« Savoir d’où nous venons et vers quoi nous allons. » Catherine Trautmann, la maire socialiste de Strasbourg, a défendu en début d’après-midi, devant le conseil municipal l’audit financier réalisé par Deloitte, censé permettre selon elle d’obtenir « un regard extérieur et indépendant » sur la situation de la Ville et de l’Eurométropole. « Oui, nous connaissions les chiffres des budgets et du compte financier unique mais nous avions besoin d’un travail complet », a ré-expliqué la maire, qui veut « passer du commentaire aux faits » et « objectiver la situation budgétaire ». Un discours qu’elle a déjà largement tenue auprès de la presse et des élu·es lors de la présentation de l’audit, vendredi 18 septembre.
Deloitte a rappelé son principal constat : la dette de la Ville devrait atteindre environ 500 millions d’euros et elle doit faire un effort conséquent, de l’ordre de 40 millions d’euros par an, si elle veut continuer à investir 600 millions d’euros sur le mandat. Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) y voit « une confirmation d’une trajectoire dont on avait chacun conscience lors des élections municipales » et appelle à réduire les dépenses de fonctionnement, c’est à dire la masse salariale de l’administration, de 7,5 %. Syamak Agha Babaei, dans l’ancienne majorité écologiste, a contesté cette lecture, refusant de parler de faillite ou de surendettement et rappelant les investissements réalisés lors du précédent mandat : « Car derrière chaque ratio, il y a un choix politique. Derrière chaque euro, un projet que nous avons mené. »
Florian Kobryn (LFI) a surtout attaqué la méthode, avec 16 questions posées directement au cabinet Deloitte sur son cahier des charges, la période étudiée, les hypothèses et les comparaisons retenues. Il a accusé la majorité de construire un « narratif » sur des finances dégradées pour préparer un « mandat pour rien ». Pierre Jakubowicz (Horizons), désormais dans la majorité, a, à l’inverse, parlé d’un « moment de vérité et de gravité », estimant que « les intérêts de la dette sont autant de marges de manœuvre perdues pour les politiques publiques ».
Catherine Trautmann a conclu en promettant un mandat qui ne serait pas « celui de l’immobilisme ». « Je ne suis pas redevenue maire de Strasbourg simplement pour gérer la catastrophe », a-t-elle lancé, tout en refusant de faire de la hausse des impôts une solution immédiate : « Il faut chercher toutes les autres solutions et tous les autres moyens. »
Un budget revu à la baisse
La modification budgétaire du budget primitif de 2026 présentée dans la foulée traduit concrètement les premières économies de la nouvelle majorité. La Ville va composer avec 5 millions d’euros de recettes fiscales en moins que prévu, auxquels s’ajoutent 2,5 millions d’euros de dépenses supplémentaires liées aux dotations. Pour Mathieu Cahn, cet écart de 7 millions d’euros impose un premier effort : 4,7 millions d’euros d’économies sur les dépenses courantes. « Freiner ne signifie pas arrêter », a résumé le premier adjoint, assurant que l’objectif est d’adapter le rythme des dépenses aux capacités de la collectivité.
L’investissement est également revu. La Ville retire notamment 16,6 millions d’euros de recettes de cessions qui ne pourront pas être réalisées en 2026 et augmente en parallèle l’emprunt de 15,3 millions d’euros. Dans l’opposition, Florian Kobryn a dénoncé un document où il n’y a « rien de concret, rien de volontariste ». Germain Mignot (PCF) a surtout demandé quelles politiques seraient affectées par ces économies : « À qui accordez-vous une remise ? À qui demandez-vous d’attendre ? » Il a notamment pointé la baisse de crédits consacrés à la végétalisation.
Le sujet de la végétalisation des cours d’école a donné lieu à un nouvel affrontement. La modification budgétaire prévoit 2,2 millions d’euros de crédits en moins pour ces chantiers mais Céline Geissmann, adjointe à la ville éducative, assure qu’« aucune végétalisation » n’est arrêtée et que les opérations seront simplement reprogrammées.
Mathieu Cahn a assumé ces arbitrages comme un « premier correctif ». « Nous améliorons l’autofinancement de 2,5 millions d’euros », a-t-il défendu, citant notamment des économies sur le gardiennage, notamment au barrage Vauban. La modification budgétaire a finalement été adoptée par 45 voix pour, 10 contre et 10 abstentions.
Départ des oppositions
Les conseillers municipaux ont ensuite tenté de s’accorder sur le règlement intérieur (voir notre article dédié). Le sujet, particulièrement sensible puisqu’il régit la manière dont les élus pourront débattre chaque mois jusqu’en 2032, a provoqué une fracture : Catherine Trautmann a tenu à maintenir des temps de parole resserrés et n’a pas voulu entendre parler de textes additionnels à voter. S’estimant humiliés par un passage en force, les élus d’opposition ont tous quitté l’hémicycle.
À Archipel 2, des logements sociaux disparaissent
Après le départ des trois groupes d’opposition, le conseil municipal a poursuivi l’examen de l’ordre du jour. Les quatre délibérations concernant Archipel 2, le vaste projet immobilier du Wacken, ont ainsi été adoptées sans débat en séance.
Elles modifient plusieurs programmes à la demande des promoteurs. Sur le lot D1, les trois logements sociaux initialement prévus sont supprimés. Le tiers-lieu à dimension européenne prévu au rez-de-chaussée est remplacé par un simple local d’activité. Le programme passe parallèlement de 55 à 69 logements en accession à la propriété, tandis que le prix du terrain correspondant est abaissé de 850 à 721 euros HT par mètre carré.
Sur le lot D3, les quatre logements sociaux prévus disparaissent également. Le nombre de logements en accession passe de 45 à 53 et les conditions de vente du terrain sont modifiées.
Le conseil a aussi adopté le report de la vente du terrain destiné au projet pour les femmes en difficulté ou victimes de violences conjugales. Bouygues Immobilier dispose désormais jusqu’au 28 février 2027 pour boucler l’opération. Le programme prévoit notamment un tiers-lieu de 327 m² servant de centre de ressources et 1 107 m² d’hébergement d’urgence, en lien avec Solidarités Femmes 67.
Blue Paper, feu vert à l’extension de l’usine, sous conditions
L’usine Blue Paper, condamnée en juin à 20 000 euros d’amende pour des dépassements de production ayant entraîné des pollutions, demande à augmenter sa capacité autorisée de 1 200 à 1 600 tonnes par jour. La Ville de Strasbourg devait rendre un avis favorable mais Catherine Trautmann a indiqué que cet avis « était conditionné à plusieurs constats, notamment à la position de l’Agence régionale de santé sur la question sanitaire et aux efforts de réduction des émissions polluantes de l’entreprise ».
Les subventions adoptées sans les oppositions
Les nombreux dossiers de subventions inscrits à l’ordre du jour ont ensuite été votés. Ils concernaient notamment les établissements cultuels, les solidarités, l’accompagnement des personnes éloignées de l’emploi, les projets éducatifs, les associations socioculturelles, la culture et le sport.
Une motion de la majorité nommée « Strasbourg s’engage aux côtés des associations féministes et infantistes pour la protection des victimes de violences sexistes et sexuelles » présentée par l’adjointe Marie-No Gandzion, adjointe en charge de la lutte contre les discriminations, a aussi été adoptée.



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