« Après le 31 juillet, on va où ? » La crainte du retour à la rue des sans-abri de l’hôtel Pax
Société 

« Après le 31 juillet, on va où ? » La crainte du retour à la rue des sans-abri de l’hôtel Pax

Depuis le début du confinement, l’hôtel Pax accueille des personnes sans-abri. Mais tous les résidents redoutent le 31 juillet, date à laquelle ils devront quitter l’établissement.

Quelques personnes fument des cigarettes et discutent devant les portes de l’hôtel Pax, rue du Faubourg-National dans le quartier Gare de Strasbourg. Parmi cette majorité d’hommes, certains toquent à la vitre qui donne sur le bar presque vide de l’hôtel. Ils interpellent tout sourire quelques travailleurs sociaux et médecins qui se sont donnés rendez-vous avant une intervention médicale. Touristes et hommes d’affaires sont confinés à la maison.

À l’initiative de l’État, l’hôtel réserve ses chambres jusqu’au 31 juillet pour des personnes sans-abri. À l’entrée, trois colosses sécurisent l’hôtel. Plus loin, des travailleurs sociaux du Service intégré d’accueil et d’orientation du Bah-Rhin (SIAO 67) siègent à la réception. Environ 130 personnes, dont 14 femmes, y sont logées depuis le début de la pandémie. Avant la crise sanitaire, tous étaient SDF, et certains sont étrangers en situation irrégulière. Cette parenthèse à l’hôtel leur permet de se stabiliser.

À gauche, Lagder, à droite Faouzi, résidents à l’hôtel Pax, (rue du Faubourg-National à Strasboug) le temps de la crise sanitaire

Il est 19h30, jeudi 28 mai, quand une dizaine de résidents sortent des chambres, franchissent la cour et récupèrent le repas fourni par un traiteur. Des travailleurs sociaux tendent les barquettes individuelles déjà prêtes. Pour éviter un afflux et maintenir les gestes barrières, la distribution est organisée suivant un roulement par étage. D’autres habitants attendent leur consultation auprès de l’association Médecins du monde.

« On est là pour travailler, mais qui embauche les sans-papiers ? »

Un homme se promène. Il demande une cigarette à un des encadrants. « Un peu plus tard », répond-il. Ici, les cigarettes sont gratuites, mais rationnées. Pour éviter que les fumeurs ne ramassent des mégots et que le virus se propage ainsi, le tabac est financé par des dons sur une plateforme internet.

Plus loin, quelques hommes discutent en arabe. Ils sont originaires d’Algérie et ont entre 30 et 60 ans. Parmi eux, un homme aux cheveux noirs et courts, dont les rides trahissent une cinquantaine d’années. Avant de partir en consultation, l’Algérien explique : « Ça fait un peu plus de cinq ans que je suis en France et à la rue. » Adi a quitté l’Algérie et son travail de fonctionnaire. Mais il ne souhaite pas s’étendre sur les raisons de ce départ.

S’exprimant dans un français clair, il estime à 400 000 le nombre de sans-papier en France : « Qu’est-ce que ça coûterait de nous régulariser ? », demande-t-il. Reconnaissant envers les travailleurs sociaux de l’hôtel Pax, Adi reste en colère : « Ici on ne manque de rien, on est bien encadré. Mais un problème s’impose, après le 31 juillet, on va où ?! » Le lendemain, le 29 mai, il prendra part au rassemblement place de la gare pour la régularisation massive des sans-papier. Le résident temporaire de l’établissement ajoute :

« On n’a pas encore de réponses de la préfecture pour notre demande de papiers et d’hébergement. On est là pour travailler, mais qui embauche des sans-papiers ? »

Adi, résident à l’hôtel Pax pendant la crise sanitaire

Repas chauds, accès à la douche : « Merci le virus »

Attablés à l’ombre, Jamel et Faouzi discutent tranquillement. Le premier a soigné son look, la chevelure bien taillée et arbore une barbe de quelques jours. Il est en France depuis cinq ans et confie : « Je suis divorcé, j’ai deux enfants, j’ai travaillé et je suis à la rue ». Soucieux de l’image qu’il renvoie, il ajoute : « Je n’ai pas de casier judiciaire, je ne suis pas allé en prison. Je suis quelqu’un de stable. » Depuis deux ans, ce père n’a pas vu ses deux enfants installés à Mulhouse. Accompagné par un assistant social depuis quelques jours, Jamel attend la réponse de sa demande d’appartement et celle du tribunal, concernant le droit de visite de ses enfants. Il espère les revoir rapidement.

Jamel, jeune Algérien résident à l’hôtel Pax jusqu’au 31 juillet.

Faouzi intervient. D’une quarantaine d’années, il comprend peu le français, s’exprime par mots-clés et répète le mot « travail ». En France depuis 8 mois, l’Algérien vivait à la rue avant le confinement. Comme Jamel, le petit groupe de sans-abri apprécie l’hôtel, après avoir connu le froid et le manque de sacs de couchage. « Merci le virus », sourit Jamel. Ce dernier est soulagé au Pax : depuis son arrivée ici, il a accès quotidiennement à une douche. Jamel se réjouit également de la récente installation du four. C’est important de manger chaud, insiste-t-il, « sans ressource, on n’a pas le choix ».

Entre-temps, Lagder est venu s’asseoir avec Jamel et Faouzi. Plus âgé, sa démarche est assurée, son crâne est lisse et l’homme porte des lunettes de soleil noires, qui lui donnent une certaine classe. Habituellement, ils ont recours au « 115 », le numéro du Samu social, à composer pour obtenir un hébergement d’urgence. « Quand ça répond », insiste l’un des deux hommes. Cette situation instable est dénoncée par les travailleurs sociaux qui souhaitent voir plus d’hébergements ouvrir de façon pérenne.

L’aide des travailleurs sociaux, « ça nous maintient en vie »

Dans le couloir qui mène à la cour, Magalie marche à pas pressés. Elle est âgée de 43 ans. Comme les autres elle s’interroge : où aller après le 31 juillet ? Avant le confinement, elle dormait dans un parking. La voix rauque, elle raconte : « Vivre dehors 24h/24 c’est fatiguant. Là, on a le luxe de s’endormir dans un lit tous les jours ». À l’hôtel Pax, elle apprécie la disponibilité des travailleurs sociaux. Elle espère que des solutions vont être trouvées :

« S’ils nous ont accueillis pendant le confinement, ce n’est pas pour nous relâcher dans la nature ».

Magalie, résidente à l’hôtel Pax.

Au milieu de la cour, il y a aussi Alexander. C’est un jeune homme qui a quitté la Grèce en janvier, son pays natal, pour trouver du travail en Allemagne. Il ne parle pas français, s’exprime en anglais et se sent seul au Pax. Il fume une cigarette, a les cheveux en bataille, porte un jogging, des bottines marrons et un haut noir sur lequel est inscrit : « Demain je change de planète. »

Alexander, résident de l’hôtel Pax, originaire de Grèce.

Alexander essaie d’expliquer rapidement une longue histoire. Il a d’abord enchaîné quelques petits boulots en Allemagne. Puis la police l’a expulsé vers Strasbourg, où il a fait la manche. À nouveau arrêté par la police, il est interné quelques temps dans un hôpital psychiatrique. Au Pax, il a ainsi trouvé l’aide des psychologues qui lui manquaient à la rue. Inquiet, il doute de la pérennité des aides après le confinement :

« L’aide nous maintient en vie, mais je ne pense pas qu’on en aura après le confinement. Avant le virus, on ne recevait pas d’aide dans la rue, autre qu’alimentaire. À chaque fois que quelqu’un a besoin d’aide, c’est trop tard… »

Alexander, résident à l’hôtel Pax, d’origine grecque.
L'AUTEUR
Clara Depoers
Clara Depoers

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