Vie pratique 

Roppenheim : le parc où les attractions sont des commerces

actualisé le 28/03/2016 à 20h28

A l’entrée du village des marques de Roppenheim, la boutique Nike. (Photos MC)

A 35 minutes de Strasbourg, le nouveau village des marques de Roppenheim ouvre exceptionnellement demain dimanche, à l’occasion de son premier week-end d’activité. Mercredi, journée inaugurale, le village commercial a été victime de son succès : embouteillages, problèmes de navette… Les bonnes affaires se méritaient. Mais, l’effet curiosité passé, ce centre des marques est-il si intéressant ? Reportage.

13h30. Je me dirige vers la gare de Strasbourg, imaginant la cohue pour accéder aux navettes mises en place par le nouveau Style Outlets de Roppenheim inauguré la veille et ouvert au public pour la première fois ce mercredi 25 avril. 30 à 70% de réduction sur plus de 100 boutiques, ça risque d’attirer les foules… Arrivée à la gare, premier problème : la signalisation indiquant l’emplacement de la navette est défaillante. C’est finalement devant la verrière que je trouve un petit groupe en attente. Parmi eux, une mère et ses deux filles adolescentes avaient initialement prévu de prendre la navette de 10 heures. L’une des adolescentes raconte :

« C’était incroyable, je n’ai jamais vu ça, un monde fou. Une cinquantaine de personnes sont restées sur le trottoir. Pour ceux qui souhaitaient retenter leur chance l’après-midi, l’hôtesse a déjà distribué des tickets. Nous, on a déjà nos tickets du coup. Les gens n’ont eu aucune patience et ont agressé l’hôtesse qui a fini en larmes. »

Ambiance.

Roppenheim, dépassé par son succès

13h50, une hôtesse récupère les passagers. Et commente :

« On n’avait pas prévu qu’il y aurait autant de monde. Ce sont les vacances et on est mercredi, le jour des familles. Je fais de mon mieux, mais les navettes supplémentaires qu’on voulait mettre en place sont coincées dans les embouteillages… Je me fais laminer de tous les côtés, c’est dur. »

Quelques mètres plus loin, garée devant le crédit agricole boulevard de Metz, la fameuse navette est déjà à moitié remplie. D’autres visiteurs nous ont rejoints et commencent déjà à hurler : « Ce n’est pas normal, qu’est-ce que c’est que cette organisation ? » Certains passent devant tout le monde, feignant d’avoir des tickets. On crie, on hurle, on s’impatiente. Et puis, c’est enfin le départ.

Sortie Roppenheim, l’excitation monte : « Dis maman, tu m’achèteras des baskets ? » « Oui, mon chéri, si on en trouve. » Il faudra encore un peu patienter… Les voitures font du sur-place. Attention à ceux qui doivent se rendre à l’aéroport Karslruhe-Baden ces prochains jours ! Une file interminable de véhicules s’étend de la sortie d’autoroute 56 jusqu’au parking du Centre, visiblement engorgé. La sécurité fait la circulation.

1h45 pour se rendre de Strasbourg à Roppenheim au lieu des 35 minutes annoncés. Arrivés à 15h20, il faudra shopper minute, la navette retour part à 16 heures. La rançon de la gloire, les plâtres du premier jour. Valérie Thomas, responsable de la communication explique :

« Nous avons mis en place plus de navettes pour les prochains jours, on a compris que les gens étaient demandeurs. En ce premier jour, nous n’avons malheureusement rien pu faire au vu des embouteillages. Il faut espérer que les clients ne nous en tiendront pas rigueur. Pour la suite, les navettes seront à nouveau mises en place en période de soldes, pour Noël ou lors d’opérations spéciales. Mais on étudie la possibilité de mettre en place des navettes à l’année, il faut voir si le public s’en servira. »

Le Style Outlets de Roppenheim a été calqué sur la ville d’Obernai : un véritable petit village alsacien.

Le Style Outlets calqué sur Obernai

Une fois les embouteillages affrontés, le voilà, le Graal du commerce. A l’entrée, première impression : bienvenue à Europa Park dans le village alsacien. Un parc d’attraction consacré au commerce. Valérie Thomas commente :

« L’idée était de développer un village pour qu’en faisant leur shopping, les clients aient l’impression de se promener, qu’ils vivent une vraie expérience. L’architecte s’est clairement inspiré d’Obernai pour donner l’illusion d’un village fortifié de 2000 habitants où l’on peut voir différent styles d’époque. Je crois qu’on n’a pas l’impression d’être dans un centre de commerces, alors que la plupart des sites Outlets que l’on connaît sont construits assez sommairement. »

On peut même y voir un lac artificiel, des fontaines, des places ouvertes, bref on respire. Effectivement, l’architecture plaît. Chantal et sa fille, de Duttlenheim, séduites par les opérations de communication, ont profité des vacances scolaires :

« L’endroit nous plaît beaucoup, ça change des centres commerciaux, on est assez contentes du résultat et des prix aussi. »

Première boutique très attendue et placée à droite de l’entrée : Nike. La gent masculine se précipite et laisse femmes et enfants continuer. En vitrine, les bonnes affaires sont affichées d’emblée, comme sur tous les autres commerces : prix « conseillé » en 2011 – on vend ici des produits de l’année passée – et prix pratiqué.

Ainsi, pour un veste FC Barcelone de la saison dernière, mais qui reste d’actualité vu les prouesses du club, il faudra payer 55€ au lieu des 80€ il y a quelques mois. Sur Internet, cette même veste se trouve entre 50 et 60€, si les stocks des sites discount ne sont pas écoulés. Deal. Un peu plus loin Desigual, boutique très attendue, littéralement prise d’assaut, les prix sont encore une fois très intéressants. Chez Levi’s, idem : on peut trouver des jeans pour 30€. Pour les Strasbourgeois qui n’ont pas accès à ce genre de boutiques, les affaires sont au rendez-vous, d’autant que quelques marques allemandes assez chic deviennent là accessibles. Comme la boutique Schumacher, qui prévoit d’ailleurs de s’installer bientôt à Strasbourg.

Roppenheim : un atout pour les boutiques du centre-ville ?

Qu’en est-il des boutiques déjà installées à Strasbourg qui se retrouvent à Roppenheim ? On trouve par exemple la marque Petit Bateau et beaucoup de basiques indémodables. Comptez 9,50€ pour un t-shirt basique et 12€ pour un débardeur, une réduction de 40% par rapport au prix de l’année précédente. Malgré l’affluence, les conseillers gardent le sourire et prennent le temps de renseigner les clients. Encore une fois, deal.

Le fameux lac artificiel au milieu des boutiques.

Direction Mango. Autre ambiance. Visiblement les conseillers sont dépassés, les vêtements sont empilés à la va vite, frénétiquement désempilés par la clientèle, et les rayons, assez bordéliques. Mais la boutique offre -10% supplémentaires pour les premiers jours d’ouverture. Une robe brune à fleurs déjà obsolète passe par exemple de 49,90€ à 26,99€. Pour la mode, on repassera, mais comme elle est cyclique, pourquoi pas ? Il est par ailleurs assez difficile de mettre la main sur la taille recherchée. Un phénomène qu’on retrouve dans plusieurs boutiques, comme chez American Vintage par exemple. Le principe étant de vendre des vêtements des saisons passées, invendus donc, qui n’ont pas rencontré le succès escompté. Agathe et Jérôme, Strasbourgeois de 20 et 22 ans sont d’ailleurs un peu déçus :

« Aujourd’hui, ça a été une perte de temps de venir, 1h30 de route… Et puis c’est un peu le bordel dans les magasins. C’est pareil qu’à Strasbourg, il n’y a rien de spécial. »

Même constat pour Christine et Laurence, toutes les deux 38 ans :

« On est un peu déçues, on pensait que les prix allaient être plus attractifs. »

Chez Les Petites, marque haut-de-gamme située rue des Orfèvres à Strasbourg, la boutique est deux fois plus grande que celle du centre-ville. Les réductions sont très intéressantes, environ 50%, comme sur ce t-shirt sobre et chic qui coûte 97€50 au lieu de 195€ (oui, oui…). L’aménagement est soigné et le service est assuré : on emballe les vêtements dans du papier de soie et dans un sachet de la griffe. Pour parer à l’affluence, Valentina Meier, d’ailleurs responsable de la boutique à Strasbourg, est venue compléter le staff et reste assez confiante sur le côté concurrentiel :

« Ce n’est vraiment pas la même clientèle ici qu’à Strasbourg, il y a beaucoup d’Allemands. Ici, on cherche vraiment le côté affaires, mais les collections sont totalement différentes. Cette boutique vient compléter celle de Strasbourg. Je pense d’ailleurs que la clientèle strasbourgeoise viendra plus tard, ils attendent que l’euphorie passe un peu. »

L’équipe du Style Outlets garde par ailleurs des relations avec les commerçants strasbourgeois et compte sur Roppenheim pour rebooster le tourisme. Valérie Thomas confirme :

« Les gens qui viennent nous voir de loin en profitent pour faire un petit circuit touristique. Ils iront voir la cathédrale de Strasbourg et passeront forcément par les commerces sur place. Je comprends les inquiétudes, mais Roppenheim est une offre complémentaire, ce n’est pas le même type de produits. On devrait s’attacher à créer un dynamisme ensemble. »

On trouve également une boutique Heschung et ses chaussures alsaciennes de luxe, caution locale du centre avec Mise au Green et les épices Fortwenger qui ont joué le jeu.  Alors qu’un magasin d’usine existe déjà à Dettwiller pour Heschung, les prix sont très intéressants, notamment du côté des fins de séries. Pour une paire de chaussures femme par exemple, vous débourserez 65€ au lieu de 240€. Certes les prix magasin d’usines en soldes sont assez imbattables, mais à l’année la boutique de Roppenheim reste attractive.

Du commerce, mais pas seulement

En ce qui concerne les à-côtés agréables en cette première semaine d’ouverture, une garderie a été mise en place, mais disparaîtra dans les prochaines semaines, même si Valérie Thomas nous assure que plusieurs tests seront mis en place si la demande suit. Plusieurs animations, comme des ateliers d’art, un studio photo et un coin DJ ont été organisées. Roppenheim continuera, tous les mois, de programmer des animations, dont Roppenheim-Plage qui se prolongera tout l’été avec des concerts, d’autres ateliers, et l’on nous promet des surprises…

A la sortie, on fait les comptes : Khanh-Phung, 33 ans, ne s’était pas fixé de budget, comme la plupart des visiteurs croisés, et est venu par curiosité :

« Je n’avais pas d’envies particulières, juste quelques besoins. A l’entrée, il y a des prix très intéressants mais j’ai l’impression que lorsqu’on s’enfonce un peu, ils le sont moins. »

Le jeune homme repart tout de même avec deux jeans Levi’s et des chaussures d’été pour 85€.

Avec tout ça, il est déjà 16h30. Pour la navette de 16h, c’est raté. Je tente donc de passer quelques coups de téléphone pour envisager des solutions. Impossible. Il faut tenter sa chance plusieurs dizaines de fois en se déplaçant pour pouvoir passer son coup de fil. Valérie Thomas explique :

« On devait nous installer une antenne-relai, mais ça n’a pas encore été fait, on attend patiemment. »

En conclusion, pour les basiques : t-shirt, jeans, vêtements unis et sports, et les marques haut-de-gamme qui cassent vraiment leurs prix : Roppenheim est the place to shop. Pour les ratés imputables à un premier jour d’ouverture, des améliorations sont prévues, notamment pour faciliter l’accès au parking. Pour les impatients, on vous conseille tout de même d’attendre une bonne semaine avant de vous y aventurer.

Le plan du site

Cliquez sur l’image pour agrandir le plan.

Y aller

The Style Outlet à Roppenheim. Par l’autoroute A35, prendre la sortie 56 à Roppenheim. Au 1er rond point, prendre la sortie RD4, en direction de l’Allemagne. Le centre commercial se trouve sur la gauche, l’accès se fait par une bretelle d’accès à droite de la route indiquant « centre de marques ».

Horaires d’ouverture : lundi au vendredi, de 10 heures à 19 heures. Jusqu’à 20 heures le samedi. Site web.

 
L'AUTEUR
Cécile Becker
Cécile Becker
Journaliste indépendante. Spécialités : nouvelles technologies, culture et société.
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