Politique 

Interview participative : les réponses de Roland Ries à vos questions

actualisé le 03/07/2015 à 10h55

Roland Ries lors d'un congrès en 2012 (Photo FlickR / cc)

Roland Ries lors d’un congrès en 2012 (Photo FlickR / cc)

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, a répondu aux questions posées par les internautes strasbourgeois via le site « Questionnez vos élus ». Transport, urbanisme, loyers… Voici une sélection des échanges après cet exercice inédit de démocratie directe.

Un an après…

Les maires élus en mars 2014 ont achevé la première année de leur mandat. À cette occasion, le site « Questionnez vos élus » a proposé à quelques uns d’entre eux, dont Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, de répondre à une série de questions de leurs concitoyens. Rue89 Strasbourg est partenaire de cette opération, voici les réponses de Roland Ries à une première série de questions.

Les transports et le cadre de vie sont les principaux sujets de préoccupation des Strasbourgeois, du moins si l’on en juge par la proportion de ces thématiques parmi les questions posées par les internautes à Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg. Plus de cinquante questions ont été posées depuis le début de l’opération, sur des sujets extrêmement variés : les loyers, l’emploi bien sûr mais aussi le bruit, la pollution, les déchets, la géothermie…

Les réponses portées par le maire ont mobilisé son cabinet, qui a lui-même sollicité l’aide des services administratifs. Au final, les propos tenus par Roland Ries sont très précis, argumentés, et veillent à justifier les choix et les actions de la municipalité, même lorsque les sujets abordés ne dépendent pas directement de la mairie. Roland Ries en a aussi profité pour adresser des rumeurs, comme apparemment celle de la fermeture de l’auditorium du musée d’art moderne, qui a été posée plusieurs fois alors qu’il n’en a jamais été question.

Voici une sélection des échanges entre les internautes strasbourgeois et Roland Ries, la totalité des questions et des réponses est publiée sur le site « Questionnez vos élus« .

Quel avenir pour le tram de Koenigshoffen ?

Plusieurs questions ont porté sur le tramway, et ses éventuelles extensions. Pour l’instant, le tramway s’étend vers Kehl le long de l’axe Deux-Rives et vers le centre d’Illkirch-Graffenstaden mais deux questions ont demandé des nouvelles des projets de lignes vers l’ouest (Koenigshoffen, Wolfisheim) et le nord de l’agglomération (Schiltigheim, Hoenheim).

Il est vrai qu’au cours du mandat précédent, il a beaucoup été question de la réalisation d’une nouvelle ligne qui traverserait la ville, un tracé avait même été évoqué, faisant un arrêt aux Halles. Mais depuis mars 2014, il n’en est plus question et Roland Ries se garde bien de se prononcer :

« L’eurométropole travaille en ce moment sur son plan pluriannuel d’investissement, c’est-à-dire sur les investissements qu’elle pourra réaliser effectivement durant ce mandat. Vous savez combien les ressources de celle-ci ont baissé. Pour le moment, les arbitrages ne sont pas faits et je ne peux pas vous répondre sur la réalisation de cette ligne de tram dans le cadre de ce mandat. »

À une question qui portait sur Koenigshoffen, Roland Ries promet que ce quartier connaîtra « les plus importantes mutations dans les 10 prochaines années ».

Mailler l’agglomération comme à Berlin ?

Pour Marc-Antoine Laurent Guy, il serait temps de « mettre en place un système de RER/S-Bahn, pour desservir le Roethig, Koenigshoffen, La Kibitzenau, Le Tiergaertel ou encore l’ouest de Souffelweyersheim et de Bischheim, ce qui permettrait d’aller vers Brumath, Haguenau, Herrlisheim, Molsheim ou Erstein sans perdre 2 heures ». Roland Ries y est favorable :

« L’avenir des transports dans l’Eurométropole passe par la diversité et la complémentarité des modes de transport collectif, bus, BHNS, tram, autocar et TER plutôt que par des investissements lourds en infrastructures nouvelles à réaliser. (…) Nous souhaitons développer davantage l’usage des 14 gares de l’Eurométropole et nous envisageons la création de nouvelles gares. Un schéma de type S-bahn permettant, en plus de ces pôles d’échanges et d’une tarification encore plus intégrée, d’offrir une forte fréquence et une bonne amplitude horaire, est aussi proposé dans le projet de Plan local d’urbanisme en cours de concertation. »

Antonio Lagala propose lui de supprimer des arrêts, au centre-ville où ils sont très rapprochés. Roland Ries répond que cette question est régulièrement soulevée, mais qu’il n’est pas question de supprimer des stations. Jean-René Hannequin demande de son côté pourquoi les transports en commun ne sont pas gratuits. Roland Ries y est opposé :

« L’absence de recettes se traduirait par une forte hausse de la fiscalité locale, à la charge des Strasbourgeois, alors qu’un grand nombre d’utilisateurs ne sont pas strasbourgeois. J’ai préféré mettre en place un dispositif innovant de tarification solidaire, c’est-à-dire en fonction des moyens des usagers. Les moins favorisés payent ainsi l’abonnement mensuel 2.40€ ! Ainsi, l’accès aux transports publics est réellement possible pour tous. »

L’inévitable épine du GCO

D’une manière générale, Marc-Antoine Laurent Guy demande au maire où en est l’évolution du report de la part modale de la voiture individuelle vers d’autres modes de transports. Le maire de Strasbourg a consulté ses services et voici la réponse :

« Dans Strasbourg même, l’usage de la voiture représentait 76% des déplacements en 1988, ce taux est passé à 36% en 2014. À l’inverse, l’usage des transports publics est passé de 11% à 27% des déplacements, et celui du vélo, de 13% à 27%. »

Évidemment, Roland Ries a également été interrogé sur le Grand contournement ouest (GCO), cette autoroute payante devant relier le nord de l’agglomération au sud en passant par le Kochersberg. Le maire a rappelé sa position, à savoir qu’il était contre la version initiale du GCO mais qu’il est favorable à l’actuel projet, qu’il qualifie de « plus réaliste et moins démesuré par rapport aux besoins. » Dans la même réponse, Roland Ries rappelle qu’il est favorable à l’écotaxe, dispositif reporté sine die par l’actuel gouvernement. Dans une autre réponse, le maire partage l’analyse selon laquelle le GCO ne réglera pas les problèmes liés aux déplacements pendulaires puis répond également que le GCO restera payant, même après ses frais de construction remboursés.

Et sur les Bains ?

À la question « pourquoi vouloir privatiser les bains municipaux un ou deux ans après avoir reculé sur la question ? », Roland Ries a répondu :

« Je suis comme tous les Strasbourgeois très attaché à ce patrimoine d’exception, qui connait hélas les outrages du temps. Le bâtiment des bains municipaux abrite à la fois une activité de piscine, et des activités privées touchant notamment au bien être et aux soins de beauté. J’ai pris un engagement formel, qui est que l’activité piscine soit préservée, que son cadre comme ses moyens techniques (chaufferie, recyclage de l’eau etc..) soient parfaitement réhabilités, et que les conditions d’accès soient semblables à celles des autres piscines publiques. Pour moi, l’activité “piscine” est une activité qui relève du service public, et elle doit le rester. En revanche, pourquoi la Ville ou l’Eurométropole investiraient-elles dans des locaux qui hébergent des activités qui n’ont rien à voir avec le service public ? À moins que vous ne considériez que les massages, les jacuzzis et autres soins de beauté ne relèvent du service public, c’est-à-dire soient financés par l’impôt local, je ne vois pas pourquoi nous investirions nous-mêmes. Tous les travaux qui seront réalisés respecteront bien sûr scrupuleusement le patrimoine. Et il n’y aura pas un transfert de propriété vers le privé, mais seulement un bail emphytéotique. Nous sommes là sur la meilleure, et même l’unique solution possible dès lors que l’on veut réhabiliter l’ensemble du bâtiment. »

Déchets, tours et pollution… Les Strasbourgeois concernés

Sur l’environnement, Antonio Lagala demande au maire s’il compte expérimenter l’usage d’une troisième poubelle, pour valoriser les déchets organiques. Mais pour Roland Ries, on a déjà bien du mal avec deux poubelles et les déchets organiques servent de combustibles pour les réseaux de chaleur lorsqu’ils sont incinérés. Interrogé sur la destination des déchets depuis l’arrêt de l’incinérateur pour cause d’amiante, Roland Ries a répondu qu’ils n’étaient plus envoyés à Laval en Mayenne mais à « Schweighouse, Sausheim et dans des incinérateurs allemands se trouvant à proximité. »

Puis Roland Ries a tenté de rassurer les internautes sur leur cadre de vie. Place Kléber d’abord, Alaric Meyer demande une réfection de la Maison Rouge, Roland Ries lui répond que ce n’est pas de la compétence de la Ville mais que les propriétaires devraient sentir la pression en provenance des voisins… Sur la construction de tours à Strasbourg, Roland Ries a pu rappeler qu’il n’était plus question d’une tour de 100 mètres près de Winston Churchill mais d’un ensemble de trois immeubles de 55 mètres de haut appelés Cygnes Noirs.

Toujours sur l’axe Deux-Rives, Roland Ries a répondu à Chantal Hombourger qui s’inquiète de la pollution générée par le trafic des poids lourds sur l’avenue du Rhin, que la circulation des camions avait été « divisée par deux » et précise :

« Nous demandons régulièrement que des contrôles soient opérés, pour sanctionner les poids lourds qui ne respecteraient pas l’interdiction de transit. Il faudra certainement multiplier les opérations de type “coups de poing” pour améliorer encore les résultats obtenus. »

Une pique sur l’opposition municipale

Seule question politique posée, celle d’un certain Pierre R. : « Monsieur le maire, souffrez vous dans votre gouvernance de la faiblesse, voire la médiocrité, d’une partie de l’opposition ? » L’occasion est trop belle, Roland Ries a répondu :

« L’opposition est naturelle dans toute démocratie, et il convient de la respecter. De mon point de vue, c’est encore mieux lorsque l’opposition est constructive, c’est-à-dire qu’elle s’efforce d’enrichir le débat et le processus de décision plutôt que de tout contester par principe. Force est de constater que ce n’est pas le cas à la Ville de Strasbourg, et je le regrette.

Lorsque Yves Bur a pris les premiers contacts avec moi pour évoquer une gouvernance apaisée et collective à la communauté urbaine, j’ai pensé que c’était utile pour le bien collectif et me suis attaché à promouvoir cette gouvernance. Je ne trahirai pas de secret en vous disant que nous n’en sommes pas là à la Ville… »

L’ensemble des questions des internautes strasbourgeois et les réponses de Roland Ries sont disponibles sur le site « Questionnez vos élus ». D’autres réponses seront apportées aux questions posées jusqu’à la fin du mois de mai.

Aller plus loin

Sur Questionnez Vos Élus : la page de Roland Ries, avec les questions et les réponses du maire de Strasbourg

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.
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