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  • par Charly Ouate

Musique : recenser les labels pour mieux porter la scène alsacienne

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Rassembler les labels pour peser plus lourd (Photo Flickr / Minusfortynine / Cc)

Rassembler les labels pour peser plus lourd (Photo Flickr / Minusfortynine / Cc)

Ce n’est pas éventer un secret bien gardé que d’affirmer que la scène musicale alsacienne, et a fortiori strasbourgeoise, est riche et foisonnante. Multitude de styles et de groupes mais pas vraiment de structure globale pour essayer de la valoriser. Parmi les pistes à creuser, il y a celle d’une possible synergie de labels. La Fédération Hiéro Strasbourg s’y attelle via un recensement des labels existants.

L’adage le dit bien : l’union fait la force. Et l’on pourrait aussi mettre en exergue cette autre devise, traditionnellement associée aux Trois Mousquetaires de Dumas : « Un pour tous, tous pour un ». Voilà donc, schématisée et simplifiée, la volonté qui anime Pierre Poudoulec, le président de la Fédération Hiéro Strasbourg, association feu-follet qui regroupe structures et collectifs liés aux musiques actuelles :

« Un label, c’est une voix. Et si aujourd’hui, quasiment rien ne décolle en Alsace, c’est parce qu’il manque notamment une synergie avec un objectif : structurer, mutualiser, exposer et accompagner tous les acteurs musicaux. Et cela passe par exemple par le recensement des labels, afin de leur donner une visibilité plus large, au niveau national. »

Car il n’y a que comme cela que l’Alsace peut envisager trouver sa place sur l’échiquier musical français, à l’image de nombreuses autres villes dont la scène fit un moment le buzz : Clermont-Ferrand, Rennes, Caen, Bordeaux, Reims, etc. Fédérer les labels, évidemment, ne résoudra pas tout. L’émergence, le développement puis la pérennisation d’une scène et de ses acteurs passent également par le soutien affiché des collectivités publiques et par le rôle crucial des CRMA, les centres de ressources des Musiques Actuelles. Ils sont cinq aujourd’hui en Alsace et répondent à des problématiques de territoires : Artefact La Laiterie à Strasbourg, le Réseau Jack à Haguenau qui correspond au CRMA pour le nord du Bas-Rhin, Zone 51 à Sélestat pour le sud du Bas-Rhin, le Grillen et la Fédération Hiéro Colmar pour le CRMA du nord du Haut-Rhin et le Noumatrouff à Mulhouse pour le sud du Haut-Rhin.

Aides aux artistes précaires

La mission de ces CRMA réside surtout dans l’accueil, l’information, le renseignement et l’accompagnement des projets dans le domaine des musiques actuelles (ou amplifiées). Une autre structure s’inscrivait jusqu’il y a peu en complément : l’Ogaca. Durant presque trente ans, jusqu’à son placement en liquidation judiciaire au mois de février 2013, l’Ogaca a œuvré au conseil aux entreprises culturelles, se positionnant sur l’accompagnement des artistes vers la professionnalisation ou l’aide aux artistes précaires. Pourquoi, désormais, ne pas tenter de construire un modèle semblable pour les labels de musique ? Pierre Poudoulec y voit cet avantage :

« Une plateforme de recensement des labels permettrait de créer un relais central pour tous les labels alsaciens. Cela impulserait clairement une dynamique et contribuerait à mieux se faire entendre des collectivités pour mettre en place des aides car, même si on dit aujourd’hui qu’il y a une crise du disque et que le disque est mort, un groupe a toujours besoin d’un player et donc d’un enregistrement pour se faire connaître. En fait, on a besoin d’aides à l’enregistrement et de conseils en termes de développement, de connaissance de l’environnement et des réseaux. Il faut également associer plusieurs acteurs de la musique : les diffuseurs bien sûr mais également des tourneurs, des managers, des studios d’enregistrement et de répétition et des représentants de labels. »

L’exemple lorrain

En Lorraine, on tente depuis 2010 l’aventure de la synergie des labels à travers la FLIPPE, la fédération des labels indépendants et producteurs phonographiques de l’Est (inscrite elle-même dans la lignée de la FELIN, la fédération nationale des labels indépendants). A l’occasion de la Saint-Valentin, la FLIPPE organisait ainsi un label-dating aux Trinitaires de Metz afin de défendre et promouvoir la production musicale lorraine. La FLIPPE rassemble aujourd’hui une vingtaine de structures, labels et micro-labels dans une optique d’entraide à travers la mutualisation des réseaux, des compétences et le partage des savoir-faire. Il existe ainsi un catalogue recensant les labels lorrains, un site internet dédié, un programme de conférences et de rencontres entre artistes et labels, pour tenter de donner au mieux un cadre professionnel aux artistes afin qu’ils puissent vivre de leur musique.

L’association CD1D, née en 2004, ne fonctionne pas autrement. Fondée par sept labels indépendants, elle regroupe aujourd’hui 233 labels avec cette profession de foi :

« Proposer de nouvelles formes de collaborations et de diffusion de la musique, centrées sur le respect des artistes et du public, le renforcement de la diversité musicale et la mise en place durable d’un réseau alternatif aux majors et autres supermarchés culturels. CD1D offre ainsi un cadre collaboratif aux labels et aux artistes afin de s’unir, de mutualiser leurs moyens, de réfléchir et de s’adapter collectivement aux mutations engendrées par le développement technologique et les évolutions du milieu du disque. »

Le modèle essaime dans plusieurs régions avec la FEPPIA pour l’Aquitaine, la FEPPRA pour le Rhône-Alpes, la FLIM en Midi-Pyrénées, etc. Et donc, peut-être bientôt en Alsace.

Faire connaître les problématiques des structures

Qu’en pensent les principaux intéressés, à savoir les musiciens et les responsables de labels ? De manière générale, même si ce recensement à l’échelle alsacienne s’avère titanesque tant les labels sont nombreux, l’initiative séduit essentiellement les petites structures et micro-labels. A l’image d’Erik, du label Urban Death Records, centré sur le métal :

« L’initiative se doit d’être saluée, dans une optique de mise en commun des réseaux et des bons plans. Cela permettrait aussi de profiter d’un vrai réseau de diffusion et de faire connaitre aux élus du secteur culturel les actions qui sont menées localement, et peut-être ainsi pointer du doigt les difficultés et les problématiques de nos structures. »

Une vision que partage globalement Colin Schaub, manager du label Flying Cow Prod, qui salue une « belle initiative », espérant aussi que « dans la pratique, cela se traduise par quelque chose de véritablement collaboratif et mutualiste ». Chez 3rd Lab, on se projette plus loin, comme le détaille Arnaud Corbellari :

« On ne perdra rien à mettre en commun certains moyens tant au niveau de la communication que de la diffusion. On peut imaginer que cette fédération aura plus de poids dans son rapport aux institutions culturelles et que les problématiques des structures indépendantes pourront être entendues plus facilement que par l’initiative de chacun. Et puis avec notre expérience chez CD1D, on a vu qu’il était enrichissant d’échanger certains savoirs et savoir-faire. Une fédération locale de labels, en tout cas, ne doit pas être une redite des fédérations nationales mais un maillage à l’échelle de la région, avec ses propres problématiques, sa propre dynamique. »

Ce qui manque surtout : un nouveau lieu pour les musiques actuelles

Quant à Deaf Rock Records, un label bien visible à Strasbourg et même au-delà, il se démarque et mise surtout sur « le réseau national voire international » qu’il s’est tissé, via certains de ses groupes têtes de pont, à l’image de Colt Silvers et 1984. Enfin, le Collectif KIM, qui ne travaille aujourd’hui plus concrètement en tant que micro-label, revient sur son expérience passée, « positive, via les mises en réseau, les partenariats avec des groupes français ou étrangers dans le cadre de tournées communes ». Et Josh Muller, du Collectif Kim, d’ajouter :

« Une fédération de labels alsaciens, c’est forcément positif. Un regain de visibilité des productions locales, tous styles et toutes ambitions confondus, ne peut pas faire de mal. Si cela peut aider à identifier ou découvrir des groupes par rapport à leur situation géographique, c’est tant mieux pour eux avant tout. Et en plus, toute la scène régionale pourra aussi profiter de cet effet-là. Mais concrètement, aujourd’hui à Strasbourg, il manque surtout un nouveau lieu dédié aux musiques actuelles pour mieux identifier et mieux porter les groupes d’ici. »

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5 Commentaires postés

  1. Merci pour cet article alors le premier rdv , où et quand ?www.musicworkersgroup.com

  2. Voilà bien une façon de considérer la musique comme il y a 20 ans.
    Ce que ces gens ne comprennent pas c’est :
    1 que la musique se diffuse massivement par internet (il est facile d’être diffusé par un label américain ou russe)
    2 que les labels ne sont pas regroupés par région, mais par genre musical !
    3 qu’ils sont en concurrence et n’ont aucune raison de collaborer !
    Ce projet n’est utile que pour l’ego de ceux qui le portent !

    • G.Bouleau
      vous pouvez developper svp ?
      Mises à part une sorte d’aigreur et une certaine condescendance dans vos propos, l’argumentaire est un peu court.
      Mais votre expérience personnelle (pour avoir un avis aussi tranché, vous devez être un expert en la matière) doit pouvoir raisonner ces personnes qui font fausse route ….
      Votre aide pourrait leur être précieuse

      Par exemple, est ce que le label américain ou russe que vous citez peut infléchir sur le soutien des collectivités locales dans l’enregistrement et le production phonographique et donner de précieux conseils (développement, législation, aide, …) aux jeunes labels alsaciens ?
      Parce qu’à la lecture de cet article, c’est de ça dont il est question.

    • C’est une perception très internaute et numérique de la musique.
      1. Vous ne sortez jamais voir des concerts ? (il est plus difficile de faire des concerts à Strasbourg quand on vit à Vladivostok …)
      2. les gens réels sont regroupés selon l’endroit où ils choisissent d’aller (même s’ils se regroupent aussi par affinités, musicales entre autres) et les labels alsaciens sont … alsaciens (entendre : ils soutiennent une scène locale, des potes, sans nécessairement se restreindre à un genre musical)
      3. et pour faire de la musique face à un public réel et avec des musiciens réels, et pas seulement des écrans d’ordinateurs, c’est bien plus facile de collaborer !
      Bien sûr, Internet est un super outil, qui peut faire découvrir des talents, et même permettre de rencontrer des personnes … réelles. C’est une question d’expérience : on peut tout apprendre sur internet, se faire financer, diffuser son travail … mais imaginons un concert sur Skype : le concept est rigolo mais les odeurs de sueur, de bière, la danse, la proximité des gens, l’énergie des musiciens, les rencontres, ça me manquerait un peu (opinion personnelle).
      Ces « labels » qui se regroupent, c’est surtout une bande de potes qui font et/ou écoutent de bons sons, et rencontre une autre bande de potes, et se ils disent « eh, les gars, si on se rassemblait ? »
      Ce qui permettrait, par exemple, d’échanger des connaissances (c’est toujours plus drôle d’apprendre à plusieurs et en vrai que face à Youtube), du matériel (parce que se payer un studio d’enregistrement, pour un groupe débutant, c’est pas évident), et en plus, plus on est de fous, plus on rit (et diminution du coût d’la bière ;) )

      C’est beau de croire en Internet, mais on est pas des robots (pas tous). Ces labels essaient plutôt de s’y adapter, pas d’y résister (CD1D est un excellent exemple).