Au conseil municipal, la délicate question des rémunérations et des représentations
Politique 

Au conseil municipal, la délicate question des rémunérations et des représentations

Flux vidéo fourni par la Ville de Strasbourg à partir de 15h

Le conseil municipal va voter la rémunération de ses membres et ses toutes premières mesures. À suivre en direct à partir de 15h.

C’est déjà le deuxième « vrai » conseil pour la maire Jeanne Barseghian (EELV). Ce lundi 27 juillet, la nouvelle municipalité va voter le premier budget supplémentaire de l’année 2020. Il s’agit d’inscrire officiellement les précédentes dépenses dues à la crise du sanitaire (masques, protections, bons d’achat, primes) et les manques à gagner (stationnement, cantines, loyers non-demandés, etc.). Le coût de la crise pour la collectivité est estimé à 10,2 millions d’euros à ce jour.

Un budget supplémentaire et des mesures

Ce budget supplémentaire, voté exceptionnellement au milieu de l’été, sera aussi l’occasion pour la nouvelle équipe de voter quelques premières mesures :

  • création de 100 places pour sans-abri dont 50 pour les femmes victimes de violences
  • 130 000 euros pour de la « végétalisation éphémère » de rues et places cet été
  • 1 million d’euros pour des « déminéralisations » pérennes (diminuer la présence de matériaux peu réfléchissants et imperméables, en plus d’ajouter de la verdure)
  • 100 000€ pour le recrutement de 15 agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem)

La problématique des Atsem

Problème pour l’opposant Alain Fontanel (LREM) : si le conseil de l’Eurométropole ne se réunit pas en juillet comme initialement prévu, « le recrutement ne pourra pas être lancé par l’employeur unique » et « la prise de poste serait reportée de la rentrée scolaire à la Toussaint au plus tôt », appuie l’ancien vice-président en charge du personnel. Ce que confirme le premier adjoint Syamak Agha Babaei :

« Après le recrutement de 15 Atsem en septembre 2019, une deuxième tranche de 15 agents a été lancée en février et sera opérationnelle à la rentrée. Il s’agit là d’une troisième tranche, il n’était pas possible de recruter si vite. Il y aura d’autres recrutements de ce type dans le mandat pour arriver à l’objectif d’une Atsem par classe. »

Le PS dans la majorité ou l’opposition, réponse ce lundi ?

Le premier vote sera l’occasion de voir si les 7 élus socialistes votent ou non ce document budgétaire, considéré comme la ligne rouge entre opposition et majorité. À la Ville, les socialistes avaient obtenu un poste d’adjointe au Numérique (Céline Geissmann) et un conseiller municipal délégué en charge de Hautepierre (Salah Koussa) en s’associant à la majorité écologiste après leur victoire du 28 juin. Puis, à l’Eurométropole, le vote socialiste a été dispersé et aucun Strasbourgeois n’a été associé à l’exécutif. Certains avaient voté pour la maire de Lingolsheim, Catherine Graef-Eckert (divers droite), contre la candidate des écologistes, Pia Imbs. Pour la majorité, les crédits accordés au groupe PS, 47 000 euros annuels, sont considérés comme « les moyens accordés à l’opposition » et la première secrétaire du PS67 Pernelle Richardot a par ailleurs évoqué « le mépris affiché par le groupe Barseghian » dans les DNA en vue des élections sénatoriales de septembre. Ambiance…

Le dossier des indemnités

L’autre gros dossier est celui des nouvelles indemnités. Or, l’argent est souvent tabou en politique. Partout en France, c’est un angle d’attaque traditionnel des oppositions en début de mandat. Sur ce sujet sensible, elles critiquent au choix la démagogie ou le mauvais symbole des hausses de rémunération.

La maire Jeanne Barseghian (EELV) et son premier adjoint Syamak Agha Babaei (non-encarté) baissent respectivement leur indemnité de 1200 et de 1800 euros mensuels (tous les montants sont en brut) par rapport au mandat précédent. Le bras droit de la maire sera désormais payés comme les 18 autres adjoints et adjointes, qui seront aussi bien rémunérés que leurs prédécesseurs. Grande nouveauté, tous les élus de la majorité (47) auront au moins la responsabilité d’une « délégation », soit d’un quartier, soit d’une thématique. Pour les 18 élus qui ne siègent qu’à la Ville, ils auront une rémunération et une délégation plus conséquente que ceux qui siègent à l’Eurométropole. Une redistribution des indemnités rendue possible grâce à la baisse des indemnités de la numéro 1 et du numéro 2.

Les élus d’opposition ne perdront pas de rémunération (495€/mois) comme ils le craignaient et pourront toujours célébrer les mariages, comme dans toutes les villes de France. Pour justifier la « majoration » de 205 euros de leur revenus, il leur est désormais demandé de participer aux « commissions de sécurité » de la Ville de Strasbourg.

Pour les élus qui siègent à l’Eurométropole (49 sur 65), leur rémunération complète sera à apprécier avec les indemnités votées dans cette seconde assemblée, avec les 32 autres communes. Surtout qu’il n’est pas encore question des nominations dans les sociétés d’économie mixte (SEM) et leurs présidences parfois grassement rémunérées (Parcus, Gaz de Strasbourg, Strasbourg-Événements, etc.).

Les écologistes garderont-ils encore ce reliquat, bien pratique mais coûteux et un peu « Vieux monde » ? L’opposition est en tout cas à l’affût. Elle ne demande pas l’abolition, mais « la transparence ». Syamak Agha Babaei parle de « modération », d’un maximum de présidents « pour les élus qui ne sont pas membres de l’exécutif » et de « rémunération qui ne dépassera pas celle d’un vice-président, ce qui n’était pas le cas avant ». Ces nominations devraient intervenir d’un bloc à la Ville et l’Eurométropole, fin août.

La nouvelle majorité prend ses marques (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Qui pour représenter la Ville et où ça ?

Six des 19 points concerneront les représentations de la Ville de Strasbourg dans des centaines d’organismes. Certaines sont très stratégiques : le Port autonome et ses 10 000 emplois, l’Office de tourisme, appelé par la précédente équipe à être réformé, ou l’Opéra du Rhin. L’opposition compte demander des places dans ces instances.

D’autres représentations sont bien plus anecdotiques comme l’Office national des anciens combattants et l’association de la route de la bière d’Alsace. C’est aussi le moment où la maire dispatche ses équipes dans les écoles, les lycées, etc.

Une commission des Finances, pour quoi faire ?

Il n’y avait pas de commission en charge des Finances sous Roland Ries, contrairement à certaines villes, la Région Grand Est ou l’Assemblée nationale. Ce sera une nouveauté (point 5), promise par plusieurs listes. À quoi servira-t-elle ? « À préparer le débat d’orientations budgétaires et tenir des débats sur nos choix et priorités avec les habitants en différents endroits de la ville », explique Syamak Agha Babaei, premier adjoint. La maire Jeanne Barseghian avait promis une « co-présidence » pour l’opposition, comme cela se fait traditionnellement ailleurs. Petit hic, il faut juridiquement un président et un vice-président. « Le vice-président aura les mêmes attributions que le président », tente de rassurer Syamak Agha Babaei, qui s’occupe aussi des Finances à la métropole et pourrait présider cette nouvelle instance. Malgré ces promesses d’égalité des rôles, il n’est pas question de céder la présidence symbolique à l’intergroupe « Unis pour Strasbourg » (LR+LREM). L’opposition menace de ne pas y siéger si elle estime ne pas avoir les garanties pour effectuer un « contrôle ». Une politique de la chaise vide qui embarrasserait peut-être la nouvelle majorité.

Quatre interpellations en fin de conseil

En fin de conseil, Pierre Jakubowicz (Agir, apparenté LREM) portera sa deuxième interpellation. Elle s’intitule : « l’écologie ne doit pas être un privilège ». Le nouvel élu s’interroge sur la politique dans les quartiers et réutilise le nouveau mot préféré de l’opposition : « pragmatisme ». Sa collègue Rebecca Breitman (Modem) souhaite « un plan de soutien d’urgence pour les associations caritatives dès cet été » et demande comment la Ville compte favoriser les services civiques.

Le groupe « Les Républicains » interroge sur le Marché de Noël, via Isabelle Meyer, et sur… le stationnement payant, par Jean-Philippe Vetter. Après l’interpellation du 10 juillet par le groupe LREM, les deux partis d’opposition se marquent à la culotte sur cette thématique qui leur est chère. Notamment car la promesse des transports gratuits les samedis est repoussée à septembre.

La séance est à suivre en direct-vidéo à partir de 15h. Les commentaires en direct par Rue89 Strasbourg reprendront en septembre.

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L'AUTEUR
Jean-François Gérard
Jean-François Gérard
A rejoint la rédaction de Rue89 Strasbourg à l'été 2014. En charge notamment de la politique locale.

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