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Le Kochersberg veut se convertir au vélo, ses automobilistes pas pressés
Environnement 

Le Kochersberg veut se convertir au vélo, ses automobilistes pas pressés

par Alizée Chebboub-Courtin.
Publié le 7 décembre 2021.
Imprimé le 11 août 2022 à 09:57
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Depuis l’automne, la communauté de communes du Kochersberg, voisine de l’Eurométropole de Strasbourg, planche sur un nouveau projet : équiper ses 23 communes de huit pistes cyclables. Mais entre intempéries, dénivelés et longues distances, les habitants de la deuxième couronne strasbourgeoise ne sont pas prêts à abandonner leur voiture.

Sur les routes du Kochersberg, les vélos sont rares, contrairement aux voitures souvent prises dans des embouteillages le matin et le soir.  (Photo A.C-C / Rue89 Strasbourg)

« Le vélo ? Déjà, je n’aime pas particulièrement ça et puis j’habite à 25 km de mon lieu de travail, ce qui est beaucoup, même avec un vélo électrique. Ça n’a jamais été une option », résume Marie-Hélène, 58 ans, habitante de Dingsheim. Elle travaille en tant que commerciale à Molsheim et possède l’une des 15 000 voitures dans le Kochersberg selon l’estimation de la Communauté de communes. Chacun de ces véhicules parcourerait en moyenne 15 000 km par an. 

Un chiffre qui se matérialise sur le terrain, puisqu’il n’est pas rare de voir deux, voire trois voitures garées devant les maisons individuelles de cette partie de l’Alsace. Un secteur qui  comptait 25 709 habitants lors du dernier recensement en 2018. C’est le cas du foyer de Marie-Hélène qui vit depuis 20 ans dans une maison individuelle avec son fils et son conjoint. Ce dernier se rend également au travail avec sa voiture. Marie-Hélène reconnaît la forte concentration de voitures dans la région, mais l’explique par une impossibilité de s’en passer, en vivant loin de la ville. 

Marie-Hélène utilise sa voiture plusieurs fois par jour. Pour aller au travail, puis pour rendre visite à ses clients en tant que commerciale. (Photo A.C-C / Rue89 Strasbourg)

« Les bus passent moins d’une fois par heure et s’arrêtent vers 19h. En ce qui concerne le vélo, il y a une grande colline entre nous et l’Eurométropole, ce qui est un obstacle, surtout sans une assistance électrique. Même pour faire des courses dans le village voisin, je prends ma voiture parce qu’avec une famille à nourrir, je suis trop chargée pour le vélo. J’ai déjà essayé, mais c’est très casse-gueule et je ne me sens pas en sécurité. Même si mon conjoint n’approuve pas parce que ce n’est vraiment pas écolo, je ne pense pas changer mes habitudes. »

Isolement, manque de commerces et de transports : la vie à la campagne

Les communes du Kochersberg sont souvent appelées des « villages dortoirs », les entreprises, les lieux de loisirs et surtout les commerces y sont rares. Une réalité que Juliette a expérimentée pendant les vingt premières années de sa vie à Kienheim. « C’est très rural. Il n’y a aucun magasin, pas même une boulangerie. On est tout le temps obligé de se déplacer » décrit-elle.

Juliette a 22 ans désormais et a passé son permis dès qu’elle a pu, à 18 ans pour gagner en autonomie et ne plus dépendre de ses parents et des bus. Dans sa famille, il n’est pas concevable de ne pas avoir de voiture, sauf à risquer de se retrouver assigné à domicile. Seul le bus 203 traverse le village et permet de se rendre en une quarantaine de minutes à la station de tram Rotonde, dans le quartier de Cronenbourg à Strasbourg. Il faut ensuite encore compter 10 à 15 minutes de tram pour rejoindre le centre-ville. Un trajet que Juliette a effectué quotidiennement pendant ses trois années de lycée :

« C’est très long. J’ai déjà pensé à mélanger vélo et bus, mais il fait trop froid en hiver et encore faut-il pouvoir se doucher ou au moins se changer en arrivant sur le lieu d’études ou de travail, ce qui n’a jamais été mon cas. Je comprends que mes parents prennent leur voiture. Ils sont tous les deux cadres au Crédit mutuel et doivent aller jusqu’au Wacken. »

Juliette a récupéré la Mini rouge de sa mère quand cette dernière a changé de voiture. Encore étudiante, ses parents l’aident à payer les frais d’essence.  (Photo A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour elle, ce n’est pas une question de conscience écologique, mais de distance. En 2016, elle a quitté la maison familiale et vécu un an au centre de Strasbourg, ce qui a entièrement modifié sa manière de circuler :

« Je ne prenais jamais ma voiture, je faisais tout à vélo. Mais ce ne sont clairement pas les mêmes circonstances : je mettais seulement 10 minutes pour aller en cours. »

Entre routes dangereuses et pistes cyclables rarissimes

Stéphanie, 47 ans, gérante d’une société, ne travaille qu’à une dizaine de kilomètres de son domicile, à Stutzheim. Pourtant, elle hésite encore à acheter un vélo électrique pour s’y rendre, « pour des raisons de sécurité ». Elle déplore le peu de pistes cyclables – 9 km sur l’ensemble du territoire- pour l’instant disponibles : 

« Même sur les espaces réservés aux vélos, je ne me sens pas en sécurité. Il y a un cycliste qui est mort l’année dernière sur la colline de Mittelhausbergen. La route de Stutzheim à Pfulgriesheim est aussi extrêmement dangereuse. S’ils mettent en place de nouvelles pistes, il faudra penser à plus les sécuriser, par exemple avec des terres pleins. »

Une piste cyclable et une voie de bus sont déjà en place sur la colline de Mittelhausbergen.  (Photo A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc)

La communauté de communes promet de nouvelles pistes 

Huit nouveaux itinéraires sont effectivement prévus dans les mois à venir, notamment entre Rumersheim et Berstett, Truchtersheim et Pfettisheim ou encore Pfulgriesheim et Lampertheim. Deux millions d’euros du budget de la Communauté de communes (Com-com) de l’année 2021 ont déjà été mobilisés et, selon Céline Zeissloff, directrice de la com-com du Kochersberg, les élus se sont engagés à bloquer, chaque année, 500 000 euros pour l’aménagement et l’entretien de ces nouvelles pistes cyclables. En parallèle, elle explique que des discussions avec les habitants ont été organisées : 

« Ce n’est pas tout de mettre en place des pistes, il faut aussi que les habitants aient envie et puissent les utiliser. C’est pour cela que nous avons organisé une table ronde et un questionnaire qui a été partagé avec la dernière newsletter du Kochersberg pour essayer de toucher plus de monde. On sait très bien qu’à la table ronde, les personnes présentes sont déjà sensibilisées au sujet. » 

À la fin de la table ronde, les étudiants organisateurs ont fait une démonstration autour de la meilleure manière d’entretenir son vélo. (Photo A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc)

Arguments écologiques face à la réalité de terrain

Le questionnaire a obtenu plus de 400 réponses et quarante personnes ont fait le déplacement lors de cette table-ronde, organisée le 16 novembre. L’idée était simple : faire émerger des idées d’actions et de services à mettre en place pour accompagner le développement des nouvelles pistes. Des élus et des habitants s’étaient donné rendez-vous au Trèfle, à Truchtersheim – chef-lieu du Kochersberg – pour faire remonter les problématiques auxquelles ils et elles sont confrontés au quotidien et qui les empêchent de passer au mode de déplacement plus écologique qu’est le vélo.

Lors de cette soirée, certains habitants ont élevé la voix pour rendre compte des contraintes du terrain. Parmi eux, Nathalie qui habite à Quatzenheim depuis 20 ans et travaille à Schiltigheim :

« J’ai entièrement conscience de l’urgence climatique et cela m’inquiète pour l’avenir de mes enfants. J’ai envie de faire le maximum pour moins polluer, tout le monde m’invective à le faire, mais dans les faits, j’habite dans un village qui n’est desservi par aucun transport en commun, les routes alentours n’ont pas de pistes cyclables et sont très anxiogènes. Impossible de me rendre sur mon lieu de travail de cette manière et même dans un cadre de loisirs, je préfère souvent emmener ma famille en Allemagne pour faire du vélo. Là-bas, au moins, il y a des circuits. »

Toute une mobilité à repenser sous la pression démographique

Heureuse d’apprendre que de nouvelles pistes sont prévues par la Communauté de communes, Nathalie regrette de ne pas avoir de date exacte de mise en place. Pour elle, il y a urgence, puisque le nombre d’habitants du Kochersberg ne cesse d’augmenter :

« De nouveaux lotissements sont sans cesse construits, il y a plus de monde et donc beaucoup d’embouteillages. Au carrefour de Quatzenheim, c’est déjà parfois l’enfer. C’est toute la mobilité qu’il faut repenser. »

La démocratisation du vélo dans le Kochersberg devrait permettre une réduction de la pollution et des embouteillages en direction de Strasbourg.  (Photo A.C-C / Rue89 Strasbourg / cc)

Une situation que Stéphanie retrouve sur la colline de Mittelhausbergen. Entre 7h20 et 8h45, les automobilistes mettent souvent plus de 20 minutes pour faire 300 mètres et franchir le rond-point entre Niederhausbergen et Mittelhausbergen.

Une concertation qui manquait de diversité

Pendant la table-ronde, des solutions ont été proposées : parking relais, aide à l’achat de vélos électriques, développement de l’intermodalité avec la possibilité d’emmener son vélo dans le bus. Christine Blanchais, la maire de Durningen, a cependant déploré le peu de variété dans les profils des personnes présentes : 

« Nous étions majoritairement des élus, des membres d’associations et des habitants qui sont déjà des amoureux du vélo. J’espère qu’il y aura plus de diversité dans les participants au questionnaire. » 

En effet, lors du temps de débat prévu par les organisateurs, les participants étaient très souvent du même avis. En réaction à l’assertion : « Il faut continuer à développer les mobilités douces et les transports en commun, même si cela se fait au détriment des automobilistes », ils ont même exprimé leur accord à l’unanimité. 

Mais avant de savoir si les solutions évoquées conviendront au plus grand nombre, il faut encore qu’elles soient approuvées par les élus locaux. Les propositions de la table ronde ainsi que celles réunies grâce au questionnaire seront présentées devant eux à la mi-janvier.

L'AUTEUR
Alizée Chebboub-Courtin
Alizée Chebboub-Courtin
Journaliste sortie de l'Ecole de Journalisme de Grenoble. Fouineuse hyperactive. Social, écologie et féminisme.

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