Environnement 

Le siège du Crédit Mutuel au Wacken réduit son accès aux vélos

Depuis le 3 juillet, le Crédit Mutuel au Wacken a restreint son accès pour les cyclistes et coupé la circulation à vélo à l’intérieur du site. Une situation inconfortable pour les salariés adeptes de la petite reine.

Au début de l’été, un nouveau plan de circulation peu avantageux pour les cyclistes a été mis en place sur le site du Crédit Mutuel, dans le quartier du Wacken. Avant le 3 juillet, les « vélo-tafeurs », c’est-à-dire les employés venant travailler à vélo, avaient trois possibilités pour se rendre à leur lieu de travail : emprunter une passerelle à vélo via le parc de l’Aar, au nord du site, ou entrer rue du Wacken, par deux entrées proches de l’arrêt de tram Rives de l’Aar. Désormais, seule l’accès le plus proche de la station de tram est accessible à vélo, comme en voiture.

Un tourniquet a été installé à l’entrée proche du parc de l’Aar, rendant impossible l’arrivée en vélo sur le site. (Photo: LG/ Rue89Strasbourg)

Une seule entrée pour un seul parking à vélo, souterrain et fermé. Auparavant, des arceaux étaient disséminés aux pieds de la dizaine de bâtiments. Mais désormais, ils ont été détruits et les emplacements à vélos ont été démontés. Pour les remplacer, un nouveau et unique parking à vélos a été construit. Il est situé au sud-ouest du site, proche de l’entrée maintenue.

Certains se voient donc obligés de traverser les parkings et chemins à pied une fois leur bicyclette attachée au seul emplacement autorisé. Embêtant étant donné la taille du site: le siège de la Fédération du Crédit Mutuel Centre Est Europe s’étend sur plus de 400 mètres de long. Des salariés dont les bureaux se situent à l’opposé du parking à vélos peuvent perdre près de dix minutes pour rejoindre leur bâtiment. Presque autant que le trajet domicile-travail pour les habitants de Schiltigheim, du Wacken ou l’entrée de la Robertsau.

Les vélos sont tous rangés dans un parking souterrain fermé. (doc. remis)

Une question de « sécurité »

De fait, les cyclistes ne pédalent plus à l’intérieur du site. Ce n’est pas le cas des voitures dont l’accès n’a pas été réduit. La raison invoquée pour ce réaménagement ? « Une question de sécurité d’accès et de circulation », aurait répondu la direction, selon un employé qui s’est interrogé en interne. Des arguments qui ne tiennent pas pour ce vélotafeur :

« Les coffres ne sont pas fouillés. On peut plus facilement y cacher des choses que sur un porte-bagage de vélo. Quant à la circulation à vélo, elle est moins dangereuse que celle en voiture. Un vélo ne peut renverser personne. »

Un groupe qui promeut pourtant l’utilisation des transports doux

Une position paradoxale pour la grande banque de l’Est de la France, dont la politique d’entreprise encourage officiellement l’utilisation de transports doux, c’est-à-dire l’ensemble des modes de transports sans moteur. Des communiqués internes font la promotion du vélo comme moyen de transport pour venir travailler et des recharges sont même mises à disposition pour les vélos à assistance électrique. Le Crédit Mutuel de Strasbourg a participé à la dernière édition du challenge Au Boulot à Vélo, pour lequel il a atteint la troisième marche du podium dans la catégorie « entreprise privée de plus de 500 employés ».

D’autres agences du groupe sont allées plus loin. En 2008 le Crédit Mutuel du Centre d’Orléans s’était intéressé aux modes de déplacements de ses employés. Un PDE (Plan de déplacements entreprise, qui regroupe un ensemble de mesures visant à optimiser les déplacements liés aux activités professionnelles), a été créé en avril 2008 avec pour objectif de réduire l’utilisation de la voiture individuelle. Pour cela, l’entreprise a installé de nouveaux espaces vélo plus fonctionnels et acheté cinq vélos à assistance électrique en mai 2009. Les 250 salariés du siège et des agences de l’agglomération orléanaise ont quant à eux été conviés à utiliser un mode de transport doux au moins une fois par semaine.

Les emplacements pour vélos ne peuvent plus être utilisés depuis début juillet. (photo transmise)

Un changement « vécu comme une perte de confort »

Confiner les petites reines à un endroit est considéré comme un « recul » de la part de certains employés cyclistes. Un employé précise :

« La construction du parking à vélos ne part pas d’une mauvaise intention, mais elle a été mal pensée. Le plan de réaménagement est vécu comme une perte de confort par la plupart des salariés venant à vélo. Ils déplorent de ne plus pouvoir circuler à l’intérieur du site. »

Ce salarié ne peut plus prendre son vélo pour traverser les bâtiments et se rendre à la cantine à midi. Il perd près de dix minutes chaque jour sur son temps de pause depuis les changements de circulation. Un temps non négligeable sur une pause repas d’environ une heure.

Des effets secondaires de ce nouveau plan de circulation sont visibles : les piquets, grillages et les arbres proches des anciennes entrées cyclistes du site sont pris d’assaut par les vélos de salariés, pour qui le nouveau parking vélos est situé à l’opposé de leur bureau.

Depuis la construction d’un unique parking à vélo sur le site, des salariés accrochent leur vélo à proximité des entrées les plus proches de leur bureau. (photo LG / Rue89 Strasbourg)

 

Les automobilistes avant les cyclistes?

Ce plan de réaménagement aurait-il été conçu pour favoriser les déplacements des automobilistes dans un quartier souvent embouteillé ? C’est en tout cas ce que pense un salarié interrogé. « Le parking voitures est saturé tôt le matin, les emplacements vélos détruits pourraient permettre à plus d’automobilistes de se garer. »

Ce nouveau plan de circulation est par ailleurs en décalage avec la politique de la Ville de Strasbourg, qui multiplient les initiatives pour inciter les habitants à pédaler : parcs à vélos, service de location longue durée très utilisé, création d’une vélorue (la première du pays) ou encore Velostras, un projet d’autoroute pour vélos.

Plus d’embouteillages à venir ?

Déjà difficile d’accès aux heures de pointes, l’accès à ce secteur est un enjeu de mobilité important dans les années à venir. En effet, à quelques centaines de mètres de là se construit le futur quartier d’affaires international du Wacken, renommé Archipel, où le groupe bancaire installera les équipes de sa filiale informatique courant 2018.

D’une surface de 34 000 m² de bureaux, ce complexe entraîne un profond remodelage du quartier. Et va exiger que plus de personnes y accèdent. L’idée d’une « passerelle automobiles », un pont qui raccorderait les bureaux du Crédit Mutuel par Schiltigheim, est par exemple envisagée à l’entrée du parc de l’Aar.

Sollicité sur ce plan de réaménagement, le Crédit Mutuel n’a pas souhaité répondre à nos questions.

L'AUTEUR
Louise Gerber
Louise Gerber
Stagiaire le temps d'un été à Rue89 Strasbourg. Franco-un-peu-allemande touche-à-tout, étudiante à Lille.
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