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Les écologistes ne coupent pas la vidéosurveillance mais freinent son développement
Société 

Les écologistes ne coupent pas la vidéosurveillance mais freinent son développement

par Guillaume Krempp.
Publié le 18 mai 2021.
Imprimé le 24 septembre 2021 à 06:07
5 681 visites. 25 commentaires.

279 caméras destinées à la surveillance du trafic automobile et à la verbalisation, 383 caméras pour faciliter la résolution d’une enquête ou l’intervention de la police, quatre capteurs sonores pour contenter le collectif « Calme Gutenberg » et bientôt de l’intelligence artificielle pour observer les flux de mobilités… Strasbourg et son agglomération regorgent d’outils de surveillance. La municipalité écologiste assure qu’elle n’installera pas de dispositifs supplémentaires tout en promettant une carte des caméras installées dans l’Eurométropole.

En 2020, Strasbourg est la quatorzième ville la plus surveillée de France, selon une enquête de la Gazette des Communes. Le centre de surveillance vidéo (CSV) strasbourgeois dispose de 383 caméras, donc 141 caméras pour 100 000 habitants. Nice, en première position du palmarès, utilise 2 666 caméras en tout, soit 771 caméras pour 100 000 habitants. Troisième de ce classement, Mulhouse dispose d’un total de 265 caméras, soit 240 pour 100 000 habitants.

La municipalité écologiste ne souhaite pas étendre le dispositif de vidéosurveillance à Strasbourg. Une carte des caméras de l’Eurométropole de Strasbourg est en cours de réalisation. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)

La capitale alsacienne figurait en quatrième place d’un classement du même média en 2013. Entre temps, des villes françaises ont fortement accru leurs capacités de surveillance comme Mulhouse, qui a plus que doublé le nombre de ses caméras. Nice a plus que triplé son dispositif de surveillance. Entre 2013 et 2020, le CSV strasbourgeois a tout de même connu une augmentation de 15% du nombre de ses caméras.

Fin de l’inflation de caméras, plus de transparence

La différence entre CSV et SIRAC

Le Centre de Surveillance Vidéo (CSV) relève du service sécurité de l’Eurométropole de Strasbourg. Sa mission porte sur la « protection » des citoyens, de l’accélération d’une intervention en cas de violences à la réquisition d’images dans le cadre d’une enquête de police.

Le Service de l’information et de la régulation automatique de la circulation (SIRAC) opère dans le domaine des mobilités. Il permet de quantifier les flux de circulation pour mieux les organiser et de verbaliser à distance les véhicules en infraction.

La progression du nombre de caméras à Strasbourg devrait cesser avec la majorité écologiste. Caroline Zorn, vice-présidente de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) en charge de la métropole numérique et innovante, décrit la position de la collectivité : « La vidéosurveillance n’est pas une priorité. Globalement, il n’y aura pas d’investissements de la Ville pour des caméras supplémentaires ou autres outils de captations d’images en dehors de l’évolution de la voirie comme de nouveaux arrêts de tram ou de nouveaux croisements qui le nécessitent. »

Pour la présidente du groupe Eurométropole écologiste et citoyenne au conseil municipal de Strasbourg, la priorité est plutôt que « les Strasbourgeois sachent combien il y a de caméras en ville, où sont-elles et quelle est la qualité des images filmées. » Caroline Zorn, qui est également avocate, promet qu’une carte des dispositifs de surveillance dans l’Eurométropole de Strasbourg sera publiée durant le mandat. Les coordonnées géographiques et autres caractéristiques des caméras seront consultables dans une base de données libre d’accès.

Un dispositif à plus de 2 millions d’euros par an

Cette nouvelle orientation politique devrait permettre de freiner l’augmentation du budget dédié à la vidéosurveillance. Selon le rapport d’activité 2016/2017 du centre de supervision vidéo de l’EMS, la maintenance du système informatique a coûté 314 000 euros en 2016 et les travaux d’investissements s’élevaient à près de 600 000 euros. Le même rapport pour l’année 2018 indiquait un coût de maintenance de 436 000 euros et des travaux d’investissements pour le renouvellement et l’extension des équipements à hauteur de 638 000 euros. Quant aux frais de personnels liés à la vidéoprotection, ils s’élevaient à 1,2 million d’euros en 2018.

Au total, les plus de 700 caméras du CSV (383 sur la voie publique et plus de 200 dans des lieux ouverts au public) coûtent chaque année près de 2 millions d’euros à l’Eurométropole de Strasbourg.

De l’intelligence artificielle pour améliorer les mobilités

Au dispositif du CSV, il faut encore ajouter les 279 caméras du Service de l’information et de la régulation automatique de la circulation (SIRAC) à Strasbourg. Depuis plus de 40 ans, ce centre veille sur les mobilités pour repérer les incidents, de même que les ralentissements. En 2019, l’Eurométropole a lancé un système de vidéoverbalisation. La police municipale peut ainsi verbaliser à distance des véhicules en infraction, notamment lorsqu’ils stationnent en dehors des placées dédiées. Seules 143 caméras ont la qualité de prise de vue nécessaire pour verbaliser à distance.

Un an plus tard, le SIRAC a fait l’acquisition de la solution Briefcam. Fin avril 2021, l’outil était encore en cours de paramétrage. Développé par une entreprise israélienne, il permettra à l’EMS de réaliser des comptages de piétons, de cyclistes et d’autres véhicules automobiles. Avant l’acquisition de ce logiciel, un agent devait relire des enregistrements vidéos pour compter manuellement le nombre de vélos sur l’avenue des Vosges pendant 24 heures par exemple. Briefcam permettra bientôt de « visionner une heure de vidéo en quelques minutes, parfois en quelques secondes » et de « faire des recherches par attributs » (couleur, taille ou vitesse). « Ce logiciel nous permettra de mieux faire respecter l’arrêté interdisant le transit aux poids lourds avenue du Rhin, en dressant plus de verbalisations sur les camions sans avoir à réaliser des opérations de verbalisation avec des agents », avance Caroline Zorn.

Nice, Metz, Marseille… Toutes ces villes tentent d’expérimenter des dispositifs qui s’apparentent à de la reconnaissance faciale, toujours interdite en France. Briefcam vend aussi une solution de reconnaissance faciale. À Strasbourg, comme l’assure Caroline Zorn, « il n’y aura aucune capacité de détecter des visages, il s’agit seulement d’automatiser les constats autour de la mobilité. »

Une efficacité à prouver

La municipalité écologiste devra aussi décider de l’avenir de quatre capteurs sonores toujours opérationnels sur les places Gutenberg, Saint-Etienne, Zurich et rue Paul Janet. Installés pour répondre aux demandes du collectif « Calme Gutenberg » entre 2014 et 2016, ces capteurs n’ont jamais cessé de fonctionner malgré le caractère initialement « expérimental » du dispositif. Incapables d’enregistrer des sons, ils doivent permettre à un opérateur du CSV d’être alerté par mail lorsqu’un certain niveau sonore est dépassé. Grâce à une caméra, l’agent peut alors vérifier la nature de la nuisance. Selon Caroline Zorn, la mairie n’a pas encore eu l’occasion de vérifier l’utilité du dispositif :

« Depuis les élections municipales, la mesure du bruit n’est pas significative en ville. On verra vite au mois de juin si ces capteurs sonores permettent aux riverains d’être plus paisibles »

Également conseillère municipale déléguée à la ville numérique, Caroline Zorn affirme « qu’à Strasbourg, il n’y a aucune étude qui prouve une baisse de la criminalité liée aux caméras. Les caméras ne font pas baisser la délinquance, elles augmentent le sentiment de sécurité. » Fin 2020, la Cour des comptes estimait qu’il « aurait été souhaitable, notamment du fait de l’importance des sommes en jeu, qu’une évaluation de l’efficacité de la vidéosurveillance accompagne, sinon précède, la mise en œuvre, de ce plan de développement accéléré. La France se caractérise par la quasi-absence d’enquête scientifique sur le sujet. » Elle réclamait aussi une cartographie précise des systèmes de vidéosurveillance par les collectivités territoriales.

Dans le rapport d’activité 2018/2019 du dispositif de vidéosurveillance de l’EMS, le comité d’éthique liste les futures problématiques auxquelles il sera confronté :

« L’utilisation éventuelle de logiciels de reconnaissance des plaques d’immatriculation dans un champ de mobilité pour les zones à faibles émission ou de délinquance sera également à encadrer. Le développement des drones pour la sécurisation d’évènements, prévus ou de force majeure, pourra être envisagé comme un outil supplémentaire mis à disposition par l’Eurométropole. »

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Article actualisé le 18/05/2021 à 15h56
L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste, en recherche d'enquêtes et d'impacts

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