rue89 Strasbourg)

Entre profit et concurrence

Les médiathèques vont-elles concurrencer les magasins de jeux vidéo ? Renaud sachet, responsable de la mise en place de cette nouvelle offre à la médiathèque André Malraux, ne le voit pas de cet œil. Pour lui les jeux vidéo rentrent dans le développement des espaces numériques avec la mise en place de nouveaux outils comme les liseuses, les tablettes. Certaines médiathèques en France ont déjà leurs espaces de jeux vidéo comme à Montpellier :

« Le jeu vidéo est devenu la référence culturelle partagée par beaucoup de français. On n’est pas dans une salle de jeux traditionnelle, certains jeux sont reliés à des documents qui relatent leur histoire comme ceux qui ont influencé des films ou vice versa. Nous sommes là en tant que bibliothécaires, on conseille, on accompagne et on veut réduire les inégalités. J’ai discuté avec un marchand de jeux d’occasion qui m’a dit que j’allais tuer ses affaires. Pourtant, on n’est pas là pour leur créer une concurrence. »

D’autant que l’emprunt des jeux vidéo est impossible, il n’existe pas encore de système de retribution aux ayant-droits pour les jeux vidéo comme pour les DVD par exemple. Du coup, le directeur des médiathèques, Philippe Charrier, ne prévoit pas de possibilité de location avant au moins un an.

Du côté des magasins de jeux vidéo, on affiche un sentiment partagé entre une légère inquiétude et un intérêt. Dans l’une des boutiques Micromania de Strasbourg, Thomas Distel, vendeur, voit cette initiative comme une activité concurrente. Il a d’ailleurs été approché par Renaud sachet qui cherchait un fournisseur pour son espace de jeux. Un peu déçu que le contrat de vente n’ait pas été concluant, il reste tout de même convaincu que chacun aura sa clientèle :

« Je ne pense pas qu’ils vont attirer des foules, certes il y aura des personnes qui seront contents d’aller jouer gratuitement. La majorité de nos clients sont possessifs, ils veulent avoir leurs propres jeux et s’en servir à temps voulu. Mais c’est quand même bénéfique pour nous dans ce sens où les personnes qui iront tester les jeux à la médiathèque viendront peut-être nous les acheter. »

Une vitrine pour les magasins de jeux traditionnels

Même sentiment mitigé à Assentek, magasin spécialisé entre autres dans la vente et le rachat de jeux d’occasion. Jérémie Hotmann, le responsable, a fourni près de 1 000 jeux pour à la médiathèque André Malraux pour l’ouverture de la Gametisch et espère équiper les autres médiathèques le moment venu. Malgré cette vente, il reste sur ses gardes surtout que sa boutique est située à quelques mètres de la médiathèque Olympe de Gouges :

« On aura peut-être des problèmes par rapport aux ventes, mais c’est à vérifier avec le temps. On verra dans la durée si cette initiative nous amène des clients ou nous en retire. »

D’autres sont franchement optimistes, comme Alexandre Hacker , responsable du magasin Little Tokyo. Pour lui l’espace de jeux vidéo dans les médiathèques ne peut que susciter l’achat :

« Les jeux en test pendant deux heures gratuitement, ce sera une excellente vitrine pour nos produits, je crois que les autres commerçants de jeux vidéo ne devraient pas s’inquiéter. »

Reste à voir si dans les prochains mois quand le système aura véritablement pris ses marques dans les médiathèques de la Cus, les doutes de ces commerçants seront dissipés.

Y aller

Médiathèque André Malraux, 1 Presqu’île Malraux  à Strasbourg. Téléphone 03 88 45 10 10. Inauguration de l’espace de retrogaming vendredi 11 janvier de 16h à 20h.

 
L'AUTEUR
Leyla Kaigama
Leyla Kaigama
Journaliste spécialisée en presse écrite et multimédia. J'aime tout ce qui est utile.
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