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  • par Marie Marty

Comment Strasbourg va profiter de la chaleur de son sous-sol

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En Alsace du nord, le site de Soultz-sous-Forêt est un pilote mondial en matière de géothermie profonde (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

En Alsace du nord, le site de Soultz-sous-Forêt est un pilote mondial en matière de géothermie profonde (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Le ministère de l’écologie vient de délivrer quatre « permis exclusif de recherche » à des entreprises privées qui souhaitent explorer les sous-sols du Bas-Rhin. Sur ces quatre permis, l’un concerne le nord-ouest de Strasbourg, l’autre Illkirch-Graffenstaden. Objectif : mettre en place des puits pour récupérer la chaleur d’une eau piégée de 1500 à 4000 mètres de profondeur depuis toujours. On appelle cette technique la géothermie profonde.

C’est une énergie renouvelable encore sous-exploitée, faute de bien en maîtriser la technique. La géothermie profonde, késako ? Dans les sous-sols alsaciens, bassin d’effondrement rhénan, circule une eau naturellement chaude depuis des milliers d’années. Cette eau est impropre à la consommation humaine, puisqu’elle est « chargée » en sel et en divers métaux. Elle circule le long de « rigoles », failles plus ou moins larges piégées entre les couches supérieures d’argile et plus profondes, de granit.

L'eau circule naturellement à travers un réseau de failles (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

L’eau circule naturellement à travers un réseau de failles, plus ou moins fines à mesure que l’on s’éloigne de la surface (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Pour récupérer cette chaleur de 170°C à 3000 mètres de profondeur environ, les ingénieurs et géologues, passés pour beaucoup par le site de recherche en géothermie profonde de Soultz-sous-Forêt au nord de Haguenau, le Groupement européen d’intérêt économique (GEIE) d’exploitation minière de la chaleur, ont compris au début des années 2000 qu’il fallait faire remonter cette eau par un puits et la réinjecter par un autre puits, créant ainsi un circuit avec une pompe en surface.

Pas de fracturation ni d’injection de produits chimiques

En trouvant « le bon équilibre entre profondeur et distance entre deux puits », les spécialistes espèrent aujourd’hui pouvoir exploiter un site plusieurs dizaines d’année sans que cette eau ne se refroidisse. A noter qu’il ne s’agit pas – promet-on, dans le cas de la géothermie profonde, de fracturer la roche et d’en extraire quoi que ce soit avec des produits chimiques, comme c’est le cas pour le gaz de schiste. « Le risque sismique [induit par la fracturation de la roche, comme ce qui s'est passé à Bâle en 2006] n’est pas acceptable », juge Guerric Villadangos, co-gérant du GEIE de Soultz. Des produits « très dilués » sont néanmoins utilisés pour « nettoyer » les fonds de puits.

Guerric Villadangos est co-gérant du GEIE de Soultz et directeur du projet Ecogi à Rittershoffen. A Soultz, passent environ 2000 visiteurs par an (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Guerric Villadangos est co-gérant du GEIE de Soultz et directeur du projet Ecogi à Rittershoffen. A Soultz, passent environ 2000 visiteurs par an (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Réseaux de chaleur et mix énergétique

Le 24 juin 2013, le ministère de l’écologie, du développement durable et de l’énergie a octroyé quatre permis exclusif de recherche (PER) à des entreprises privées dans le Bas-Rhin, à Illkirch-Graffenstaden, Strasbourg, Durningen et Soufflenheim. Dans la foulée, le 28 juin, la communauté urbaine de Strasbourg (CUS) a adopté une délibération validant un soutien de 250 000€ à ES Géothermie, la branche « géothermie profonde » d’Electricité de Strasbourg, dont le projet à Illkirch serait le plus prometteur.

Celui de l’entreprise Fonroche, sur le nord-ouest du ban communal de Strasbourg, comme d’autres « en moyenne température » n’est « pas assez avancé pour offrir des certitudes », juge Thierry Willm, directeur du service énergie de la CUS. Qui ajoute : « En fonction de l’avancement de leur projet (confirmation de la ressource, quantités, délai, etc.), nous verrons s’il est opportun de l’intégrer à notre stratégie d’alimentation énergétique du territoire ».

Cette stratégie, pour la collectivité, consiste à ajouter la géothermie profonde, d’ici 2017 ou 2018, à son « mix énergétique » et de passer de 0% à 40%, voire 60% d’énergie renouvelable dans ses réseaux de chaleur (Elsau, Hautepierre, Esplanade…). L’objectif, pour ES Géothermie, étant de produire – en plus de la chaleur – de l’électricité dans une centrale dite « de cogénération » (qui produit les deux).

250 000€ pour le projet Illkirch-Graffenstaden

A Illkirch, où le projet est plus avancé qu’ailleurs, les puits pourraient être forés dans le Parc d’innovation d’Illkirch (PII). Le bâtiment qui les abritera d’ici 2017 ou 2018 sera une enveloppe industrielle classique d’environ 300 mètres carrés. Les nuisances, bruit et vapeur d’eau, devraient être restreints voire inexistants, assure-t-on.

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7 Commentaires postés

  1. Les sinistres observés à Lochwiller sont inquiétants. En a-t-on déjà expliqués les causes ? A-t-on la garantie que de tels désordres ne se reproduiront pas ici ?

  2. Aucune info sur la production ou la quantité énergétique espérée dans ce type d’installation. Frustrant…

  3. Beaucoup de « si » et de conditionnel mais ça m’a l’air vraiment très bien comme technique.

    Plus d’infos sur la quantité d’énergie (électricité, chaleur) que cela peut générer ?

    Quid du forage quand l’eau se refroidiras ?

    • Quand (si ?) l’eau se refroidit, il est prévu de forer un peu plus loin. Selon Thierry Willm de la CUS, dans ce cas, on cimente le trou, on met deux mètres de terre végétale dessus et c’est tout. Dans tous les cas, on est loin de la complexité du démontage d’une centrale nucléaire (parallèle extrême, certes).

  4. Un grand merci pour cet article et bravo aux initiateurs de ce projet.

    • En espérant que l’opération soit correctement réalisée, et n’occasionne pas le genre de déboires rencontrés ailleurs… Je pense à Lochwiller, dont les habitations et routes se fissurent, visiblement des suite d’un forage mal réalisé ou trop profond.

  5. L’eau n’est pas seulement « naturellement chaude », elle est chauffée en permanence par les roches avec laquelle est est en contact dans les profondeurs terrestres, et celle-ci n’est pas statique, mais circule en permanence sur de très grandes distances. La durée minimale de quelques décennies d’exploitation projetée est un calcul prudent prenant en compte notamment la probabilité d’occlusion des puits par les sels minéraux ou de perte de perméabilité de l’aquifère dans la zone de prélèvement.