Montée par des hôteliers et soutenue par l’office de tourisme, l’opération « Strasbourg mon amour » vise à attirer des clients du 14 au 17 février, au cœur de la saison creuse. La communauté urbaine de Strasbourg vote ce jeudi une subvention de 118 000€ pour soutenir le lancement de cette opération d’un goût pourtant douteux. Bien moins que ce que demandaient les professionnels, mais suffisamment pour calmer leurs inquiétudes alors que 500 nouvelles chambres vont ouvrir à Strasbourg. A suivre sur Twitter et Rue89 Strasbourg avec le hashtag #conseilCUS.
« Sandwich Emmanuelle », « succion d’huître en duo », « pièce très bien montée » ou « Eros burger », le tout servi dans la grande salle de l’Aubette pour la modique somme de 69€ « par amoureux ». « Les plus belles déclarations d’amour » à coucher sur flyers, un « blind test love and trash » au bar l’Atlantico ou une dégustation d’un « philtre d’amour » à la cave historique des Hospices civiles… Le programme de l’opération « Strasbourg mon amour » (le site internet dédié) ne brille pas par son raffinement.
La conseillère municipale Chantal Augé, du groupe Europe écologie – Les Verts et citoyens, s’en est d’ailleurs offusquée lundi en conseil municipal, sous les quolibets de certains de ses collègues socialistes.

Menu Etoilés d'Alsace à l'Aubette (Annexe à la délibération du conseil CUS 24 janv. 2013)
Affaire de goût… ou de gros sous ?
Affaire de goûts ? Sûrement. Mais pour l’adjoint au maire et vice-président de la CUS en charge du tourisme Jean-Jacques Gsell, il s’agit plutôt d’une affaire de gros sous, voire de prestige personnel. L’élu espère voir accoler son nom à un nouveau succès commercial « Strasbourg capitale de l’amour », 20 ans après son coup de maître « Strasbourg capitale de Noël ». Il note en tout cas :
« Le but, c’est d’attirer des touristes à Strasbourg au moment où le taux d’occupation des hôtels est le plus faible, à 52% [le chiffre serait plutôt de 45%, note un hôtelier]. Cette année, on lance l’opération de façon restreinte du 14 au 17 février, mais dès l’année prochaine, on voudrait que ça dure deux ou trois semaines et faire de Strasbourg la capitale des amoureux ! »
Rien que ça. Mais qui est « on » ? Jean-Jacques Gsell et, à l’évidence, les professionnels du tourisme, du moins ceux qui croient dur comme fer à ce love-projet. Au premier rang desquels son initiateur, François Garcher, patron des hôtels Mercure et Ibis de la rue du Maire-Kuss :
« C’est moi qui ait eu l’idée et organisé une première réunion en 2010. On était cinq, dont trois personnes de l’office de tourisme. Et puis un mois après, on était 20, c’était déjà monté en puissance. L’OT a lancé un appel d’offres et en mai 2011, on a choisi l’agence Passe-Muraille. »
300 000€ demandés, 118 000€ obtenus
Au final, une cinquantaine de professionnels sont derrière cette opération, « les plus gros ». A l’automne 2011, les hôteliers sollicitent directement Jacques Bigot, président de la CUS, et lui demandent 300 000€ pour financer le projet (voir courrier). 18 mois plus tard, c’est une subvention de 118 000€ qui sera votée ce jeudi. François Garcher s’énerve :
« Quand j’ai su ça, j’ai dit on annule tout ! Pour lancer un projet aujourd’hui, le « public » doit participer, après à nous de trouver des sponsors pour les autres éditions… Le souci, c’est qu’on était obligé de démarrer en 2013 parce que l’année prochaine, ce sont les municipales et qu’on n’aurait rien pu faire. Ce qui repoussait tout à 2015. Sachant que ce genre d’opération met 2 ou 3 ans à prendre, ça aurait commencé à porter ses fruits en 2018 ! »
Le courrier adressé par le groupement des hôteliers
Sur les 287 400€ de budget pour 2013, 80 000€ sont versés par l’office de tourisme, dont le conseil de CUS vote également ce jeudi la subvention annuelle de 1,406 million d’euros. La Région Alsace ajoute 15 000€, les hôteliers environ 56 000€ (10€ par chambre réservée pendant la durée de l’opération), et les restaurateurs un certain montant sur les recettes. Des sponsors, tels Electricité de Strasbourg ou une banque, sont également dans le tour de table. Le conseil général du Bas-Rhin et la CCI n’ont pas donné suite.
Une crainte : la surcapacité hôtelière
Seuls 41% du total serait donc financés par la CUS selon Jean-Jacques Gsell, 52% selon le budget prévisionnel intégré à la délibération. Difficile de s’y retrouver dans ces chiffres, que la direction de la communication de la Ville de Strasbourg a refusé de commenter. Selon l’élu, malgré son insistance, la participation de la collectivité a été revue à la baisse… Ces 118 000€ seront par ailleurs ponctionnés sur les 2 millions d’euros de taxe de séjour encaissés par la communauté urbaine, qui doivent légalement être réinvestis dans des opérations de promotion touristique de la ville.
118 000€ : juste assez donc pour rassurer un peu les hôteliers, qui se plaignent de la crise, du manque d’accessibilité de la ville (TGV Est cher, plus de liaison aérienne avec Roissy, etc.) et, surtout des futures ouvertures d’hôtels prévues en 2013-2014. Et notamment le Marriot et sa centaine de chambres cinq étoiles, l’Holiday Inn du Heyritz et ses 150 chambres, l’hôtel des anciens haras et ses 55 chambres…
François Garcher confirme :
« Ces annonces d’ouverture, ça commence à faire un petit peu trop, il y a de plus en plus surcapacité. Aujourd’hui, certains ont des soucis de remplissage, surtout ceux qui sont mal implantés… C’est pourquoi avec « Strasbourg mon amour » on vise les CSP+, ceux qui ont des sous et n’hésitent pas à dépenser beaucoup dans des séjours romantiques. »
Une évaluation devrait être menée dès le mois de mars pour déterminer si l’opération sera reconduite ou non l’année prochaine.
BHNS fin 2013 entre la gare et l’Espace européen de l’entreprise
Autre sujet phare de ce conseil de CUS, le bus à haut niveau de service (BHNS) qui reliera la gare centrale de Strasbourg à l’Espace européen de l’entreprise à Schiltigheim fin 2013 ou début 2014. « Concept intermédiaire entre le tram classique et le bus, précise le maire de Strasbourg Roland Ries, vice-président de la CUS en charge des transports, le BHNS sera à 80% en site propre et ses stations ressembleront beaucoup à celles d’un tram. » Le coût de cette ligne G est évaluée à 30 millions d’euros. Elle sera longue de 5 kilomètres et comptera 12 stations.
A noter que ce BHNS, comme demain le tram sur pneus/fer entre Vendenheim et Eckbolsheim et les bus 67 interurbains, transformeront considérablement la physionomie du carrefour Wilson à l’arrière des Halles. Objectif pour la collectivité : élargir le centre-ville à cette zone et ne pas augmenter la densité de circulation place de l’Homme-de-Fer, déjà engorgée.

29 janvier 2013 à 21 h 34 min
Très bon papier Marie…
Mardi, le 29-01-2012 | Ce soir , au journal régionale sur France3 Alsace, « Strasbourg mon amour » a fait sa pub… Alors « faute de goût à moindre frais » est une faute tout cours. Ma Marie et moi-même nous étions affligés de voir le projet de la ville de Strasbourg. Bref, c’est du grand n’importe quoi…
29 janvier 2013 à 17 h 37 min
« Strasbourg mon amour »
Quand des « Grosses têtes » bien vulgaires s’occupent de la promo de Strasbourg..
http://www.dna.fr/actualite/2013/01/29/quand-des-grosses-tetes-bien-grasses-et-bien-vulgaires-s-occupent-de-la-promo-de-strasbourg
25 janvier 2013 à 20 h 05 min
Je trouve inadmissible que l’on finance de la rentabilité commerciale avec l’argent du contribuable alors qu’il manque de places dans les crèches, que la voirie laisse à désirer dans de nombreux endroits, etc. C’est honteux. Il faut demander une ristourne aux restaurateurs et hôteliers car s’ils perçoivent des subventions ils peuvent faire baisser largement le prix de leurs prestations dans ce cas…
26 janvier 2013 à 12 h 47 min
Vous oublié que l’argent public vien pas nul part et qu’une activité économique riche, comme ici est très importante pour financer les action publiques locales.
+ de fréquentation hôtelière = + d’emplois dans ce secteur = + d’impôt locaux payés par les entreprises (et les sous-traitants) = + de moyens pour la collectivité
25 janvier 2013 à 17 h 08 min
La subvention de la CUS est injustifiée, la CUS n’a pas de compétence en matière de développement économique. Cette campagne devrait être financée uniquement avec les fonds des hoteliers de Strasbourg. C’est un coût qui ne devrait pas être supporté par le contribuable, d’autant plus qu’on n’a aucune idée de l’efficacité de cette enième campagne de marketing…
26 janvier 2013 à 12 h 42 min
En fait je crois que c’est financé par la taxe de séjour. Voir la délibération du 26 avril 2010 qui indique :
« Comme le prévoient les dispositions législatives en vigueur, le produit de la taxe de séjour sera affecté à des actions favorisant le développement et la fréquentation touristique du territoire. »
24 janvier 2013 à 22 h 47 min
On a aussi eu récemment « Strasbourg capitale… la nuit aussi », le plus ridicule de tous … Ou bien capitale la nuit, pour les vieux et les dormeurs…
24 janvier 2013 à 17 h 39 min
Strasbourg capitale de l’Europe, Strasbourg capitale de Noël, Strasbourg capitale des amoureux… Strasbourg souffre surtout d’un gros complexe on dirait.
24 janvier 2013 à 14 h 55 min
Faut pas en rajouter c’est pas « pièce très bien montée » comme vous le dites dans votre article mais « pièce (seulement) bien montée ».
C’est quand même incroyable ce buzz sur le menu un peu coquin qui déplait aux plus guindés des strasbourgeois et des conseillers municipaux.
Ce qu’il faut souligner c’est l’effort fait par l’office du tourisme pour dynamiser l’économie locale pendant une période creuse touristiquement.
Quand on entend Grossman et Keller se vanter d’agir en faveur des commerces et de l’économie locale, pourquoi alors plomber cet évènement dont c’est le but premier ? Et qui en plus aide un secteur (hotellerie/restauration) qui emploie (notamment des personnes peu qualifiées), qui est porteur pour notre agglomération.
24 janvier 2013 à 13 h 49 min
Même un bredele me semble plus croustillant ! Autant en rire puisque c’est voté, les touristes risquent d’être un peu surpris et d’etre un peu décus de ne pas trouver Hambourg ou Amsterdam ! Mais avec un peu d’imagination, pourquoi pas ?
24 janvier 2013 à 12 h 44 min
Bah, c’est pas très élégant, mais pour une fois qu’on sort de notre passéisme coincé et provincial… Strasbourg la bourgeoise se découvrant grivoise et échevelée, c’est beau à voir !
24 janvier 2013 à 11 h 57 min
Strasbourg magique à Noël puis capitale de la débandade en hiver ?
romantiques frustrés, s’abstenir…
24 janvier 2013 à 11 h 40 min
Strasbourg a toujours besoin de se sentir Capitale… Un classique, remember !
http://le-strasbourgeois.blogspot.fr/2009/11/strasbourg-est-capitale.html
24 janvier 2013 à 11 h 36 min
Pourquoi cet angle?
Pourquoi relever uniquement les intitulés croustillants et les enjeux commerciaux?
Que chacun regarde le programme… un spectacle inaugural de ballet contemporain et de danse aérienne Place Kleber, une terrasse éphémère sur les ponts couverts, une boom géante, des projections de Max Linder, les grands duos de l’Opéra,…
La programmation me semble au contraire fun et décalé et pour ma part, je me réjouis qu’un projet qui sorte un peu des sentiers battus voit le jour à Strasbourg… ça change.
24 janvier 2013 à 14 h 20 min
bref un truc entre Europa Parc et Kirrwiller
http://www.euro-dance-festival.de/
http://www.royal-palace.com/
24 janvier 2013 à 11 h 07 min
Ça devient vraiment n’importe quoi ! Je vais faire ma sale gosse et espérer que ça fera un gros flop, tiens …
24 janvier 2013 à 14 h 59 min
Ah ben c’est bien ça d’espérer un flop, pour les commerçants strasbouregois, l’emploi local, et leurs investissements dans ce projet.
25 janvier 2013 à 20 h 01 min
Ce n’est pas aux citoyennes et aux citoyens de payer pour assurer les bénéfices de structures commerciales. Soit on fait du commerce et on est capable de développer une stratégie de développement, soit on va dans le public.
24 janvier 2013 à 10 h 45 min
Strasbourg capitale du kitsch ?
Strasbourg capitale de la ringardise ?