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Tribune : « Les patrons créent l’emploi », une expression idéologique

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Monument au travail à Bruxelles (Photo Antonio Ponte / FlickR / cc)

Monument au travail à Bruxelles (Photo Antonio Ponte / FlickR / cc)

Alors que le chômage semble connaître une légère décrue, Stéphane Fischer, professeur de philosophie alsacien, s’interroge sur le sens de l’expression « les patrons créent de l’emploi ». Que créent-ils réellement ?

TribuneCertaines expressions courantes sont de puissants vecteurs idéologiques. Par exemple, on lit et entend, plus souvent qu’à son tour, que « les patrons créent l’emploi ». La formule paraît tellement évidente qu’elle n’est jamais interrogée. J’aimerais ici montrer qu’elle n’est ni vraie, ni fausse, mais vide de sens. Plus slogan qu’idée donc, peut-être nous empêche-t-elle de penser le travail et, par suite, d’imaginer de nouvelles façon de l’organiser.

D’abord, la formule est implicitement normative : elle célèbre l’esprit d’entreprise comme un idéal auquel la société tout entière devrait aspirer. En témoigne par exemple l’idée, récurrente depuis 20 ans, qu’en période de chômage, chacun devrait être son propre entrepreneur. Autre symptôme : l’injonction faite à l’École de cultiver l’esprit d’entreprise (voir cet article de l’APSES, Association des Sciences Économiques et Sociales). Pour finir, le culte de l’esprit d’initiative est tel, qu’on aimerait qu’il s’étende aux employés eux-mêmes, sous la forme rudimentaire de la « mobilité » et de la « flexibilité ». On se souviendra peut-être du fameux « Mais oui mon vieux, il faut aller à Lille ! Naturellement qu’il faut aller à Lille ! » de Jacques Chirac devant les « jeunes » de Gleizé, le 14 février 1997.

Une puissance d’entreprendre inégale

Un tel idéal n’a évidemment de sens qu’à condition que les possibilités matérielles d’entreprendre soient également réparties dans la société. Or, dans un monde où le capital va toujours davantage au capital (voir par exemple le dernier livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle) : un tel présupposé est pour le moins douteux. Les « petits patrons » eux-mêmes le savent bien, tant la concurrence avec les « grands » est faussée.

La capacité à entreprendre n’est donc pas également distribuée dans l’espace social et cela se vérifiait déjà du temps du capitalisme industriel et continue d’être vrai dans la période actuelle, celle du capitalisme financier. Mieux : avant même la première Révolution Industrielle, lorsque naissaient en Europe les premières grandes manufactures, les artisans, ne pouvant plus rivaliser avec de telles puissances productives, se voyaient contraints d’abandonner leur indépendance. Contraints, donc, de vendre leur force de travail aux propriétaires de ces manufactures.

En outre, cette puissance productive de la manufacture, qui devient gigantesque avec l’industrie, est due à la rationalisation du travail, c’est-à-dire avant tout à une division des tâches poussée à l’extrême (une division mécanique des tâches qui rendra possible un usage massif des machines elles-mêmes, dira Marx dans Le capital, L.I, Ch.XIV) : le travail devient alors toujours plus « parcellaire ». Résultat : l’artisan, devenu ouvrier, pour ne pas dire tâcheron, perd non seulement son indépendance, mais aussi l’intelligence de son travail et se trouve dépossédé de son savoir-faire. Or ceci ne fait qu’aggraver sa dépendance et sa précarité. Autrefois travailleur, il ne peut plus maintenant qu’être qu’employé par un capitaliste.

Par conséquent, puisqu’il semble bien que les possibilités d’entreprendre, matérielles comme intellectuelles, sont, en régime capitaliste, toujours et nécessairement réparties de façon inégale, la formule « les patrons créent l’emploi » ne peut être que faussement normative. Au final, elle ne sanctionne qu’un état de fait et ne représente aucun idéal. On est alors de plain-pied dans ce que Marx appelait « l’idéologie ». Est idéologique toute représentation (croyance religieuse, valeur morale, concept philosophique, norme esthétique, juridique ou politique, etc.) qui justifie, en les universalisant, les intérêts dʼune classe particulière.

Il va sans dire que lʼidéologue est lui-même dupe de ce tour de passe-passe : il adhère sincèrement à ses « valeurs » et croit fermement qu’elles représentent l’intérêt général et non ses seuls intérêts particuliers. Chez Marx, l’idéologie n’est donc pas une manipulation, sauf à préciser que le manipulateur est toujours en même temps manipulé (sur le concept d’idéologie chez Marx, lire par exemple L’idéologie allemande, un texte de jeunesse).

Les patrons seraient des créateurs ?

Cette dimension idéologique réside aujourd’hui dans l’usage du verbe « créer » : les patrons seraient d’ingénieux créateurs, sans lesquels tout travail serait anarchique, désorganisé et improductif, étant entendu que lui seul possède l’intelligence de son travail. Cette nature thaumaturgique du patron légitimerait alors le fait que ses revenus soient (nettement) supérieurs à ceux de ses salariés (les inégalités sont aujourd’hui telles que nous n’avons plus de mesure pour nous les représenter : elles deviennent abstraites – faut-il rappeler que l’idée d’Henry Ford, que personne ne pouvait suspecter d’être un dangereux bolchevique, était de limiter l’écart de rémunérations entre salariés et patrons de 1 à 30 ?) Or, là est le sophisme : qu’il n’y ait pas d’emplois sans patrons, cela tombe sous le sens – c’est un pléonasme, une tautologie. Mais cela n’implique pas qu’il ne puisse pas y avoir de travail sans patrons.

L’emploi, en effet, n’est pas le travail, mais l’un de ses modes, l’une de ses expressions particulières, une expression historiquement déterminée. Lorsqu’il n’est pas un simple hobby, le travail est toujours collectif. Autrement dit, il implique un certain type d’organisation collective et de rapports sociaux entre les hommes. Ces rapports peuvent par exemple être de subordination (comme dans l’esclavage ou le servage) ou d’échange contractuel (comme dans le capitalisme où l’on vend sa force de travail contre un salaire).

Ce dernier mode d’organisation nous est le plus familier, mais il n’est pas le seul ! En ce sens, dire que les « patrons créent l’emploi » est tautologique, puisque ce que contient le mot « emploi » n’est rien d’autre que la façon particulière dont le capital organise le travail et donc assure son développement. Mais pour faire oublier la particularité de ce mode (et donc sa contingence : le fait qu’il pourrait par exemple être remis en cause), on invente, dans un curieux mélange d’économie et de théologie, la fable de la création…

L’emploi, l’un des modes du travail

Qu’est-ce, du reste, qu’un emploi ? L’emploi est le résultat de l’investissement d’un capital dans une force productive humaine, destiné à fournir une plus-value. Or, cette plus-value ne peut, en dernière analyse (si l’on accepte les analyses du Livre I du Capital de Marx), être réalisée qu’en rémunérant le salarié en-dessous de la valeur qu’il produit réellement. D’où par exemple l’obsession récurrente du « coût du travail », toujours trop élevé (pour les abonnés au Monde diplomatique, lire cet article très intéressant de L. Cordonnier sur le coût du capital). Ce que véritablement l’on cherche donc à « créer », c’est du profit et non de l’emploi. L’emploi n’est ici qu’un moyen que l’on n’hésite d’ailleurs pas à mettre à mal voire à détruire au nom du profit (ou de la fameuse « compétitivité » pour employer un mot cache-sexe).

La question n’est pas ici de savoir si un tel système est moralement condamnable ou pas. On peut à bon droit dire que le capitalisme, du moins dans sa période industrielle, a eu ses mérites en termes de progrès techniques et peut-être même moraux. Il s’agit juste de rappeler le sens des mots : par définition, il n’y pas d’emploi sans exploitation. Or, la formule « les patrons créent l’emploi » escamote cette réalité, sous l’effet envoûtant du verbe « créer ».

Justifier l’esclavage…

On objectera que l’exploitation est un mal nécessaire, qu’il en a toujours été ainsi, etc. Là encore, l’objection est tautologique. Elle signifie seulement que le rapport patron/salarié est nécessaire dans un monde capitaliste : l’objection est donc circulaire. Rappelons-le : l’emploi n’est pas le travail, mais l’un de ses modes.

L’esclavage par exemple était le mode antique du travail. Pour justifier l’esclavage, les Anciens concevaient l’esclave comme un homme qui, par nature avait besoin d’être protégé par son maître (pour entrer plus avant dans la logique de cette idée, rien n’est peut-être plus éclairant que les analyses de Hegel, dans la Phénoménologie de l’esprit, Tome I, IV, A – il s’agit de la fameuse “Dialectique du Maître et de l’Esclave”). L’esclavage se trouvait ainsi moralement justifié : d’exploitation violente, elle prenait la forme d’un échange juste. Or, ce qu’on entend parfois aujourd’hui, ressemble à s’y méprendre à ce vieil argument : « ne vous plaignez pas de vos bas salaires et soyez contents d’avoir un emploi, puisque vous n’en avez pas su en créer un ».

C’est vrai qu’on ne dit plus que l’incapacité à créer librement est naturelle… C’est déjà ça… Il apparaît ainsi aussi absurde de dire que les patrons créent l’emploi que de dire que le maître protège l’esclave. Dans les deux cas, c’est l’idéologie seule qui parle.

Stéphane Fischer
Professeur de philosophie

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28 Commentaires postés

  1. http://www.rue89strasbourg.com/index.php/2013/10/13/local/robertsau/lana-fete-sa-reprise/
    Je ne crois pas que les ouvriers de Lana soient sensibles à votre philosophie marxiste : ils doivent être contents d’avoir un patron qui donne de l’emploi.
    (Ma remarque ne mets pas en cause votre brillante dissertation ; c’est juste pour faire le lien avec le vrai monde.)

  2. Monsieur Fischer , tout d’abord je vous prie d’excuser le retard de ma réponse, mon fils étant à l’hôpital pour un problème heureusement bénin, je n’avais pas la disponibilité d’esprit nécessaire.
    Pour la petite histoire, ce matin une dame est venue nettoyer sa chambre et comme je ne comprenais pas ce qu’elle me demandait car sa voix était étouffée, elle se justifia en disant qu’elle avait une laryngite « carabiné ». Comme je m’étonnai qu’elle travaillât dans ces conditions, elle expliqua qu’elle n’avait pas le choix car elle ne supportait pas qu’une chambre ne soit pas « désinfectée ». Quel sens de la responsabilité, voire quel dévouement ! En effet, au service pédiatrie (dont le professeur de service est d’ailleurs « le patron »), il manque 6 postes et quand l’une d’entre elles est malade, il n’est plus possible, dit-elle avec dépit, d’avoir recours à une « collègue de réserve » parce que ça n’existait plus ! « L’Etat ne veut plus créer d’emplois, il en supprime et c’est une catastrophe ». J’y trouve une petite coïncidence que cette confidence…

    Je vous remercie d’avoir considéré mon interpellation en y répondant sans condescendance aucune et d’avoir reconnu avoir mêlé à votre analyse, une part «d’exaspération ». J’avoue la partager, ce qui rend le discernement plus difficile.

    Vous auriez pu utiliser la formulation « les entrepreneurs créent de l’emploi » (d’ailleurs « créent l’emploi » ou « DE l’emploi » ? peut-être ai-je fait une confusion avec la formulation de l’introduction de votre tribune ?) mais vous employez le terme « patrons ». Aussi j’aimerais m’y arrêter.

    Ce terme, à l’origine, signifiait au sens propre « l’opposé de client», au figuré celui de « protecteur » (Saint, protecteur d’une ville par exemple »
    Ce n’est qu’au 19 ème siècle qu’il est attribué au chef d’entreprise et qu’il prend la connotation péjorative de « capitaliste ». A cela s’ajoute l’influence anglo-saxonne de « boss », à savoir « personne qui commande, qui décide » (ref : dictionnaire historique de la langue française)

    En fait, on voit qu’il « manageait » (encore le cas dans de nombreuses entreprises, familiales notamment) de manière « paternaliste ». Mais n’y a –t-il pas autant de « patrons » que de « pères » ? Nos entreprises dans leur majorité, si on exclut notamment celles fonctionnant sur le mode coopératif, sont ainsi faites quand bien même l’entrepreneur est son « propre patron ». Je pense que dans ce cas, il peut y avoir en effet une tendance schizophrénique à gérer les deux casquettes.. chez les artistes notamment c’est flagrant : créer leur œuvre et la vendre. Quasi antinomique ! :)

    Les patrons auxquels vous faites référence ne sont-ils pas ceux qui dérivent vers un certain autoritarisme ? Dans un système capitaliste où de nombreuses sociétés mondialisées ont perdu toute empathie et où le profit, en effet a pris une part prépondérante (voire obsessionnelle) au point ne plus considérer les êtres humains appelés salariés si ce n’est au compte « charges », n’est-ce pas une relation de domination/soumission qui a supplanté la fonction paternaliste première?

    Pourtant il y a dans ce cas de figure, une dépendance de part et d’autre (un patron n’existant pas non plus sans des salariés) mais le problème ne réside t-il pas dans le fait que le rapport de force est désormais biaisé par ces patrons se sentant omnipotents car pouvant brandir la menace de la délocalicalisation dans des contrées où les salariés sont serviables et corvéables à merci ?

    L’idéal dont vous parlez, outre le fait d’être une vraie vocation pour certains, ne serait-il pas par un idéal par défaut pour d’autres? Ne pas se retrouver à cette place potentiellement esclavagiste et bénéficier tout au moins de l’essentiel : la « liberté » du patron ?

    Il y a pourtant d’autres modèles qui existent et c’est à ceux-là à mon sens qu’il nous faut nous atteler : le modèle coopératif en est un mais c’est un autre débat car les statuts existants ne permettent pas d’intégrer les investisseurs de manière satisfaisante (on toujours besoin de la finance à ne pas confondre avec la spéculation). Mais c’est une (bonne) piste à explorer à mon sens :)

    Avec mon sincère respect ..

  3. Un texte un peu difficile pour la pauvre « instit » que je suis, mais une idée me frappe c’est la manière dont le langage produit son propre monde duquel on ne peut plus s’échapper.
    « Je suis grecque et je dis que toutes les grecques mentent. Est-ce que je mens ou est ce que je dis la vérité ? »
    C’est Foucault qui disait je crois qu’on est face à un cercle.
    Comment en sortir ?

  4. De temps en temps, cela fait du bien de constater que tout le monde n’est pas lobotomisé par les radotages idéologiques (au sens donné dans l’article: argumentation au service d’un groupe particulier) érigés en prêt à penser pour tous, y compris et surtout pour celles et ceux qui ne font pas partie de ce groupe particulier! Car oui, les mots sont importants…

    Ce genre de « confusions » (volontaires) autour des termes « travail » et « emploi » est monnaie courante actuellement, et de nombreuses expressions toutes faites et répétées par de nombreux perroquets faiseurs d’opinion (dont les médias) peuvent être soulignées à ce sujet:

    - « chercher du travail »: NON! Dans le système actuel la plupart des gens ne cherchent pas du travail mais un emploi pour le travail qu’ils peuvent réaliser/apporter…

    - « un patron donne du travail à des salariés » ou « une entreprise donne du travail aux gens »: NONNNNN! Le travail est la propriété de celui qui le réalise, jusqu’au moment ou celui-ci le « cède » éventuellement (du moins en cède les fruits), dans le système actuel, contre un prix de location de sa force de travail qui n’est autre que le salaire… Donc non, un patron ou une entreprise ne « donnent » pas du travail aux autres, car ce sont les « autres » et eux seuls qui en sont les sources! Ils fournissent un emploi potentiel à ce travail contre rémunération, pour en récupérer les fruits…

    - « créer son propre emploi »: AHHHHH! Superbe expression… qui me rappelle le titre d’un séminaire donné en école de management sur le thème « L’entreprise de soi » (sans rire)! Aussi cohérent et courant que ce que serait « l’auto-anthropophagie » en quelque sorte :o) Je m’emploie moi-même… belle circonvolution pour avouer en creux (mais timidement, quand même, faut pas que ça se voie trop!) qu’il y aurait autre chose de possible que la location de sa force de travail à un AUTRE! Pourquoi ne pas dire dans ce cas: « Refuser d’être salarié »? Ah non mon bon monsieur, il faut être « salarié de soi-même », ou « patron de soi même » (comme l’on veut, c’est égal, mais c’est mieux de dire « être son propre patron », allez savoir pourquoi ;o)). En fait être les deux à la fois. La schizophrénie est une qualité d’avenir.

    Bref, démêlons les mots pour éviter de s’emmêler les idées…

  5. @ Monsieur Fischer,
    pourriez vous s’il vous plait expliquer sommairement comment vous faites pour déduire à partir de la formule « les patrons créent de l’emploi » (que vous qualifiez d’ » implicitement normative ») qu’elle « célèbre l’esprit d’entreprise comme un idéal auquel la société tout entière devrait aspirer » ?
    Y voyez vous une valorisation excessive de l’entrepreneur dans le fait qu’on leur attribuerait ( à tord) une capacité de »créer » ? alors que cela serait plutôt l’attribut de l’artiste ? un entrepreneur peut il étre un artiste ? en tout cas, un artiste souvent est également un entrepreneur car sinon comment vivrait il de son art ?
    Merci pour votre réponse.

    Ps: Pourquoi « implicitement normative »? Est e que l’énoncé est faux ?

    • Vos questions sont très intéressantes et me donnent à réfléchir. Elles mettent sans doute le doigt sur une insuffisance argumentative.
      Pour votre dernière question : il me semblait – peut-être à tort – que derrière son apparente neutralité, la formule avait toujours pour fonction de justifier l’inégalité du rapport patron/salarié (pardonnez-moi de généraliser à outrance) : « ne pas s’en prendre trop aux patrons, parce que ce sont eux qui créent l’emploi », du coup « baisser le coût du travail », etc. Or, pour justifier un état de fait (l’inégalité en question), il faut se référer à une norme. Ici : la supériorité (naturelle, normale, etc.) du créateur sur le suiveur, si vous voulez. La valeur normative de la formule résiderait alors plus dans son usage (un argument qui justifie un état de fait) que dans sa signification. Par conséquent je ne dirais pas que l’énoncé est faux, mais – et j’essaye de le montrer dans l’article – qu’on ne peut pas lui accorder de valeur normative, dans la mesure où les possibilités même de « créer » sont inégalement réparties (pour faire vite).

      Par suite, qu’il y a une « valorisation excessive de l’entrepreneur », au détriment des employés, oui, je le pense. Mais c’est là une question de perception. Peut-être que je perçois mal les choses… J’ai écrit cet article dans un accès d’exaspération : il se trouve que j’ai entendu cette formule 3 fois la même journée, et toujours pour justifier des mesures qui, clairement, défavorisaient les employés…

      Je ne saurais pas vous répondre sur la question de l’artiste. Il me faudrait du temps pour y réfléchir…

      Quant à votre première question, voici ce que je dirais : admettre que la formule est implicitement normative, c’est faire de l’esprit d’entreprise un horizon ou un idéal universel, auquel chacun devrait aspirer. Mais peut-être que mes réponses – les réponses d’un dimanche matin – manquent de précision…

    • J’aillais vous répondre hier mais une visite m’en a diverti.
      Je vois avec plaisir que Monsieur Fischer vous a très gentiment répondu…Reproduisant en grande partie ce qui était déjà dit dans son texte pour ceux qui étaient capables de le lire.

      Je ne vais donc pas reproduire ce qu’il a déjà dit deux fois avec une égale clarté et sans doute avec un égal succès, mais reprendre la question de la création : création d’emploi, création artistique.

      En rappelant deux passages à relire du texte :
      1-  » La formule paraît tellement évidente qu’elle n’est jamais interrogée. J’aimerais ici montrer qu’elle n’est ni vraie, ni fausse, mais vide de sens. Plus slogan qu’idée donc, peut-être nous empêche-t-elle de penser le travail et, par suite, d’imaginer de nouvelles façon de l’organiser. »
      2- « Un tel idéal n’a évidemment de sens qu’à condition que les possibilités matérielles d’entreprendre soient également réparties dans la société. Or, dans un monde où le capital va toujours davantage au capital (voir par exemple le dernier livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXIe siècle) : un tel présupposé est pour le moins douteux. Les « petits patrons » eux-mêmes le savent bien, tant la concurrence avec les « grands » est faussée. »

      Tout d’abord la notion de « création » est ici problématique, mais Stéphane Fischer ne pouvait pas ne pas l’employer parce qu’elle fait partie justement de l’idéologie dominante dont il entreprend la critique.

      A dire d’abord que suis d’accord avec vous lorsque vous dite que l’ont attribue « à tord » la capacité de créer,
      A tort en effet : torsion du vocabulaire qui induit volontairement ou non une vision tordue du monde qui est celle de l’idéologie dominante. Je dirais même, je ne sais si Stéphane sera d’accord, que les concepts de la pensée (!) marxienne ont été souvent interprétés par les courants idéologiques marxistes (léniniste, trotskistes, communistes, etc) qui s’en réclament en tant qu’à un moment ou un autre elles deviennent ou prétendent devenir idéologie dominante.

      Mais quand Stéphane écrit que la formule est vide de sens, c’est, il me démentira peut-être,ou du moins précisera c’est que la notion de « création » n’a ici aucun sens.

      Les patrons créent aussi peu l’emploi, que les artistes créent des oeuvres. Et cela d’abord parce que l’idéologie chrétienne a gravé dans les esprits qu’elle était toujours « ex nihilo » (à partir de rien).
      Les anciens grecs parlaient eux de création mimétique : toujours à partir de quelque chose. Et ils avaient raison.Mais Stéphane vous expliquera cela mieux que moi.
      Et si Heinz a pu faire son ketchup et « créer » c’est qu’il a d’abord expérimenté avec sa mère dans leur cuisine les ketchups presque pour s’amuser On est presque là dans la création « artistique »
      Et si Rodin a pu produire toutes ses oeuvres, c’est parce qu’il avaient des ateliers, comme beaucoup de peintres du Quattrocento, où des élèves les secondaient.
      Au lieu d’aborder la question par Marx, Stéphane aurait aussi bien pu l’aborder par Nietzsche qui a écrit de grand texte sur la question. Mais l’allusion à Hegel est en elle même parlante : la fin de l’histoire c’est que l’esclave s’émancipe du maître non pour devenir maître à son tour mais Citoyen (tu m’excuseras Stéphane de prendre la version simplifié de Kojeve -la question de la reconnaissance serait trop longue à expliquer à cette dame)

      Pour finir, vous aurez peut-être, Madame, été sensible à l’ironie qui consiste à opposer à votre avatar du drapeau européen (où l’OCDE et la commission fabriquent l’idéologie actuelle) sa photo : celle d’un individu !

      LEV

      • @LEV L’avatar en question apparait car je me connecte à mon adresse gmail , elle même liée à mon blogspot du nom de Democratia délaissé depuis qq années au profit de facebook plus dynamique et interactif. Dans ces deux cas, l’image d’entête est celle-ci :)

        Ps : si vous souhaitez voir ma « bobine » elle figure sur ce site à une tribune concernant le Tram fer/pneus ;)

      • @ Lucia

        Mais j’ai rien contre votre bobine :-)
        Au contraire :-)
        Je l’avais déjà vue au demeurant.
        Et avant la « Tribune » en question…
        J’aime aussi la photo où vous dansez avec le Monsieur
        Mais mon intervention ne concernait pas essentiellement votre bobine, charmante en effet….
        En rhétorique cela a un nom. Je dirais « éviction »
        Mais les rhétoriciens diraient peut-être : argumentum ad hominem.
        En ce sens vous prenez mon « point faible » dans mon argumentation qui est un argumentum ad hominem en un certain sens :
        « Pour finir, vous aurez peut-être, Madame, été sensible à l’ironie qui consiste à opposer à votre avatar du drapeau européen (où l’OCDE et la commission fabriquent l’idéologie actuelle) sa photo : celle d’un individu ! »
        De fait il est vrai que je ne sais si Stéphane Fischer à mis du coup là un avatar dans cette intention.
        Et je n’ai jamais nié que vous fussiez un individu, vous aussi.
        Avec les qualités et les défauts de tout individu.
        Simplement, je constate que vous ne répondez pas aux arguments.
        Mais qu’est-ce qui m’a pris aussi de jeter un coup d’oeil sur ce site avant de me coucher ?
        Maintenant, je vais devoir lire votre tribune et peut-être même y laisser une remarque alors qu je ne connais rien aux roues de tram.
        Vous prolongez ma nuit, Lucia

        A se voir (peut-être) en pleine lumière Lucia ;-)

        Cordialement
        Lev

    • Je suis Cubain et notre système socialiste aujourd’hui bien qu’en décadence applique une politique du salariat différente que celle appliquée en France. Et moi, je peux vous dire que je suis d’accord avec votre article. Je suis né dans le socialisme cubains qui a commencé au XX siècle lors de la Révolution castristes. Et depuis que je suis en France je n’ai jamais vu autan des inégalités sociales dans ma vie. Entre le petit chômeur de cité et monsieur Bouygues qui s’est acheté un yacht à 36 millions d’euros c’est épouvantable voir de telles différences en terme de salaire. C’est même dégueulasse tout simplement. Je pense qu’il faudrait encore un changement radical dans ces pays de l’Europe. Le Capitalisme se pense aujourd’hui naturel alors qu’il ne l’est pas! Il est juste contrôlé par une caste de bourgeois sans pitiés possesseur de l’appareil de l’État et de toutes les institutions qui vont avec!

      • Entièrement d’accord avec vous !
        C’est d’ailleurs une honte qu’en 1981 avec l’arrivée des « socialistes » au pouvoir en France, Mitterrand n’ait pas plus fait pour aider à désenclaver et faire progresser Cuba, politiquement et économiquement !
        Hasta … siempre !

  6. Et une petite question encore sur le bas relief.
    Le titre est-il vraiment « Monument au travail » ?
    Pourtant, on y voit des ouvrier qui travaillent….
    Ou alors faudrait-il trouver une second degré dans le terme « Monument » ;-) ?
    Merci !
    Très cordialement
    LEV.

    • @LEV à quels arguments souhaitiez vous que je réponde précisément ?

      ps: sur quelle photo je « danserais » avec un « monsieur » ??? -:)

      • @Lucia
        Pour la photo ici :
        http://
        http://www.20minutes.fr/strasbourg/674179-strasbourg-les-femmes-quasi-absentes-scrutin

        Pour les arguments je dirais que de me les demander précisément alors que je les ai déjà exprimés, que c’est encore un truc rhétorique :-).
        Cependant je vous ferai une plus longue réponse plus tard.
        Là je vais à la première de TH. Bernard au TNS, une entreprise artistique ? ;-)

        Cordialement
        Bonne soirée
        Lev

        PS : En souhaitant que votre enfant se remette vite.

      • Bonjour Lucia,

        A dire simplement que j’avais fait un long argumentaire
        Sur la proximité d’une « entreprise artistique » et d’une entreprise de fondation d’un site web, insistant sur le fait que cela ne se fait pas à à partir de rien. En les opposant à des entreprises multinationales où le but principal est le profit .
        Je n’ai été ni injurieux, ni menaçant ( d’ailleurs je ne menace jamais, j’agis) et pour je ne sais quel raison l’article a été censuré
        alors que je vantais juste l’utilités de certains sites. Que ce soit une machine ou une personne (la machine étant tours programmée par une personne) peu importe. Je trouve simplement dommage de ces procédés. Su ce je vais relire Caligula de Camus….Et feuilleter l’un ou deux textes que Chéreau qui vient de nous quitter a monté.

        LEV

      • @ Lucia et Lev

        J’avais effectivement lu le long texte de Lev en réponse à Maria.
        Et puis soudain il a disparu pour je ne sais quelle raison puisqu’il n’y avait nulle insulte, bien au contraire une pertinente analyse qui replaçait d’ailleurs un site comme celui dans le contexte qui est le sien. Donc mystère « démocratique  » ?
        A propos de Chéreau je pense à la page de Koltès qu’il serait bon que certains méditent :

        « Si un chien rencontre un chat – par hasard, ou tout simplement par probabilité, parce qu’il y a tant de chiens et de chats sur un même territoire qu’ils ne peuvent pas, à la fin, ne pas se croiser ; si deux hommes, deux espèces contraires, sans histoire commune, sans langage familier, se trouvent par fatalité face à face – non pas dans la foule ni en pleine lumière, car la foule et la lumière dissimulent les visages et les natures, mais sur un terrain neutre et désert, plat, silencieux, où l’on se voit de loin, où l’on s’entend marcher, un lieu qui interdit l’indifférence, ou le détour, ou la fuite ; lorsqu’ils s’arrêtent l’un en face de l’autre, il n’existe rien d’autre entre eux que de l’hostilité – qui n’est pas un sentiment, mais un acte, un acte d’ennemis, un acte de guerre sans motif  » …

      • Marrant je viens de recevoir le message que j’ai envoyé surtout à Lucia pour lui signaler le long article de Lev disparu, mais je n’ai pas reçu le message que Lev a envoyé à Lucia pour lui parler de ce long message disparu. Si j’ai souscrite au fil de discussion je devrais recevoir tous les messages, non. Si je n’ai pas reçu l’alerte du commentaire de LEV, Lucia. non plus ne doit pas l’avoir reçue. Je m’interroge vraiment !!!!!!!!

      • « Quand un « souverain » ne supporte pas la critique ou simplement des conseils cela s’appelle l’arbitraire » Montesquieu

      • Laurent Beria ( Лавре́нтий Лавре́нтович Бе́рия) a écrit
        « Quand un souverain ne supporte pas la critique ou même les conseils », cela s’appelle de l’arbitraire » Montesquieu.
        J’oserai ajouter une anecdote :à l’époque des Romanov il y avait un ministre de l’intérieur, Stolypine,qui conseillait des réformes populaire et de se détourner de Raspoutine afin d’amadouer le peuple. Nicolas II ne l’a pas écouté. Stolypine est mort dans un attentat La Russie a sombré

  7. Voilà un excellent article, Stéphane, qui donne enfin à réfléchir !
    Et qui serait même susceptible de donner lieu à un essai que je serai impatient de pouvoir lire !

    Questions :
    De dire que c’est le marché qui crée l’emploi serait-ce aussi idéologique ?
    De dire que c’est l’ouvrier qui crée en définitive le marché serait-ce aussi idéologique ?
    La réponse est sans doute déjà donnée :  » Est idéologique toute représentation (croyance religieuse, valeur morale, concept philosophique, norme esthétique, juridique ou politique, etc.) qui justifie, en les universalisant, les intérêts dʼune classe particulière.
    La question est donc sans doute celle de la lutte entre idéologies ?

    Et puis :
    « Il va sans dire que lʼidéologue est lui-même dupe de ce tour de passe-passe : il adhère sincèrement à ses « valeurs » et croit fermement qu’elles représentent l’intérêt général et non ses seuls intérêts particuliers »

    Etait-ce le cas aussi des premiers capitalistes paternalistes au XIX début XXème ?
    Je pense à Bataville où vers la fin il n’y avait qu’un vieux couple qui n’avait pas le permis parce que tout était sur place et devait faire appel à des amis pour les emmener faire les courses ailleurs…
    Je pense aussi à ces patrons américains qui offraient des services gratuits à leurs ouvrières (Le Ketchup Heinz qui « offrait » la manucure à ses ouvrières (altruisme ou intérêt personnel) Le même homme se battra pour une loi sur l’hygiène dans les usines….
    Mais ma question est la suivante : les grands patrons aujourd’hui ( pas les sbires style DRH qui transmettent) sont-ils réellement dupes de leurs propres discours ?

    Parmi les livres conseillés
    Marcuse (« L’homme unidimensionnel ») et Naomie Klein (« La stratégie du choc ») seraient-il aussi éclairants sur le devenir contemporain de cette idéologie dont tu parles.

    Très, très cordialement !
    LEV

  8. Dans ce monde où « tout fout le camp », il est rassurant de savoir qu’il y a encore des profs du philo qui ont « das Kapital » comme horizon de pensée. Ca me replonge quarante ans en arrière, au lycée. Merci. Merci aussi pour la rigueur du développement argumentaire et la clarté de la rédaction. Pour un fonctionnaire – qui n’a donc pas la moindre connaissance du monde de l’entreprise – vous en parlez très bien !
    (En attendant, il y a énormément plus de Arbeitgeber de l’autre côté du Rhin…)

  9. J’adore cet article!
    Et bravo pour la démonstration des tautologismes du discours entrepreuneurial. D’ailleurs, quand on sait ce qu’on sait (du monde économique), et qu’on voit ce qu’on voit (du comportement de beaucoup « d’employeurs »), et bien on a raison de penser ce qu’on pense (de la fumisterie de petits gestionnaires qui se prennent pour des « créateurs de valeurs »). ;)
    En tant qu’employeur ponctuel, je sais parfaitement qu’il est impossible de « créer de l’emploi » tout seul. A la limite, ce sont nos commandes, donc nos clients, qui « créent » nos emplois. Et c’est le salarié qui apporte une (bonne) partie de sa « valeur » à l’entreprise. Toujours. Sans quoi il n’aurait pas de travail.

    • Bonjour Monsieur Erikano,

      Pour ma part je ne dirais pas que » j’adore » cet article d’autant plus que j’y lis peut-être à tort une tentative d’ironie pas très socratique de votre part.
      Je n’y vois pas non plus de « tautologismes » ( à moins que nous ayant une définition différente du terme…)
      A l’inverse, je vois beaucoup de tautologies dans votre intervention :
      « quand on sait ce que l’on sait », « et qu’on voit ce qu’on voit » « on a bien raison de penser ce que l’on pense » De mon temps, si j’ai bon souvenir on parlait aussi de truismes…
      Donc je n’adore pas, mais j’apprécie fortement et ce d’autant plus que Monsieur Fischer, du moins c’est mon impression, parle avant tout des différentes formes et justifications idéologiques que se donne la classe dominante dans la lutte des classes, que celle-ci existe toujours et produit un discours dominant (idéologique) afin non pas simplement de se justifier, mais de se donner comme la seule forme possible d’organisation sociale. Ainsi m^me un philosophe comme Aristote, si j’ai bon souvenir, justifiait l’esclave en disant que lorsque les métiers à tisser fonctionneront on pourra s’en passe. Mais je ne sais s’il le pensait vraiment….
      Simple retraité, amateur de philosophie entre autres, je vois surtout à l’exemple de mes petits enfants que le travail qui leur est proposé est toujours précaire et de moins en moins bien payé !
      Et ce que dit Monsieur Fischer est vrai car ils entendent effectivement souvent des arguments proches de ceci : « ne vous plaignez pas de vos bas salaires et soyez contents d’avoir un emploi, puisque vous n’en avez pas su en créer un ».
      Mais je suis assez d’accord avec vos dernières phrases.

      En vous souhaitant un bon week end

      Germain.

      P.S. C’est quoi être « employeur ponctuel ?

    • A Germain : 1. Je n’étais pas du tout ironique. Je parlai du raisonnement tautologique des « employeurs ». J’apprécie cet articleµ
      2. Etre « employeur ponctuel », c’est quand on a une toute petite entreprise où on a pas assez de moyen – pas assez de travail – pour employer des gens à plein temps toute l’année, mais qu’on fait appel ponctuellement, en CDD, à des jeunes ou des moins jeunes demandeurs d’emplois. Quand on a une activité de petite taille comme ça, on se rend bien compte que c’est bien le salarié temporaire qui « apporte » sa force de travail et que ça n’est pas notre génie personnel qui permet par miracle de « créer un emploi »…

      • A Erikano : 1 En ce cas milles excuses ! J’étais sans doute un peu trop resté sur l’idée de Marx qui veut que l’Histoire est toujours celle de la lutte des classes, et que c’est toujours la classe dominante qui dicte ses règles à ou aux classes dominées même si la distinction n’est plus de nos jours aussi nette et ne passe plus par là distinction devenue simpliste bougeoisie/ prolétariat même s’il reste vrai que les jeunes issus de ce qu’on peut toujours appeler la classe ouvrière (même si le tertiaire est aussi grandement touché du fait des délocalisations qui finissent. en somme à faire disparaître l’ouvrier (je parle des grandes entreprises) Je ne sais Monsieur Fischer parle de la plus-valu, je n’ai pas relis là. Mais le fait que le capitalisme soit devenu avant tout financier est la chose la plus inquiétante. Prenez l’histoire des subprimes : on commence par une logique égalitaire comme tout le monde a droit à son home sweet home et qui poussée à l’absurde devient par exemple que récemment en Ohio les aveugles ont le droit au port d’armes. L’idée c’est jouis d’abord paye après et si tu peux pas payer à nous tu paieras à ceux qui ont racheté ta dette et se saisiront de ta maison.
        Mais je ne parlerais pas de raisonnement tautologique des employeurs en ce sens que c’est avant tout le cynisme de la machine financière qui dicte au trader de faire du fric pour leur clients actionnaires rentiers.
        2/ Pour ce qui est du second point je suis entièrement d’accord avec vous à ceci près que si les petits employeurs se trouvent obligés à ces procédés beaucoup de grandes entreprises en usent systématiquement pour faire du profit et ce d’autant plus que beaucoup de petites entreprises sont sous-traitantes de grandes qui leur imposent leur loi. Et dans le domaine de la restauration par exemple, il n’y a souvent même pas de CDD avec des jeunes qui travaillent sans le savoir au noir et qui préfèrent partir souvent très peu ou même pas payés du tout. Avec 1 sur 9 qui porte l’affaire devant les prud’hommes, ils sont gagnants et participent à l’exploitation générale. Ce qui est grave alors ce n’est pas qu’il n’y ai pas de CDI,mais que les employés ne peuvent même pas se prévaloir d’un CDD pour se constituer tout du moins un CV. Un ami cuisinier qui cherchait une place s’est trouvé devant un patron qui lui avoua tout cru : Ne le dites pas mais je vais virer l’ancien cuisinier. Qu’à-t-il fait ? Il s’est levé en lui disant : « Comment je sais que je ne serais pas d’ici quelque temps aussi l’ancien cuisinier ? Il me semble qu’il n’y rien à reprocher à un patron de CME qui se constitue un noyau dur d’ouvriers permanents et fait appel à des « renforts » lorsque c’est nécessaire et en annonçant la couleur.Je pense là surtout à des CME qui par la nature de leur production ont des pics saisonniers par exemples.
        Encore une fois, bon week end et désolé si je vous ai prêté des pensées que vous n’aviez pas.
        Germain