Le Blog Trotteur
Ils sont Strasbourgeois, ils sont partis aux antipodes et ils partagent dans ce blog leurs cartes postales et leurs rencontres.
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À Bangkok, j’ai croisé les anges et les déchus…

actualisé le 18/11/2017 à 17h23

Après 16 heures de vol de Paris, nous avons atterri fatigués mais heureux, à Bangkok en Thaïlande, appelée par ses habitants sous le nom de Krung Thep (la cité des anges). Première étape de notre road trip à travers l’Asie. Portrait d’une ville authentique et pleine d’excès.

Lorsque nous sommes arrivés à Bangkok, j’ai ressenti une sorte d’explosion des sens, comme si ici mon odorat, mon ouïe, ma vue et mes papilles gustatives étaient sortis de leur léthargie européenne. J’ai tout d’abord été frappée par la sensation terreuse dans ma bouche, une impression de soif quasi-permanente… due à la pollution de l’air dans la ville. Beaucoup de thaïlandais portent des masques, je comprends à présent pourquoi. En ville, l’air est difficilement respirable.

Bangkok est une ville très odorante, les petits stands de nourritures se succèdent sur les trottoirs, on en voit même sur les bords d’autoroute. Les thaïlandais y cuisinent dans des sortes de woks et sur des grills qui dégagent aussi une forte odeur de gaz, on y voit régulièrement, du poulet frit, des poissons entiers, des œufs (même des œufs roses), des soupes, des fruits exotiques…

La cuisine thaï parfume l’air. En parcourant la ville, on est saisi par des odeurs de toutes parts, parfois ça donne très faim, d’autres fois c’est à la limite écœurant. Il n’est pas rare de croiser des poulets vivants dans des sortes de cages en bambou, prêts à être cuisinés sur place.

Street food thaïlandaise. (Photo ES / Rue89 Strasbourg /cc)

La cuisine taï parfume l’air ambiant. Parfois, c’est appétissant, parfois c’est écoeurant (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Il y a du poulet frit partout, parfois les poulets sont même encore vivants juste à côté ! (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Un couturier à Bangkok. La rue à Bangkok est beaucoup plus vivante qu'en France (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Un couturier à Bangkok. La rue à Bangkok est beaucoup plus vivante qu’en France (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

L’hygiène et la sécurité quasiment inexistantes

Ici, lorsque l’on voit les chariots de nourriture, installés un peu partout, on ne peut s’empêcher de se poser la question de la capacité de résistance de notre estomac. En effet, les bassines dans lesquelles sont conservés les aliments, que ce soit le poisson ou la viande, sont exposées sur les étals sans aucun moyen de réfrigération ni de protection. Mais surtout, il n’est pas rare de voir de petits pêcheurs dont l’hameçon flotte… dans une zone remplie de déchets flottants. En outre, un flux ininterrompu de personnes passe devant ces stands, souvent situés en bordure de routes saturées de voitures.

Moi qui à Strasbourg choisissait avec soin les terrasses où je m’installais afin qu’elles soient en zone piétonne, pour ne pas respirer les pots d’échappements, à Bangkok j’ai la sensation de fumer 10 paquets de cigarettes par jour.

On apprend à choisir la nourriture selon le nombre de Thaïlandais qui se nourrissent à un chariot en particulier ou encore en jugeant l’aspect de la viande voire l’odeur qui s’en dégage.

Au niveau de la sécurité, nous avons vu des voitures bonnes pour la casse circuler en ville, des scooters portant quatre personnes, plus un bébé sur les genoux, ou encore des bus dont le moteur était à l’air libre… Dans un garage, nous avons vu un jeune thaï coller une plaque d’immatriculation, à la glu.

Ambiance débrouille !

La circulation est un joyeux bordel, les voitures, scooters, bus, tuks tuks circulent en tout sens et très vite. Il y a des passages piétons et des feux rouges, mais j’ignore à quoi ils servent car personne ne s’arrête au rouge. Il ne dépend donc que du piéton de trouver le moment le plus adéquat pour traverser sans se faire renverser au passage.

Lorsque l’on a pris le taxi boat, un bateau desservant une grande partie de la ville en passant par le canal, tandis que les Thaïlandais jeunes comme vieux enjambaient gaiement le rebord du bateau à une distance variable du quai, nous n’avons pas été loin de tomber à l’eau avec nos sacs de 13kg sur le dos. Le bateau n’attend pas, il faut sauter dedans et il redémarre en trombe immédiatement.

Le lendemain de notre première expérience en bateau, nous avons d’ailleurs vu une fille tomber dans le fleuve car le bateau est reparti alors qu’elle n’y était pas totalement entrée. Il a été très difficile de la récupérer en lui lançant des bouées étant donné le courant dû au trafic constant de péniches.

Nous avons également été surpris par les câbles électriques réunis en sorte de fagots. Si les câbles sont entremêlés à nu de cette manière c’est parce qu’à Bangkok il est impossible de les placer sous terre, les montées d’eau étant récurrentes.

Dans le taxiboat à Bangkok. Attention à ne pas traîner au moment de descendre ou de monter... il n'attend pas. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Dans le taxiboat à Bangkok. Attention à ne pas traîner au moment de descendre ou de monter… il n’attend pas. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Le taxi-boat est un moyen pratique et très utilisé pour traverser l'agglomération (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Le taxi-boat est un moyen pratique et très utilisé pour traverser l’agglomération (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Les Thaïlandais pêchent les poissons dans des eaux à la limite de l'insalubrité (Photo ES / Rue89 Strasbourg /cc)

Les Thaïlandais pêchent les poissons dans des eaux à la limite de l’insalubrité (Photo ES / Rue89 Strasbourg /cc)

Des coutumes et des traditions très présentes

À Bangkok, avant d’entrer dans une guesthouse, il faut enlever ses chaussures, on peut trouver un casier de rangement à l’entrée où chacun les y dépose. Tout le monde marche pieds nus à l’intérieur des bâtiments.

La plupart du temps, on y entend de la musique reggae, c’est ambiance détendue. D’ailleurs, nous avons remarqué très vite que les Asiatiques étaient beaucoup plus « force tranquille » que nous autres Européens. À l’aéroport de New Delhi, la moitié du personnel était soit couché en rang sur la moquette les bras croisés derrière la nuque, soit affalés sur leur bureau le portable à la main. Le passage au contrôle a pris dix fois plus de temps qu’à Paris, c’est la zen attitude. Dans notre avion de New Delhi à Bangkok, nous avons attendu 1h30 pour que l’avion décolle, alors qu’il était plein et que tout semblait normal. Personne ne s’est plaint, personne n’a fait la moindre remarque. Quant au personnel indien ou thaïlandais, nous n’avons rencontré que des gens souriants et débordant de gentillesse.

Gangstas bouddhistes. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Le deuxième jour de notre périple, nous avons marché trois kilomètres pour atteindre une gare dont le train devait nous mener à Bangkok. Lorsque j’ai aperçu la gare, j’ai cru voir un endroit abandonné depuis des siècles, mais un chef de gare était en train de dormir sur un banc. On nous a ainsi indiqué que le prochain train pour Bangkok ne serait que 5 heures plus tard.

Nous avons régulièrement vu des travailleurs en pleine sieste sur des bancs, des marches ou dans des hamacs installés sur leur lieu de travail. Tous les gens que nous avons rencontrés sont très calmes, très zens. En Thaïlande, on utilise le terme « Sabai sabai » pour définir cette philosophie de vie. Cela signifie « relax, restes cool ». Leur façon de vivre est plus lente que la nôtre et nous encourage à apprendre la patience et à profiter pleinement.

Une gare à Bangkok, toujours en fonction contrairement aux apparences... (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Une gare à Bangkok, toujours en fonction contrairement aux apparences… (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Le soir où nous sommes arrivés dans notre première guesthouse, un petit havre de paix au bord de l’eau, avec un jardin rempli de coussins et de lanternes, personne n’était présent à l’accueil. Du coup, un backpacker nous a indiqué que le patron était parti « sûrement pas très loin. » Dix minutes plus tard, un Asiatique plein de dreadlocks et de tatouages est apparu et en vérifiant sur son portable m’a dit avec plein d’excuses, qu’il avait oublié ma réservation, mais qu’il me notait sans faute pour le lendemain soir et qu’en attendant, il nous accompagnait chez le voisin qui pourrait nous accueillir… Après avoir discuté avec plusieurs backpackers, il semblerait que cette même situation soit arrivée à chacun d’entre nous. On en rit beaucoup. J’adore cet aspect un peu perché, qu’ont les gens ici.

Une de mes plus belles rencontres à Bangkok. Le propriétaire de notre havre de paix, qui nous a appris à vivre pleinement, à être calme, zen et heureux. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Ici on est vraiment à Bangkok. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Ici on est vraiment à Bangkok. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Les rues sont très animées la journée mais aussi le soir, les bars sont ouverts sur la rue et proposent des concerts, les uns à côté des autres, dans une joyeuse cacophonie. Il y a également des emplacements remplis de fauteuils où des massages sont proposés et énormément de chauffeurs de tuk-tuks qui offrent leurs services.

Dans un autre style, assez lamentable à mon goût, énormément de Thaïlandais alpaguent les touristes avec à la main des cartes proposant des ping pong shows. Aucun rapport avec le célèbre jeu de raquettes, il s’agit d’un show où de jeunes et belles Thaïlandaises, moyennant quelques billets utiliseront leur sexe pour fumer une cigarette ou y introduire des objets divers, lame de rasoir, bouteille de bière… Rappelons qu’en Thaïlande, commerce pornographique est normalement interdit.

Commerce sexuel interdit… en théorie

La Thaïlande est connue pour être intransigeante sur les lois concernant les drogues, le commerce sexuel et le jeu. Mais pourquoi voyons-nous tant de rabatteurs nous proposer des pings pongs shows sans que la police ne fasse rien ? Selon des Thaïlandais, il semblerait que des personnes hauts-placées soient mêlées à ce trafic.

J’ai également croisé des touristes accompagnés de jeunes thaïs ou de lady boys. C’est assez écoeurant psychologiquement de voir ces vacanciers qui profitent du coût de vie dérisoire pour venir en Thaïlande et s’offrir des filles.

Dans un autre genre, vous verrez également énormément de temples dédiés à Bouddha, en réalité la religion bouddhiste interdit l’utilisation de celui-ci en tant que décoration ou de tatouages, pourtant tous les restaurants débordent d’inventivité et de statues plus impressionnantes les unes que les autres pour attirer le touriste. Le Bouddha est devenu un objet commercial.

Un wat à Bangkok. (Photo ES / Rue89 Strasbourg /cc)

Un wat à Bangkok. (Photo ES / Rue89 Strasbourg /cc)

Le Palais Royal à Bangkok (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

De ce que j’ai vu de Bangkok, c’est une ville très pauvre, certaines personnes vivent dans des conditions misérables. Une bonne part de l’activité visible est touristique. Les Thaïlandais essayent de nous vendre les biens et les services bien plus chers que ce qu’ils ne valent vraiment. Une Thaïlandaise m’a expliqué qu’ici, les conducteurs de taxis gagnaient plus que les médecins. Il est important d’apprendre à négocier.

Dans un bidonville à Bangkok. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

Les bidonvilles à Bangkok ressemblent à ceux d’Europe (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)

J’ai beaucoup aimé cette ville, j’y ai rencontré des gens merveilleux et j’y ai vécu une semaine de douceur de vivre et de bonne énergie, car les Thaïlandais sont positifs, souriants. Ils dégagent de bonnes vibrations et nous les partagent.

Prochaine étape : Koh Tao. Un voyageur rencontré sur la route, m’a dit une très belle phrase : « pourquoi ne restes-tu pas au lit le matin ? Est-ce parce que tu n’as pas le choix ou parce que tu as tellement hâte de vivre cette journée que tu ne peux pas rester allongé plus longtemps ? »

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Emma Schneider
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