Société 

Les patrons de bars gênés aux entournures par l’arrêté anti-alcool

actualisé le 10/11/2012 à 07h48

Le Meiselocker place Saint-Etienne est souvent invité à rejoindre l'apéro... (Photo PierrePaul43 / FlickR / CC)

Lundi, il sera interdit de boire de l’alcool dans les rues du centre-ville de Strasbourg à partir de 21h. Un arrêté municipal a été pris en ce sens pour lutter contre les phénomènes « d’alcoolisation massive », sur la proposition, notamment, des responsables d’établissements nocturnes. Mais l’initiative est diversement appréciée.

Le maire de Strasbourg Roland Ries l’avait annoncé, il a signé mercredi l’arrêté réprimant d’une amende de 38€  la consommation d’alcool dans certaines rues du centre-ville. Après l’interdiction de fumer dans les bars, cette nouvelle interdiction a été très mal reçue par bon nombre de Strasbourgeois, fêtards ou non, qui voient avec cette réglementation une attaque contre la vie nocturne à Strasbourg. Sur les réseaux sociaux, la tonalité a été franchement négative, certains parlant même de « prohibition »…

Pourtant, parmi les initiateurs de cette mesure, on trouve le groupement des cafetiers et établissements de nuit de Strasbourg. Président de cette association des patrons de bars nocturnes, Jacques Chomentowski, lui-même gérant du Coco-Lobo près des Ponts-Couverts, explique la démarche :

« Lors des réunions de la commission vie nocturne à la Ville, nous nous sommes rendus compte que la majorité des incivilités qui nous étaient reprochées, le bruit, les agressions, l’ivresse sur la voie publique, etc. n’est pas due aux bars de nuit. On constate que des gens s’alcoolisent chez eux, voire viennent avec leur bouteille devant nos établissements, restent dehors et provoquent des nuisances. Nous ne pouvons pas y faire grand chose ! Nous gérons le bruit provoqué par nos clients d’accord, mais nous sommes démunis face aux exactions commises par des personnes totalement extérieures à nos établissements. »

Le courrier du GHRD à ses membres.

Alexandre Bureau, gérant du bar Le Phonographe, rue de l’Arc-en-Ciel, n’est pas un grand fan de l’interdiction. Pourtant, il reconnaît que les problèmes liés à l’alcool allaient croissant dans les rues et notamment près de chez lui, place Saint-Etienne :

« On a des gars qui squattent devant la porte, qui ne rentrent jamais mais discutent de temps en temps avec les clients qui sortent fumer. Ils picolent de plus en plus tôt, en continu et vers 23h, c’est le pugilat un jour sur deux. C’est malheureux d’en arriver à cette interdiction, mais on n’a guère le choix. »

Des consommations d’alcool qui désarment

Parmi les plus motivés à voir entrer en vigueur cette interdiction, Mathieu Guiles, cogérant du Café des Anges. Il avoue être dépassé par le phénomène des alcoolisations massives :

« On voit des jeunes se mêler à la queue devant notre établissement, boire leurs bouteilles de whisky-coca comme si de rien n’était, certains même voudraient rentrer avec et ils ne comprennent pas qu’on leur réponde que ce n’est pas possible. Ils nous regardent l’air complètement ahuris. On est démunis face à ça, en Espagne, c’est devenu très courant… Je suis contre les interdits, mais ce sont ces personnes qui empêchent toute avancée du dialogue avec les voisins sur les nuisances sonores, car on n’a aucune prise sur eux. »

En bleu la zone concernée par l’arrêté.

Mais la vie nocturne en ville est-elle seulement compatible avec un voisinage harmonieux ? Pascale Schlemaire, gérante du Kitsch n’bar, près du Faubourg National, trouve « ridicule » cette nouvelle interdiction :

« Près de chez moi, j’ai tous les alcooliques du Faubourg National et franchement, ils ne m’embêtent pas plus que ça et ils ne font pas de bruit. On se demande vraiment comment le tracé de la zone d’interdiction a été fait. Devant chez moi, c’est permis de boire de l’alcool après 21h, et de l’autre côté des rails du tram, c’est interdit ! Le plus gênant dans cette histoire, c’est toujours aux gérants de bars de faire des efforts. Après avoir signé, et respecté les engagements de la charte de la nuit, voilà qu’on nous interdit les verres à l’extérieur… On va aller jusqu’où comme ça pour ne pas ennuyer le voisin ? »

Patrick Perez, gérant du Trolley Bus et de la Taverne des Serruriers, ne voit pas de problème d’alcoolisme au centre-ville :

« Je rentre de vacances, j’étais à la Nouvelle-Orléans et là-bas, la vie nocturne veut vraiment dire quelque chose ! Ici franchement, c’est de la rigolade. Le centre-ville est calme. Je le traverse tous les soirs à vélo, et je n’ai pas l’impression que le problème urgent soit les hordes de jeunes alcoolisés… C’est peut-être le cas à l’Orangerie, ou place de la République, mais étendre la portée de cet arrêté à tout le centre-ville me parait inutile. »

« Ne pas nuire à la vie nocturne de Strasbourg »

Adjoint au maire en charge de la sécurité, Olivier Bitz relativise la portée de l’arrêté :

« Il ne s’agit pas du tout de nuire à la vie nocturne au centre-ville de Strasbourg, bien au contraire, il s’agit de la rendre plus harmonieuse. Le dispositif légal a été renforcé pour permettre aux policiers d’intervenir avant l’ébriété manifeste, et avant que les personnes ne fassent trop de bruit. Il s’agit vraiment de s’attaquer à un public bien déterminé, qui s’alcoolise de façon massive et brutale, en des endroits bien repérés dont la place Saint-Etienne et sur les berges notamment. Ce sont ces personnes qui provoquent des nuisances et des agressions la nuit, ce ne sont pas les fêtards. Les policiers feront preuve de discernement. »

Un autre patron de bar, qui préfère rester anonyme, résume la situation :

« Le voisinage est persuadé que les bars sont associés d’une manière ou d’une autre aux attroupements bruyants dans la rue, quoi qu’on fasse. Peut-être avec cet arrêté, les gens feront la part des choses, mais on se retrouve associés à contre-coeur à une politique répressive, alors qu’à Fribourg par exemple, où les bars ferment à cinq heures du matin, ils n’ont pas ce problème d’alcoolisme dans la rue. »

A Strasbourg, 80 bars disposent d’une autorisation pour fermer à 4h du matin, à partir du vendredi soir. La Ville a promis aux patrons de bar de renforcer les rangs des policiers chargés de lutter contre l’alcoolisme dans la rue.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.
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