Politique 

Eurodéputée écolo, Sandrine Bélier veut « politiser » la biodiversité

actualisé le 28/03/2016 à 20h03

Sandrine Bélier, députée européenne du grand Est depuis 2009 - Ici, à Nantes, printemps 2013 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Sandrine Bélier, députée européenne du Grand-Est depuis 2009 – Ici, à Nantes, printemps 2013 (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

La publication d’un livre, passage obligé des élus candidats à leur propre succession ? Celui de Sandrine Bélier, eurodéputée Europe écologie – Les Verts du Grand-Est depuis 2009, est sorti le 9 octobre. Publié chez Actes Sud et cosigné par le journaliste Gilles Luneau, il décrit de façon accessible les dangers qui planent sur la biodiversité, dont l’homme est un maillon hautement dépendant. Interview.

Directrice d’Alsace Nature au milieu des années 2000, candidate issue de la société civile sur la liste Europe écologie aux élections européennes de 2009, eurodéputée depuis cette date, la juriste Sandrine Bélier (40 ans), publie « La biodiversité, une chance ; nous avons un plan B » chez Actes Sud, dans la collection Domaine du possible. Le co-auteur de cet ouvrage didactique, Gilles Luneau, est quant à lui journaliste et rédacteur en chef de Global Magazine, « le magazine de la slow-info ».

Publié chez Acte Sud le 9 octobre, le livre de Sandrine Bélier comporte 13 chapitres - 20€ (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Publié chez Acte Sud le 9 octobre, le livre de Sandrine Bélier comporte 13 chapitres – 20€ (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Rue89 Strasbourg : le livre, de quoi parle-t-il ? Quelle est la cible ?

« Avec ce livre, j’ai eu envie de partager 15 ans d’actions, de rencontres et d’engagements pour la protection de la nature d’Alsace Nature aux sommets internationaux, du Grenelle de l’environnement avec France Nature Environnement, au Parlement européen. Aujourd’hui on parle des enjeux du dérèglement climatique comme si c’était le seul défi environnemental auquel nous devions faire face.

Quand on parle de biodiversité, beaucoup de personnes ne savent même pas de quoi on parle ou réduisent le sujet à la protection des « petites fleurs et des petits oiseaux ». Je me souviens encore de la dernière élection pour les régionales en Alsace et de Philippe Richert qui ne cessait de claironner que les écologistes voulaient mettre l’Alsace sous cloche. C’est pour participer à dépasser cette vision erronée et les discours méprisants face à l’importance de préserver notre « assurance vie, notre capital naturel » que j’ai voulu partager, permettre à chacun de découvrir qu’au quotidien, nous dépendons de la qualité et de la richesse de la biodiversité. Parce qu’encore aujourd’hui, c’est la biodiversité qui nous prodigue nourriture, eau fraiche et air pur, abri et médicaments, qui tempère les catastrophes naturelles, les parasites et les maladies, et contribue à réguler le climat. Défendre la diversité biologique, c’est défendre tout cela à la fois, c’est défendre la diversité du vivant, la vie et donc la qualité de vie de chacun d’entre nous.

Aujourd’hui, s’engager pour préserver la biodiversité, ce n’est pas seulement créer des espaces naturels protégés, c’est changer notre modèle agricole (quand en 100 ans on a perdu 70% des espèces qui étaient cultivées dans le monde), c’est changer nos pratiques de pêche (parce que nos ressources en poissons sont en train de s’épuiser), c’est préserver nos forêts sauvages (parce qu’elle participent à la lutte contre le dérèglement climatique), c’est lutter contre la biopiraterie (pour assurer le développement de la recherche et l’accès aux médicaments), c’est lutter contre de grands projets inutiles qui artificialisent les sols et mettent en danger nos ressources en eau [comme à Notre-Dame des Landes, ndlr].

Ce combat est devenu essentiel car nous traversons aujourd’hui la plus grande crise de perte de la biodiversité que l’humanité ait connu (on parle de 6ème extinction du vivant – la 5ème grande extinction était celle des dinosaures !). Sans nature, il n’y a pas de futur, etc. C’est pour cela que je pense que l’urgence doit être déclarée, que la politique doit se saisir de ce sujet sérieusement, que la lutte contre la perte de la biodiversité doit devenir une priorité et que chacun d’entre nous doit s’engager à agir.

J’ai souhaité avec ce livre « politiser » la biodiversité, montrer que c’était un sujet de société et m’adresser à tous. Ce livre s’adresse d’abord au grand public, à tous ceux qui ne savent pas du tout ce qui se cache derrière ce terme de biodiversité, à tout ceux qui n’imaginent pas tout ce que nous apporte la nature. C’est pour cela que nous l’avons écrit à deux, avec Gilles Luneau, sous forme de dialogue, de questions-réponses, pour qu’il soit accessible à tous, facile à lire, dynamique et que ce ne soit pas un énième livre scientifique ou universitaire. C’est pour cela que nous avons décidé de mettre en valeur plein d’exemples d’engagements de citoyens, d’entreprises, d’associations et d’élus locaux, pour donner envie à d’autres de s’engager, pour montrer que sur ce sujet on peut encore gagner. »

R89S : pourquoi la biodiversité s’est-elle retrouvée au cœur de votre mandat ? Quelles avancées avez-vous pu obtenir au niveau européen ?

« La biodiversité s’est retrouvée au cœur de mon mandat de députée européenne parce que je suis convaincue que c’est un des plus gros enjeux du 21ème siècle et que si nous ne faisons rien, nous participerons à aggraver la crise. J’ai beaucoup œuvré sur ce sujet avec les associations, mais une fois élue, j’ai considéré que mon action devait s’inscrire en complémentarité, c’est à dire d’une part au niveau européen et d’autre part au niveau politique, pour que politiquement nous prenions des décisions qui participent à lutter contre la catastrophe annoncée.

En 2010, c’était l’année internationale pour la biodiversité, tout le monde en parlait, alors j’en ai profité pour tenter de sensibiliser mes collègues du parlement, de leur faire comprendre que même si les plantes et les animaux ne votent pas, ce sujet touche directement la vie quotidienne de tous les citoyens européens. J’ai mené une campagne au sein de l’Europe pour inviter la biodiversité dans les débats sur l’agriculture, l’économie, les rapports nord-sud, les océans, la politique de l’eau, etc. Et oui nous avons eu des résultats, nous avançons doucement, trop doucement à mon goût, mais il y a des résultats. Par exemple, avec la nouvelle politique commune de la pêche, avec l’adoption du principe de bio-conditionnalité des aides publiques qui visent à réviser et supprimer un jour (sic) les financements publics aux projets qui détruisent la biodiversité, avec les études d’impacts qui deviendront obligatoires pour l’exploration des gaz de schistes, avec une nouvelle stratégie pour les 6 prochaines années, etc.

Dans notre livre, je parle de quelques-unes de ces avancées. Et la reconnaissance de tout ce travail, c’est notamment ma nomination comme rapporteure principale sur une nouvelle loi européenne pour la biodiversité et la lutte contre la biopiraterie, adoptée, je l’espère, avant la fin de mon mandat. Cette nouvelle loi, la première depuis 20 ans, permettra de renforcer la préservation de la biodiversité d’une part, mais aussi de mettre de l’équité dans l’économie. Elle devrait être reprise dans le projet français de loi cadre pour la biodiversité, dont on attend une présentation dans les prochaines semaines. »

R89S : vos projets pour 2014 ? Une nouvelle candidature ?

« Je me sens utile dans mon mandat de députée européenne et la manière dont j’ai pu le mener, toujours au plus proche des territoires et des régions. J’ai très envie d’un second mandat pour poursuivre le travail engagé, mais aussi pour m’investir sur la révision des directives sur les déchets et les décharges qui va débuter en 2014 et pour mener un autre combat qui me tient à cœur, avec ce qui se passe dans notre euro-région, sur la réindustrialisation de l’Europe. Alors aujourd’hui, je suis candidate à la candidature pour la tête de liste des écologistes aux élections européennes 2014 dans le Grand-Est (Alsace, Bourgogne, Champagne-Ardennes, Franche-Comté et Lorraine). Ce sont les militants d’EELV de l’Euro-région par un vote entre les 1er et 15 novembre qui décideront de me renouveler leur confiance. La décision finale par mon mouvement est prévue pour le 15 décembre. Ensuite, je m’en remettrai au vote des citoyens du Grand-Est. »

Y aller

Présentation de « La biodiversité, une chance ; nous avons un plan B » par Sandrine Bélier, à la librairie Kléber (place Kléber à Strasbourg), jeudi 24 octobre à 18h30.

 

L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.
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