Épuisés, cinq opposants au GCO mettent fin à la grève de la faim
Environnement 

Épuisés, cinq opposants au GCO mettent fin à la grève de la faim

Ils se sont privés de toute nourriture pendant trente jours. Mardi 20 novembre, les grévistes de la faim restants ont mis un terme à leur action qui visait à interpeller au sujet du Grand contournement ouest (GCO) de la faim. Réunis dans l’église Saint-Michel de Bischheim, ils ont tenu à préciser : la lutte contre le projet autoroutier ne s’arrête pas là.

« On s’est régalés. On a redécouverts des goûts », Michel Dupont, 68 ans, sourit pour conclure une conférence de presse chargé d’émotion. Quelques minutes plus tôt, c’est Elisabeth Dupeux, 66 ans, qui a lu le discours mettant fin à ces 30 jours sans manger. À leurs côtés, Christine Ludes, 51 ans, Rachel Kuhn, 42 ans et Aurélie Kuhn, 35 ans, arrêtent aussi cette grève de la faim. Ils étaient 10 au départ et espéraient un signe du nouveau « Champion de la Terre », le président Emmanuel Macron. Les échanges avec les interlocuteurs locaux étaient dans l’impasse depuis le lancement des travaux. En vain.

Depuis un rendez-vous technique avec une conseillère « territoires », le 4 novembre lors de la venue du chef de l’État à Strasbourg, le collectif n’a aucun retour du sommet de l’État. Au même moment, Emmanuel Macron avait préféré rencontrer les fondateurs d’Europarak, les frères Mack. Ainsi, les 4 femmes et Michel Dupont regrettent le « silence assourdissant des autorités, la violence (…) de Vinci et de ses opérateurs, (…) l’écho insuffisant dans les médias, (…) l’inertie d’une majorité d’élus ».

Mardi 20 novembre, cinq opposants au GCO ont mis un terme à leur grève de la faim. Michel Dupont était affublé d’un gilet vert. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Le risque élevé pour les organes vitaux

Les militants venaient d’entrer dans leur cinquième semaine de grève de la faim : « le moment où le risque d’atteinte aux organes nobles (cerveau, cœur, poumons, foie, pancréas et les deux reins) s’aggrave vraiment », poursuit Elisabeth Dupeux dans son allocution. Le 12 novembre, ils s’étaient déshabillés devant la préfecture pour montrer leurs côtes apparentes et leurs visages émaciés.

Le sixième gréviste de la faim était déjà à bout de forces. Pierre Rosensweig était reparti dans un camion de pompiers. Ils n’étaient plus que cinq, souvent réunis dans l’église protestante Saint-Michel à Bischheim comme depuis 22 octobre, la première paroisse à avoir accueilli ces opposants pas comme les autres.

« Certains pouvaient aller plus loin »

La semaine précédente, la médecin Anny Zorn s’inquiétait déjà de l’état de santé des grévistes de la faim : « Le plus grand risque, c’est l’arrêt cardiaque, surtout pour les personnes âgées de plus de 60 ans. » Elle rappelle que l’alimentation ne pourra reprendre que progressivement pendant « trois à quatre semaines », soit la durée du jeûne. « Le don de leur corps va au-delà », salue Maurice Wintz, vice-président d’Alsace Nature qui avait participé deux semaines avant de reprendre son alimentation pour poursuivre ses cours à l’Université.

Mais les militants anti-GCO n’ont pas arrêté leur grève de la faim pour des raisons médicales. L’absence de réaction des pouvoirs publics, ainsi que du Président de la République, ont principalement motivé les grévistes de la faim : « leur fin de non-recevoir ne valent pas qu’on mette encore plus notre vie en danger. ». « Certains pouvaient aller plus loin », a d’ailleurs souligné Anny Zorn. Mais pas tous, et mieux valait une décision collective au même moment que s’arrêter les uns après les autres, a-t-on appris auprès des ex-grévistes. Ils et elles ont perdu jusqu’à 14 kilogrammes. Ils disent avoir bien vécu cette exposition médiatique nouvelle, grâce aux messages de soutiens et le mouvement du collectif.

Décision importante le 28 novembre

Pour les opposants au projet autoroutier, la lutte ne s’arrête pas là. Le 28 novembre, le tribunal administratif doit se prononcer sur deux arrêtés autorisant les travaux préparatoires du GCO. Le rapporteur public a suggéré l’annulation de ces deux arrêtés de janvier 2017. Un référé sur les travaux définitifs au nord, du côté de Vendenheim, doit aussi être rendu dans la semaine.

De manière plus générale, le opposants annoncent des plantations d’arbres et de végétation sur le parcours de l’autoroute de 24 kilomètres, des oppositions physiques aux travaux « tant que les recours ne sont pas purgés » et la poursuite d’interpellations par la société civile et les élus. Des appels de 250 élus locaux, de 70 parlementaires, mais aussi d’avocats, médecins, syndicalistes (dont la GCT du groupe… Vinci), ou la Fédération des protestants de France ont demandé un moratoire sur le projet, le temps d’étudier les alternatives. Des scientifiques devraient rejoindre cette liste prochainement.

« L’audience a été élargie », positive Maurice Wintz. « Cette histoire a montré que la société est structurée de manière politicienne et non politique », regrette pour sa part le psychiatre engagé Georges Federmann, l’un des six médecins à avoir suivi les grévistes. Les opposants donnent aussi rendez-vous dans les urnes lors des élections européennes en 2019 puis municipales en 2020.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp et Jean-François Gérard
Article d'abord publié à distance

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