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Tribune : boulevard de Lyon, la zone maudite

actualisé le 31/12/2012 à 10h50

Le boulevard de Lyon, la "zone maudite" ? (Photo GG)

Le boulevard de Lyon, la "zone maudite" ? (Photo GG)

Habitant du quartier gare, Gabriel Goubet aimerait que le boulevard de Lyon cesse d’être la zone oubliée des aménagements urbains. Selon lui, à force de désintérêt des municipalités successives, une partie du quartier gare, pourtant densément peuplée et vivante, est devenue glauque et dangereuse. Comme si une malédiction planait sur ces quelques rues…

TribuneIl est une zone du quartier gare où rien ne se passe comme ailleurs… Une zone traversée par des milliers d’automobilistes chaque jour, peuplée par des milliers d’habitants et de nombreux commerces. Une zone qui n’a pas été rénovée depuis des lustres, où rien n’est réparé à temps, où la bagnole est reine. Cette zone n’a pas de nom. Elle n’est délimitée par aucune carte, elle est seulement le fruit de mon expérience d’habitant. Je l’ai surnommée « la Zone maudite ».

Voici les rues de la Zone : le boulevard de Lyon et toutes les rues qui le relie à l’autoroute A35, à savoir la rue de Rothau, la rue de Marlenheim, la rue de la Broque, la rue du Howald, et la rue du Ban-de-la-Roche. Il y a de beaux immeubles certes, mais la Zone a cette allure d’un quartier qui n’a pas reçu la visite d’un urbaniste depuis des lustres. Pourtant, quelques petites transformations adéquates suffiraient à rendre l’endroit moins triste. L’éclairage par exemple, ou la sécurisation de certains carrefours… Seulement voilà, la Zone est un ensemble de rues dans lequel les choses semblent évoluer moins vite qu’ailleurs et j’aimerai bien que l’on m’explique pourquoi.

J’adore ce quartier, coincé entre l’autoroute et les trains

Que les choses soient bien claires entre nous : j’habite dans ce secteur, enclavé entre l’autoroute, le boulevard et les trains, et j’aime ce coin de la ville où je croise des gens formidables, où j’ai des amis, des voisins, et où mon fils est né. La Zone est un quartier populaire, vivant, avec pas mal de gens pas très riches et quelques vrais riches, avec ses bobos tendance classe moyenne qui mangent bio, avec ses immigrés qui bossent, ses hôtels pour sans-papiers, son école maternelle construite à dix mètres d’une centrale électrique et ses vieux. Et aussi plein de gens qui ont voté pour Roland Ries, lequel avait inclus la Zone dans ses promesses de campagne.

Pourtant, alors que Strasbourg est en train de vivre une énième révolution urbanistique dans son étalement vers l’Allemagne et que de nombreux projets d’envergures voient le jour, la Zone semble souffrir d’un manque d’intérêt de la part des pouvoirs publics. Une inertie qui prouve que ce secteur n’est pas une priorité en matière de rénovation et d’amélioration de la qualité de la vie.

Je vois des quartiers entiers comme l’Esplanade se venger des plans d’architectes rectilignes des années 1960. Je vois des transformations de carrefours que je trouvais dangereux, comme par exemple au croisement de la rue Jacques-Peirotes et de la rue de Berne. Bref, « partout c’est mieux » sauf… dans la Zone. Car voyez-vous il semble qu’ici, inexplicablement, les choses progressent lentement. Voilà, c’est ça la Zone maudite.

Les voitures se précipitent sur le prochain feu (Photo GG)

Un éclairage qui n’éclaire plus que lui même

J’habite rue de la Broque et dans cette rue les éclairages urbains sont accrochés aux façades. Ça tombe bien car ces lampadaires éclairent surtout… les façades. Bref, ces lampadaires dataient de Mathuzalem et à force de vent et de décennies, celui de mon immeuble se rabattait contre le mur et menaçait de se casser la binette. Et bien vous savez quoi ? J’ai contacté Jean-Jacques Gsell, l’adjoint au maire en charge du quartier gare et quelques semaines plus tard les lampadaires au sodium-jaune-glauque de la rue de la Broque étaient tous remplacés !

Oui mais… Quel dommage pour les autres rues de la Zone… Pourquoi n’ont-elles pas, elles aussi, de beaux lampadaires tout neufs ? D’autant que l’éclairage sodium-jaune-glauque est en grande partie responsable de l’ambiance triste de la Zone. Pensez-y, lorsque vous y repasserez. La rue d’Obernai, la rue de Barr et la rue d’Andlau ont eu de la chance, elles ont été refaites et les éclairages sont blancs. Mais dés que vous arrivez dans la Zone, tout devient jaune-crado.

Le carrefour de tous les dangers (Photo GG)

Le carrefour de tous les dangers (Photo GG)

Le carrefour de tous les dangers

Jean-Jacques Gsell et moi, on s’est même rencontrés pour de vrai. Pour parler du croisement fatal qui coupe le boulevard de Lyon. Mais si, allons allons, vous savez bien, le carrefour qui relie la rue d’Andlau et la rue de la Broque. Mais si voyons, celui où il y a une prostituée qui lit le Canard Enchainé tous les mercredis.

Autant le dire tout de suite, certains jours à certaines heures, on ne traverse pas ce carrefour, on l’affronte. Bien souvent, il vous faut marcher jusqu’au milieu de la route, face à trois voies de bagnoles lancées à fond, afin de tenter d’être vu et de forcer les voitures à ralentir. Quand on est en poussette, c’est un vrai bonheur, vous devriez essayer. Parce que les voitures à cet endroit là, quelque soit leur destination, elles n’ont qu’une idée en tête : atteindre le feu qui est 50 mètres plus loin. Résultat, chaque traversée est une victoire sur soi-même.

Bon pour ce qui est des cyclistes, hum, comment vous dire ? Il y a bien une ligne verte discontinue, mais personne ne sait qu’elle signifie que le cycliste doit descendre de vélo pour traverser (voir à ce sujet la tribune d’un autre strasbourgeois ici). Les récits d’habitants qui ont échappé à un accident sont légion dans le quartier, mais bon, c’est normal, on est au quartier gare, c’est un lieu de passage, faut s’y faire.

Et l’entreprise privée mandatée par la Ville qui vient repeindre les passages piétons de temps en temps n’y change rien : elle le fait avec une peinture bas de gamme, si bien que tout s’efface bien vite. Il faut pourtant se rendre à l’évidence : les voitures ne s’arrêtent pas à cet endroit pour laisser passer les piétons, c’est dangereux.

Avec l’adjoint de quartier, on s’est donné rendez-vous sur place. Il a reconnu qu’à cet endroit les voitures allaient trop vite et que c’était compliqué de traverser. Au cours de notre échange, nous avons évoqué une amélioration du type de celles que l’on trouve sur l’avenue des Vosges, de bons gros feux clignotants oranges. Les feux ont été installés mais, je ne sais pas ce qui s’est passé, tellement haut que personne ne les voit ! Ils ne servent à rien ! La Zone maudite je vous dis !

Rude environnement pour les cyclistes (Photo GG)

Rude environnement pour les cyclistes (Photo GG)

L’exemple d’à côté

Ce qui est fou dans cette histoire, c’est qu’à moins de cent mètres de là, un problème du même type a été résolu dans la rue du Ban-de-la-Roche… De nombreux automobilistes aimaient se taper un p’tit 90 km/h devant le restaurant le Gobelet d’or, les habitants de la Zone demandaient donc depuis des années que la vitesse soit réduite dans cette rue.

La rue a récemment été équipée de trois ralentisseurs, avec la signalisation ad hoc, le top. Et depuis la rue a changé de visage ! Aujourd’hui, grâce à ces ralentisseurs, le caractère accidentogène de la rue du Ban-de-la-Roche a considérablement baissé, c’est indéniable. En face du Gobelet d’or, la chaussée a été surélevée de quelques centimètres sur toute la largeur de la rue. Ainsi fait, les voitures sont obligées de ralentir légèrement pour passer le carrefour… Un vrai bonheur, vous dis-je. Ne serait-ce donc pas la solution du boulevard de Lyon : sur-élever le carrefour en entier afin de forcer naturellement les voitures à ralentir, et rendre ainsi le piéton visible ?

Rendez-vous en 2015, 2016… 2017 ?

Lorsque j’ai évoqué avec Jean-Jacques Gsell une rénovation de la Zone semblable à d’autres quartiers, il m’a recommandé d’être patient. Il a évoqué une rénovation globale « pour dans quelques années… » qui n’apparaît nulle part dans les grands projets de la Ville. « Alors vous comprenez, me dit-il, on ne va pas faire des petites choses maintenant si c’est pour tout refaire plus tard… » Face à cette logique implacable, je restais coi.

Gabriel Goubet
Habitant du quartier gare 

 
L'AUTEUR
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