Il avait « le matos, » normal pour un… capitaine de police
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Il avait « le matos, » normal pour un… capitaine de police

Entre 2003 et 2007, un capitaine de police de Strasbourg, coresponsable de la brigade des stups, remettait sur le marché les saisies de drogues pour alimenter son idylle avec une greffière du tribunal.

En 2007, François Stuber, 46 ans à cette époque, était l’un des officiers les plus décorés du commissariat de police de Strasbourg. Responsable de la lutte contre le trafic de stupéfiants, il connaissait très bien le marché, un peu trop bien en fait.

Car depuis 4 ans, le capitaine Stuber avait franchi la ligne qui sépare les flics des gangsters. Tombé fou amoureux d’une greffière du tribunal de grande instance de Strasbourg, Laurence Hamon, 36 ans à cette date, il s’est mis à courir les casinos entre la France, la Suisse et l’Allemagne et à mener la grande vie avec sa maîtresse dans une version moderne (et moins sanglante) de « Bonnie & Clyde ».

François Stuber et Laurence Hamon ont écumé les casinos français, suisses et allemands… (cliquez pour la vidéo Gangsters d’Alsace)

Pour soutenir ce train de vie qui n’avait plus grand chose à voir avec celui d’un fonctionnaire de la police nationale, il s’est mis à piocher dans les saisies de drogues du commissariat. C’était assez facile, puisque c’est à lui que revenait la tâche de les détruire.

Médaille d’honneur, citations…

En outre, François Stuber était un policier efficace. Titulaire de la médaille d’honneur de la police, sa notation mentionne neuf fois la qualité « supérieure » en 2006 ! Un flic à l’ancienne, du genre à sortir tout seul du commissariat pour ramener le soir même un dealer menotté… Personne ne questionnait les méthodes du flic.

Dans son livre « Nik la stup », l’ancien chef de la brigade des stupéfiants de Strasbourg, Denis Jasek, relate :

« Un accord tacite existait entre le procureur de la République et la brigade des stups : pour les saisies importantes, les résultats des pesées étaient inscrits sur les procès verbaux et la drogue était stockée pour être détruite dans les locaux de la brigade. C’était la faille du système, je n’ai jamais pu imaginer que mon adjoint ne détruise pas les saisies. »

Héroïne, shit, amphétamine, cocaïne… tout y passe. Pour la distribution, François Stuber mettait à contribution Laurence Hamon, chargée de répartir les doses en de plus petites quantités pour la revente. Et pour le réseau ? Là encore, François Stuber avait le bon contact, du moins le croyait-il.

La faille viendra… d’un dealer

Il avait demandé à son indic le plus efficace, Ludovic, d’écouler la drogue : il lui fournit « le matos », à lui d’apporter les clients. François Stuber a permis à Ludovic d’éviter la tôle lors d’une saisie en 2002. Àgé de 25 ans, il ne peut rien refuser au grand flic.

Mais à partir de 2006, leurs relations se tendent : l’activité de la brigade des stups décroit tandis que les besoins d’argent de Stuber ne cessent de gonfler…

Lorsque François Stuber demande à Ludovic d’aller acheter de l’herbe aux Pays-Bas, c’en est trop. Il ne supporte plus la pression que lui fait subir François Stuber, « une vie de chien » dira-t-il aux enquêteurs, et décide de contacter les douanes, dont il est aussi un « aviseur. » Des écoutes sont mises en place sur les deux lignes de François Stuber par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN). Trois mois plus tard, en mars 2007, l’information judiciaire se termine avec l’arrestation de François Stuber, Laurence Hamon et de Ludovic.

« Silence de mort au commissariat »

Me Francis Metzger se souvient de son arrivée dans les geôles du commissariat :

« Il régnait un silence de mort. Je croise des policiers que je n’avais jamais vus, venus de Paris… Tout le monde était extrêmement tendu : les policiers se sont sentis trahis par l’un des leurs, le tribunal pareil… Les auditions ont été menées dans une ambiance extrêmement électrique. »

En novembre, François Stuber et Laurence Hamon sont présentés devant un tribunal correctionnel, mais dans la salle de la cour d’assises et avec le président du tribunal de grande instance d’alors à la manœuvre.

Francis Metzger se rappelle :

« Ils ont assumé leurs actes et les dégâts de leur comportement, ils n’ont pas demandé le dépaysement de l’affaire et ont tenu à être jugés par ceux qu’ils avaient trompés pendant toutes ces années. »

Ils ont été condamnés respectivement à 10 et 9 ans de prison pour trafic de drogue, la peine maximale prévue par le Code pénal pour François Stuber. Ils n’ont pas fait appel. Libérés après 4 et 3 ans grâce à des mesures d’aménagements de peine, François Stuber et Laurence Hamon se sont mariés et se sont réinsérés dans d’autres voies professionnelles, toujours en Alsace.

L'AUTEUR
Pierre France
Pierre France
Fondateur et directeur de la publication de Rue89 Strasbourg.

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