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Strasbourgeois, je pars faire le tour du monde de septembre 2013 à septembre 2015 et je vous raconte tout ça ici !
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En Asie du sud-est : joyaux, argent, vestiges, cicatrices et sourires

actualisé le 12/05/2014 à 18h30

Une

Sourires d’orphelins birmans (photo Mark Anderson)

La Birmanie, la Thaïlande, le Cambodge et le Laos, voici mon parcours pour percer à jour la bulle asiatique et comprendre ce qui nous rapproche et ce qui nous différencie. Mais j’ai découvert pendant ce séjour qu’il existe de grandes diversités entre ces pays pourtant frontaliers. Récit d’hauts et de bas, de rencontres qui m’ont beaucoup marqué.

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Avant d’arriver en Birmanie, j’ai tout d’abord un long stop de 21 heures à Dhaka, au Bangladesh où je goûte le temps d’un sourire à l’hospitalité bengalie. Nourriture, café, thé, une véritable compétition s’installe entre les différents magasins du duty free pour savoir qui sera le plus généreux. J’apprendrai plus tard que j’avais droit à la nourriture et à l’hôtel gratuit offert par Indian Airline, puisque « long transit », mais peu importe, l’expérience vaut bien parfois le manque de confort.

La Birmanie, le joyau encore préservé

Puis j’arrive enfin à Yangoon, la capitale de la Birmanie. Le changement avec l’Inde est radical. Chauffeur de taxi honnête, gérant d’hôtel serviable et souriant… Je laisse rapidement mes doutes et mes méfiances acquises en Inde de côté. J’ai même pris l’habitude de laisser traîner mon sac n’importe où sans jamais m’inquiéter. C’est tellement agréable de pouvoir à nouveau faire confiance aux gens.

J’ai également rencontré un voyageur anglais de 40 ans, Mark, avec qui je partagerai cette inoubliable expérience birmane et quelques parties de chinlone, sport national. Il est intéressant de savoir que le chinlone est un jeu où il n’y a ni gagnant ni perdant. Le principe est simplement de s’aider à ne jamais faire tomber la balle au sol tout en essayant des figures incroyables. Pas de points, pas de compétition, complètement birman dans l’esprit.

Puis direction le nord et Pyay avec son orphelinat. Sans doute mon coup de cœur : 173 enfants, de 1 à 18 ans, orphelins de la « guerre civile » qui sévit au nord du pays, en fait une succession de conflits armés qui existent depuis l’indépendance du pays en 1948. C’est 173 sourires sincères et spontanés. Absolument rien de miséreux, juste le contentement et même la joie d’un jour pas comme les autres pour eux. Puis, lorsqu’avec ces sourires merveilleux, ils vous racontent les histoires horribles qui font ce qu’ils sont devenus, votre gorge se noue et votre cœur se fend. Une grande leçon de vie.

orphelinat

Un sourire, un bisou sur le front et la petite m’a agrippée pendant 1h30. J’ai eu la sensation qu’elle m’avait adoptée (Photo Anika)

Ensuite, direction Bagan et ses 4 000 pagodes. Plus touristique, plus chère, moins authentique… moins intéressant sur le papier jusqu’à ce lever de soleil, sans doute le plus beau depuis le début de cette aventure. Réveil à 5h, ça pique toujours un peu les yeux. Puis on grimpe sur nos vélos direction les pagodes. On s’arrête et on grimpe en haut de la première qu’on voit, vide de touriste, en ruine… l’endroit parfait. D’abord c’est  le brouillard, le champ des oiseaux et insectes, la faible luminosité rend l’atmosphère bien étrange.

 

On s’arrête et on dit merci à la Nature

Puis le paysage s’éclaircit. On aperçoit des sommets de pagodes de plus en plus éloignées. Les nuages jouent aux caméléons entre la rose et l’orange. Et finalement, la boule rouge sort de la montagne et les montgolfières décollent. Un timing idéal, nous sommes restés muets, impressionné par l’enchaînement parfait. Alors on s’arrête et on dit merci à la Nature !

birmania

30 minutes, 60 photos. Le choix est Cornélien (Photo Mark Anderson)

En bref, la Birmanie, c’est un enseignement sur la vie. Peu importe l’état d’esprit au réveil, le sourire des gens fait de votre journée un plaisir. Au moment de quitter ce pays, un bilan s’impose. Oui, je me dis peu à peu que cette satisfaction du petit rien manquait peut-être à ma vie. Juste la joie de vivre que le rouleau compresseur « quotidien » m’avait sans doute un peu fait oublier. Je repars avec le sourire, un pays merveilleux en plus à ajouter à ma liste. Le petit plus, c’est que je repense à l’Inde avec Nostalgie. La Birmanie m’a fait relativiser mon expérience indienne qui finalement m’a apprise à voyager.

Thailande, la douche fraîche

Lorsque l’on arrive au pays du sourire, la Thaïlande, après la Birmanie, on a du mal à imaginer à quoi s’attendre. J’ai finalement été très vite déçu. Le changement est douloureux, dès la frontière. Les sourires s’effacent, laissant la place à des regards parfois méprisants.

Soyons honnête, le nord du pays est très beau et les gens sont encore un peu accueillants, mais les rapports sont complètements différents. L’argent devient le centre de toutes relations. J’en viens à penser qu’ici, les sourires se monnaient. C’est triste mais je me fais une raison. C’est le paradoxe du tourisme. On cherche des endroits purs, vierges mais finalement, on altère l’authenticité de ces mêmes endroits. C’est quelque chose qui m’a beaucoup travaillé en Thaïlande. Comment leur en vouloir en même temps lorsque l’on voit tous ces touristes, torses nus ou en bikini, l’argent dans la main, avec pour seul désir de s’en mettre plein la vue, le plus rapidement possible et pour une poignée de dollars.

J’ai donc essayé au maximum de respecter les gens, souvent plus qu’eux même me respectaient d’ailleurs, j’ai recommencé à faire du stop (très simple en Thaïlande) pour me rapprocher de la population locale. J’ai pris le temps de découvrir les traditions, sans les offusquer, sans les brusquer… Mais il faut du temps pour se faire accepter en tant que touriste là-bas et pour se sortir de d’une image de riche blanc consommateur.

Du stop en stop. Une première pour moi mais pas pour Grim, un ami belge rencontré sur la route (Photo Pierre AUGE / Rue89 Strasbourg)

Du stop en stop. Une première pour moi mais pas pour Grim, un ami belge rencontré sur la route (Photo Pierre Augé / Rue89 Strasbourg)

J’ai quand même eu quelques drôles expériences comme par exemple ce chauffeur qui pour me faire plaisir, sachant que j’étais en retard, à décidé de dépasser 1 km de bouchon, à 2 roues sur le trottoir, 2 sur la route, à plus de 70 km/h. Le Silver Star d’Europapark à côté, c’est gentil. Note : ne jamais dire au chauffeurs de taxi à Bangkok que vous êtes en retard.

Puis je suis allé me reposer sur Ko Chang, et il faut admettre que, pour se reposer, il n’y a pas mieux qu’une île thaïlandaise. Tout est à disposition pour flatter le touriste. Baignade au bord d’une plage parfaite, bungalow avec vue imprenable sur le couché de soleil, hamac… Une routine implacable qui en absorbe plus d’un. J’ai rencontré beaucoup d’occidentaux qui ne sont jamais rentrés. Des vies étranges, des gens en marge, on croise de tous les genres de touristes en Thaïlande. Je ne dirais pas que je n’ai pas aimé mais je me rend compte que les zones touristiques me conviennent de moins en moins.

La surprise cambodgienne

Si vous ne le saviez pas, le Cambodge, c’est plat. Du coup, en tant qu’amoureux des paysages montagneux, et à la recherche d’action, j’avais peur d’être déçu et je ne comptais pas y rester trop longtemps. Et c’est ça le plaisir du voyageur, c’est de se faire surprendre là où on ne s’y attend pas.

Premièrement, même si ce n’est pas la Birmanie, je retrouve des tonnes de sourires et ça m’a fait un bien fou. Les enfants qui font coucou de la main sur le bord de la route, les vendeurs qui n’attendent pas l’argent pour être aimables… Du coup, je me remotive, j’enclenche la seconde, je me lève plus tôt le matin, je le sens, l’envie de découvrir, qui s’était un peu éloignée en Thaïlande, me taraude à nouveau.

Alors je loue des motos et je pars à l’aventure, à la découverte des champs de sel, de poivre… Et surtout je m’arrête dans des petits villages perdus à la rencontre des gens. Et je ne suis pas déçu. La générosité, la gentillesse et les belles rencontres sont au rendez-vous. Le peuple cambodgien sait s’occuper des touristes certes, mais il ne perd pas pour autant son aspect rural et agricole.

moto

La palme d’or du « motorbiker fou » au peuple cambodgien avec ce grand malade qui transporte 6 matelas double, king size, sur un scooter. (photo Mark Anderson)

Puis j’arrive à Phnom Pen, la capitale, pour prendre rendez vous avec l’histoire cambodgienne, tristement liée à celle des Khmers rouges. Je visite la prison S21 et les « killing fields » et là c’est la claque. Je me prends en pleine figure l’atrocité de cette période. Et c’est si frais encore. Tout ça n’a que 40 ans. Pour être tout à fait honnête, j’ai pris 10 minutes de pause au milieu de la visite pour reprendre mon souffle. On venait de s’arrêter devant l’arbre où les soldats fracassaient les corps des bébés pour économiser une balle.

C’est malheureux mais après ça, on ne regarde plus les Cambodgiens âgés de la même façon. Sont-ils des anciens soldats ou des martyrs ? J’ai eu malheureusement très peu l’occasion d’en discuter avec eux. Entre ceux à qui l’ont ose pas demander et ceux qui préfère esquiver, les gens ont encore beaucoup de mal à en parler, d’après ce que j’ai pu constater

Qui était là en premier ? L'arbre ou la pierre ? (Photo Pierre AUGE / Rue89Strasbourg)

Qui était là en premier ? L’arbre ou la pierre ? (Photo Pierre AUGE / Rue89Strasbourg)

Et puis aller au Cambodge sans aller à Angkor Wat, c’est comme aller à Paris sans visiter la tour Eiffel. Du coup je me suis fais une journée entière au milieu des temples et des ruines d’Angkor Wat. Lever de soleil sur le plus grand complexe puis visite des plus petits qui, pour certains, ont servi de décors pour les films « Indiana Jones » et « Tomb Raider ». Et ça se voit. C’est extrêmement beau.

Et après une journée de vélo sous 38 degrés, je récupère quelques jours à Siem Reap avant de rejoindre le Laos. Finalement, le Cambodge c’était un beau tremplin. De belles expériences qui m’ont remotivé pour la poursuite de mon voyage.

Laos, la cerise sur le gâteau

Arrivé au Laos, et stimulé par le Cambodge, je décide d’acheter une moto et de remonter vers le nord avec une équipe de cinq compères, français, belges et allemands. Avant de partir de France, le Laos faisait partie des pays que je ne voulais pas rater, au même titre que l’Iran et la Birmanie. J’avais dans l’idée d’aller plus profondément dans les terres pour rencontrer des villageois, des tribus. Et pour cela, la moto, c’est l’idéal. Du coup, on se fait des boucles autour des villages principaux qui longent la route remontant vers le nord.

Et puis, cerise sur le gâteau, c’est le nouvel an laotien. Trois jours pendant lesquels absolument tout le monde se jette de l’eau à l’aide de ce qu’ils trouvent. Des pistolets à eau pour les enfants et des sots pour les adultes, qui pour l’occasion redeviennent volontiers des enfants. C’est un peu dangereux parfois à moto mais qu’est ce que c’est bon de voir tout un peuple sourire et danser. Il n’y a plus de touristes ou de locaux, de blancs ou d’asiatiques, c’est une gigantesque fête pendant trois jours et absolument partout.

Un ange descendu du ciel. Avec un rire aussi communicatif que Omar Sy. On voudrait ne jamais repartir (Photo Pierre AUGE / Rue89 Strasbourg)

Un ange descendu du ciel. Avec un rire aussi communicatif que Omar Sy. On voudrait ne jamais repartir (Photo Pierre Augé/ Rue89 Strasbourg)

Je me souviens cette arrivée à Tad Lo, au sud, où je me suis pris au jeu directement à l’arrivée. J’ai pris le commandement d’une troupe de petits laotiens, armés jusqu’aux dents de pistolets, mitraillettes et autres bidons. On a passé deux bonnes heures à élaborer des stratégies pour arroser les touristes et garder secrets les endroits de ravitaillement en eau. Je crois qu’à ce moment là, dans ma tête, j’avais 12 ans maximum.

« Au Vietnam, ils plantent le riz, au Cambodge, ils le récoltent et au Laos, ils l’écoutent pousser »

Puis la fête se termine et on reprend le travail. Enfin, il ne faut pas trop se fouler non plus parce qu’au Laos, ce ne sont pas de grands nerveux. Je n’ai jamais vu autant d’Asiatiques jouer à la pétanque, et boire de la bière comme ça. Jusqu’à présent, je les trouvais faiblards au niveau du lever de coude en Asie. Au Laos par contre, la Beer Lao, c’est une institution. On se croirait en Allemagne parfois. Il y a même un proverbe asiatique qui dit : « Au Vietnam, ils plantent le riz, au Cambodge, ils le récoltent et au Laos, ils l’écoutent pousser ». Tellement imagé mais véridique.

Et je m’en aperçois tout au long de la route vers Luang Namtha, ma destination finale tout au Nord. Et plus je remonte, plus les paysages sont incroyables. Encore une surprise que je n’avais pas soupçonnée.

Entre chaque grandes villes, on s’arrête plusieurs fois, on profite des endroits plus calmes pour aller faire un karaoké, pour goûter avec des anciens au Lao Lao, schnaps local, on danse dans des fêtes de village sans même comprendre ce qu’on célèbre. Le Laos restera pour moi une super belle expérience avec une équipe de cinq voyageurs formidables et sur la même longueur d’onde. « Au bon endroit au bon moment », la phrase que je ne cesserai de me répéter tout au long de cette expédition laotienne.

Fabien, Ryan, Kerstin, Moi et Adèle. Petit arrêt au milieu de rien pour reposer nos fesses.

Fabien, Ryan, Kerstin, Moi et Adèle. Petit arrêt au milieu de rien pour reposer nos fesses (Photo Pierre Augé / Rue89 Strasbourg)

Finalement, l’Asie du sud est m’a beaucoup marqué, beaucoup plus que ce à quoi je m’attendais. J’ai eu des hauts et des bas mais j’ai beaucoup appris sur moi-même et sur les gens. J’ai aussi décidé de changer un peu mes plans.

J’avais dans l’idée d’aller au Vietnam et puis ensuite en Chine pour redescendre ensuite vers l’Australie mais j’ai envie de moins courir, de prendre plus mon temps. Du coup je passerai trois mois entre les Philippines et l’Indonésie. Projet moins ambitieux en terme de couverture de terrain mais j’attends beaucoup de ce revirement de cap. Les peuples méritent le détour, quels qu’ils soient. J’ai envie de m’introduire plus dans la vie locale, et pourquoi pas d’apprendre l’indonésien. Des minis rêves et des grands objectifs, voilà ce que m’a apporté cette partie du monde.

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L'AUTEUR
Pierre Augé
Pierre Augé
Qui suis-je ? Je m’appelle Pierre Augé et j’ai 27 ans. Originaire d’Alsace et plus particulièrement de Strasbourg, j’ai fait mes études d’ingénieur à l’INSA de Strasbourg. J’ai toujours été attiré par les voyages : Mayotte, Malte, Irlande, Canaries, Norvège, Etats-Unis... Inutile de dire que le virus du voyageur m’a déjà largement infesté. Aujourd’hui, et afin d’assouvir cette soif de rencontres, de grands espaces et de nouveautés, je prépare un tour du monde que vous pourrez suivre sur ce blog.
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