Ecolo tous les jours
Réduire son empreinte carbone sans grelotter, concilier respect de la nature et vie urbaine... Dans ce blog, nous allons tester si l'écologie peut survivre au quotidien.
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Écolo, pourquoi je suis à fond pour le « développement personnel »

Il y a les écolos militants, qui s’enfilent un kebab (parfois végé) entre deux réunions et une manif, font leurs courses au supermarché (bio ou pas) et roulent à vélo. Et les écolos du quotidien, qui fréquentent la Biocoop ou l’AMAP, participent à des stages de yoga et lisent des livres de développement personnel. Oh wait, en fait, ce sont les mêmes (et j’en suis).

Il y a ceux qui entrent en écologie par la petite porte, celle des couches lavables et du bio, pour leur santé et celle de leurs enfants. Et ceux qui y entrent par la grande porte, celle des Ivan Illich (« La convivialité », « Une société sans école »…), des Jacques Ellul (« Le système technicien », « Le bluff technologique »…) ou des François Terrasson (« La peur de la nature »), qui adhèrent à des associations militantes avec trois poils au menton et les quittent les pieds devant.

Je fais plutôt partie du premier groupe. Celui des consommateurs lambdas qui, une fois le polichinelle dans le tiroir, se demandent si la quinzaine d’échantillons de produits pour bébé refilée à la maternité sert plus les intérêts de l’industrie de la puériculture ou ceux de son nouveau-né. De ceux qui préfèrent le liniment oléo-calcaire aux Pampers, les purées maison aux indescriptibles mélanges vendus par les géants de l’agroalimentaire au rayon nourrissons des hypermarchés.

Des couches lavables aux intérêts oligarchiques

Alors, c’est sûr, en bonne journaliste intello, j’ai rattrapé mon retard sur la théorie, une fois sortie des couches et des petits pots. J’ai compris que ma petite lorgnette s’ouvrait sur une réalité plus large, mêlant intérêts oligarchiques et violence des riches, empoisonnement universel et saccage des espaces naturels, nature nécessaire à la vie humaine sur terre, sinon à préserver juste pour elle-même. Je suis devenue végétarienne en lisant Nicolino et Safran Foer, j’ai voté écolo en pensant « décroissance » après avoir lu Ariès, j’ai arrêté le journalisme politique en désespoir de cause et me suis engagée dans l’action associative.

Quelques livres de développement personnel (Photo MH / SOSD)

En 7-8 ans, j’ai lu plus d’une centaine de livres sur l’agriculture et l’alimentation, l’énergie et les transports, l’urbanisme et la nature en ville, l’obsolescence programmée, les perturbateurs endocriniens et autres nanoparticules, les technologies numériques et leurs data centers… Délivrant tous peu ou prou le même message apocalyptique, nihiliste, voire techniciste pour les uns (Rifkin), ultra-gauchiste ou, au contraire, libéral à tendance « développement durable » et « croissance verte » pour d’autres.

Prônant certes parfois des solutions concrètes et réalistes, sur la permaculture, le low tech ou le zéro déchet, par exemple, mais appelant au sursaut collectif qu’on voit rarement venir (plutôt l’impression qu’on s’enfonce…), ces lectures ont peu à peu colonisé ma pensée politique, tout en me laissant, à la longue, les bras ballants et l’humeur morose. C’est pourquoi, et j’en viens au sujet du jour, en parallèle des constats dressés et de l’action collective tentée, à hauteur de mes menues disponibilités, l’écologie m’a menée, pour ne pas sombrer dans l’impuissance et l’aigreur, sur les rives (surpeuplées) du « développement personnel ».

Une « démarche de changement dans laquelle je prends le risque de m’autoresponsabiliser »

What ? C’est quoi ce machin-là ? C’est Jacques Salomé, psychosociologue, qui, dans Psychogies Magazine, en donne une définition qui me parle beaucoup :

« J’appelle développement personnel toute démarche de changement dans laquelle je prends le risque de m’autoresponsabiliser, en vue de remettre en cause mes modes de pensée, mes croyances, mes certitudes et mes comportements au quotidien. (…)

Dans l’entourage de celui qui l’entreprend, une démarche de développement personnel suscite souvent suspicion, opposition, voire rejet. C’est le risque de l’ouverture au changement. En me remettant en cause, je déstabilise les habitudes, les schémas acquis de mes proches et, dans un premier temps, je dois m’attendre à des conflits qui risquent de renforcer ma solitude et mes difficultés relationnelles.

Toute démarche de développement personnel est une épreuve à risques. Ce peut être encore une démarche labyrinthique, anxiogène par les bouleversements qu’éventuellement elle entraîne : nouveaux choix de vie professionnelle, remise en cause des engagements affectifs ou amoureux… Mais ce peut être aussi une démarche fabuleuse, par la rencontre du meilleur de moi-même, par la créativité qui se moissonne, par l’énergie de vie qui s’épanouit en moi. Toute démarche de développement personnel peut aussi déboucher sur un changement social. En devenant un agent de changement pour moi-même, je deviens un agent de changement pour autrui. Je deviens, au sens profond du terme, un être planétaire. »

« S’autoresponsabiliser », c’est apprendre à faire soi-même, un incontournable de l’écologie du quotidien. Apprendre à cuisiner des produits bruts, à coudre ou tricoter, à jardiner ou, plus important encore, à prendre soin de soi et de ses proches, sans avoir systématiquement recours aux loisirs payants, aux cadeaux matériels ou aux divers corps médicaux. Remettre en cause ses modes de pensée, son éducation, ses habitudes de vie.

Conditionnée à donner les clés de mon corps à un médecin

Personnellement, élevée dans les années 1980-90, j’ai été bercée par le productivisme, la compétition, le spectre du chômage et le consumérisme comme seul horizon. J’ai également été conditionnée à donner les clés de mon corps à un médecin, les clés de mon esprit à un patron, celles de mon plaisir au marketing. Questionner ces conditionnements à tous les niveaux n’a pas seulement nécessité des lectures sur l’écologie politique et le macrosystème.

Il a fallu aller dans le détail. Ce qui pour certains passent par des rencontres, des stages, des formations, a d’abord rimé pour moi avec le passage en revue systématique d’un nouveau secteur de la librairie Kléber (entre autres sources d’approvisionnement). La sagesse d’Arnaud Desjardins et la compréhension des émotions de Christophe Massin, Marshall Rosenberg et la communication non-violente, Eckart Tolle et son célèbre « Pouvoir de l’instant présent », Dominique Loreau et ses multiples livres sur l’art de la simplicité, la frugalité ou le rangement, Marie Kondo et son désencombrement, la quête de soi d’Alexandre Jollien, Jon Kabat Zin et la méditation de pleine conscience, puis les dizaines de livres sur la naturopathie, le jeûne, l’alimentation optimale de l’être humain, etc., se sont succédés sur ma table de chevet.

Bouleversements professionnels, personnels et amicaux

Au fil de ces nouvelles lectures, alors que s’ouvrait pour moi un pan immense de découverte de soi-même et des autres, dans le respect des ressources de la planète et des miennes propres (on n’a pas tous le même carburant, certains s’épuisant physiquement ou psychiquement plus vite que d’autres…), je regagnais progressivement en confiance en ma capacité à rendre ma propre vie utile et belle, et par extension, comme le précise Jacques Salomé, à « déboucher sur un changement social », à mon échelle.

Ce processus, entamé il y a plus de 5 ans maintenant, n’a pas manqué, toujours en concordance avec les propos du psychosociologue cités plus haut, d’entrainer des bouleversements professionnels, personnels et amicaux. Un divorce et un changement de carrière plus tard, cette révolution personnelle accouche aujourd’hui de fruits goûteux. Une activité de service en cohérence avec mes compétences et mes engagements, une formation en naturopathie, un remariage heureux, des engagements personnels et associatifs divers.

Que faire du « temps libéré » ?

Pourquoi, alors, les écolos sont-ils les bons clients du « développement personnel » ? Mon début de réponse, donc, est qu’à moins de naître dans une famille abonnée au menu graines germées-tofu et au journal La Décroissance, l’écolo doit, au moins au début, affronter un environnement hostile au boulot, dans sa famille, avec certains de ses amis. Il ressent donc rapidement le besoin de caler ses activités, ses liens sociaux, ses références culturelles, sur ses valeurs politiques. Ce qui se fait rarement sans heurts ni ruptures. Et entraîne soit du découragement et de la souffrance, soit, à moyen terme, un besoin de recentrage et de quête de cohérence et de mieux-être.

Réduire son empreinte écologique, consommer moins et gagner moins d’argent libère aussi du temps. Encore faut-il bien vivre ce qu’André Gorz nommait « le temps libéré ». Quand, par choix – j’insiste là-dessus ! -, on décide de ne plus travailler à temps plein et de ne plus arpenter les magasins, le temps repris au système capitaliste doit être réinvesti dans sa propre vie. Ce qui nécessite d’en chercher le sens, la ligne directrice, le moteur.

Au-delà de l’ennui de vivre avec soi-même

C’est ce que j’adore avec ce défi « sans objet sans déchet ». C’est qu’au-delà du temps passé à travailler, à m’occuper de mes enfants, à courir les épiceries et marchés pour faire mes courses zéro déchet, à écrire ici ou là, à travailler mes cours, à m’investir dans mon association, à voir mes amis, il en reste pour moi (un peu). Il en reste pour me poser ces questions, pour aller au-delà de la pulsion d’achat, au-delà de l’ennui de vivre avec soi-même. S’ennuyer, se taire. Une bonne intro à ce que je raconte : « La cure de silence » de Kakyo Tannier, notre nonne alsacienne 2.0. Et puis après… C’est à vous d’écrire l’histoire.

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Le blog du défi « sans objet sans déchet »

Mes services de désencombrement et zéro déchet : Simplifier sa vie (avec Marie)

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L'AUTEUR
Marie Hoffsess

Conseillère en désencombrement et zéro déchet, je suis adepte de la simplicité volontaire en famille, avec gourmandise et curiosité. Ex-journaliste, future naturopathe, je suis co-fondatrice de Rue89 Strasbourg.

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