Politique 

Mustafa, 24 ans, entrepreneur et fondateur de « Jeunesses urbaines », penche pour François Fillon

actualisé le 18/04/2017 à 10h15

Parcours de vote – Gendarme de formation, entrepreneur et fondateur d’une association pour jeunes, Mustafa cumule les casquettes et trouve de plus en plus d’intérêt à aller voter. Pour défendre son activité, il pense voter pour François Fillon, qu’il juge le plus apte à la fonction.

Ce n’est pas facile de cerner rapidement Mustafa, jeune actif et multi-tâches. A 24 ans, il a monté sa propre auto-école, après un court passé de gendarme. Il a aussi lancé sa propre association dans le quartier « prioritaire » Libermann à Illkirch-Graffenstaden : l’organisation Jeunesses urbaines favorise des activités sportives et artistiques pour ses membres, qui se sont peu à peu étendus aux jeunes de Strasbourg.

Il ne s’est pas toujours intéressé à la politique mais a toujours tenu à aller voter. Et cette année, il votera peut-être pour François Fillon.

De la corvée à un intérêt grandissant

Depuis qu’il a monté son entreprise, Mustafa a évolué sur sa vision de la société. Avant, il suivait les élections comme un passage obligatoire, un événement auquel il participait sans convictions, en suivant sa famille aux urnes :

« Je faisais mon devoir civique. J’allais voter pour voter, je ne suivais pas vraiment les programmes. »

Dans son entourage, on parle un peu de politique, on évoque les candidats, mais surtout pour exprimer une certaine lassitude, fustigeant les hommes politiques qui seraient « tous des menteurs ».

Mais aujourd’hui, lui, il voit les élections comme un moyen de participer, d’exprimer sa préférence pour quelqu’un qui propose des solutions pour les employeurs comme lui :

« Quand on a une entreprise, on participe à l’économie. Maintenant je vais davantage voter par intérêt ».

« Compliqué d’être employeur »

C’est pour cela qu’il veut se tourner vers la droite. Et pour lui, Emmanuel Macron n’est pas satisfaisant :

« C’est possible qu’il se débrouille bien, mais je n’y vois pas mes intérêts. En plus, il a fait du mal à notre activité [la loi Macron a libéralisé le secteur des auto-écoles ndlr]. Avec lui, tout n’est qu’une question de moyens et d’argent. Seules les personnes qui le peuvent vont avancer, écraser les autres ».

En revanche, il pense que certains points du programme de Marine Le Pen seraient bénéfiques pour les entrepreneurs comme lui, qui ne sont pas favorisés selon lui en France :

« Elle a des points positifs, elle veut supprimer le Régime Social des Indépendants. Bosser à son compte c’est bien, mais on a trop de charges, de taxes… C’est plus compliqué d’être employeur en France que salarié ».

Pour lui, le système français est mal fait, et c’est une des raisons qui l’a poussé à s’intéresser plus aux propositions économiques des candidats :

« Le système motive les personnes qui font rien à ne rien faire. Nous on a une entreprise individuelle, on n’a pas tous les mêmes droits que les salariés. On est condamné à toujours faire marcher la structure, car si ça ne marche plus, on n’aura pas de chômage. Moi j’ai repris récemment des études, et je les finance complètement par moi-même. C’est pour ça que j’ai lancé ma structure. Maintenant j’alterne entre les deux ».

« Fillon dérange »

Du coup, c’est dans le candidat des Républicains qu’il se retrouve le plus :

« Je n’ai pas complètement décidé, mais je penche pour Fillon. Pour son programme économique, c’est celui qui colle le plus. Il est le plus apte à pouvoir faire quelque chose ».

Pour Mustafa, les casseroles qui suivent l’ancien Premier Ministre depuis le début de la campagne ne doivent pas empêcher de voter pour lui :

« En France, on a tendance à désigner tout ce qui est négatif. Tous les Présidents de la République ont eu des histoires. Je pense que Fillon dérange et que du coup on a voulu sortir ses points faibles pour le déstabiliser. Bien sûr qu’un Président doit être le premier à appliquer la loi. Mais il faut voir les choses dans sa globalité. Moi je vais le juger sur ses propos, et sur sa capacité à tenir son programme. Même si de toute façon, cinq ans ce n’est pas suffisant, et qu’ils ne peuvent pas tout faire. C’était mieux avant le quinquennat, de ce point de vue là ».

Avec Yasser, un des nombreux jeunes membres de Jeunesses Urbaines, Mustafa s'engage pour les sports, les arts, mais aussi la citoyenneté (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Avec Yasser, un des nombreux jeunes membres de Jeunesses urbaines, Mustafa s’engage pour les sports, les arts, mais aussi la citoyenneté. (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

En fait, un engagement citoyen de longue date

S’il a seulement récemment eu l’impression de voter pour ses convictions ou ses intérêts, Mustafa n’a en fait pas attendu pour s’engager et pour transmettre cette motivation à trouver ses intérêts et à les défendre.

Lui qui se décrit comme quelqu’un qui n’aimait pas l’école et qui n’en voyait pas l’intérêt, a repris récemment des études en sciences humaines, qu’il mène en parallèle de son activité. Cette fois, il y trouve son compte et un regain de motivation.

Cela colle bien à l’impression qu’il dégage : polyvalent, motivé à créer, il a commencé il y a quelques années à rassembler quelques jeunes de son quartier pour organiser des activités sportives et artistiques. ll raconte :

« À l’origine, on était surtout un groupe d’amis qui se réunissaient pour faire des activités ensemble ».

Ils ont fini par se structurer en une association, appelée Jeunesses urbaines. En 2013, ils avaient même mené un projet européen, le PEJE (Perspectives Écologiques des Jeunes Européens), aboutissant à une semaine d’échanges et une exposition consacrées aux thématiques environnementales et aux actions de la jeunesse, co-organisées avec le Conseil de l’Europe, ainsi qu’à des interventions dans les collèges.

Mobiliser les jeunes de quartier pour le vote

Cette année, l’association appuie une initiative du Centre socio-culturel du Neuhof pour pousser les jeunes à voter, le « Challenge Citoyen ». Mustafa explique :

« Ils ont lancé un grand défi pour mobiliser les gens de quartier pour qu’ils aillent voter. Voter c’est un droit et un devoir. Du coup dans leur sillage on essaye de mobiliser du monde ».

C’est ce message qu’il semble vouloir faire passer : que tout le monde participe à la société, l’économie, et que voter permet de défendre ses intérêts. La preuve, ces actions citoyennes apportent une forme de reconnaissance et la sensation d’être utile :

« L’initiative du Challenge citoyen vient donc de Strasbourg, c’est bien ! Ça veut dire que chez nous il y a des qualités, du potentiel, des réflexions. Et dans notre association on a maintenant le soutien d’élus du conseil municipal d’Illkirch ».

Finalement, aller voter à la fin du mois ne sera pour Mustafa qu’une étape sur son chemin citoyen.

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L'AUTEUR
Déborah Liss
Pigiste, Strasbourgeoise, avec une passion pour l'écriture et les voyages. Intérêt pour les questions de société, l'Europe et le franco-allemand. Passée par l'IEP, L'Alsace, ARTE, et autres expériences enrichissantes!
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