J’ai testé la vie (de famille) sans argent
Mariée, deux enfants
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J’ai testé la vie (de famille) sans argent

actualisé le 25/07/2012 à 18h03

Sans dépenser pendant une semaine, plus de cuisine faite maison (Photo MM)

L’idée m’est venue en lisant un article du magazine Terra Eco. Son titre : « J’ai testé la vie sans argent ». La journaliste, célibataire et sans enfant (du moins elle n’en parle pas), a joué le jeu pendant une semaine sans trop de soucis. Qu’est-ce que ça donne à Strasbourg, et surtout avec deux têtes blondes de moins de 4 ans ? Et bien, pour une bobo du centre-ville comme moi, ce n’est pas simple !

BlogJour 1 – jeudi 5 juillet. Je suis motivée, très motivée. Le réfrigérateur est raisonnablement rempli. Je n’ai pas spécialement anticipé l’expérience, histoire de voir où ça coince le plus vite… Mon mari a pour consigne de ne rien acheter d’inutile (ce n’est pas son genre de toute façon) et surtout de ne rien acheter pour moi. De mon côté, je m’interdis de lui demander quoi que ce soit. 8 heures, je glisse un brugnon dans mon sac pour mon en-cas de 10h30 au bureau. Pas besoin de lunch box, j’ai une invitation presse à l’heure du déjeuner, ça tombe bien. J’aime mon boulot. Je gère, ça va être facile.

Et puis non, en fait. A 16 heures, je me rappelle que je dois aller chercher depuis plusieurs jours une paire de chaussures chez le cordonnier. « C’est 10€ madame. Non, je ne prends pas la carte bleue, il faut retirer au distributeur, juste au coin. » Ok, le distributeur propose un retrait minimal de 20€…

A 17 heures, mon enfant n°2 est récupéré à la crèche. Son syndrome pieds-mains-bouche a empiré, les boutons sont infectés, il faut l’emmener chez le pédiatre. Ouf, ce dernier affiche complet ce soir-là, je me rabats donc sur le généraliste : je paye la consultation 6,60€ (tiers-payant au régime général) au lieu de 35 à 50€ chez le spécialiste (fourchette des tarifs à Strasbourg). Ça tombe bien, il me restait 10€ après le passage chez le cordonnier… Re-ouf, les médicaments sont entièrement remboursés par le combo Sécu-mutuelle. Je récupère mon panier de légumes avant de rentrer à la maison. Il est payé d’avance tous les six mois (environ 10€ par semaine). Bilan de ce premier jour : 20€ retirés, 16,60€ dépensés. Mais si je ne payais ni mutuelle, ni maraîcher à l’année, la note aurait été plus salée…

Adieu concert, adieu fromages…

Jour 2 – vendredi 6 juillet. La journée commence mal. Il n’y a plus ni lait frais, ni fruits, ni yaourts pour les enfants. Mon mari se dévoue, c’est lui qui va dépenser les 8€ et des brouettes nécessaires. De mon côté, je pars travailler avec une boîte de maïs et une autre de thon dans le sac. Je n’ai pas les bons réflexes, j’ai oublié de me préparer quelque chose de bon pour midi… Heureusement, je peux finalement rentrer déjeuner. Après-midi avec les enfants. On reste tranquille à la maison, moi à travailler, eux à jouer.

Et puis finalement, je ne résiste pas à faire un tour en ville, malgré les multiples tentations que cela entraine, ne serait-ce que pour les enfants. Plutôt que d’aller au manège ou manger une glace, on va faire un petit tour à l’exposition de photos de Lewis Carol à la galerie La Chambre, place d’Austerlitz. Les petits réclament à boire. Vade retro la terrasse de café qui nous tend les bras, on demande gentiment un verre d’eau au galeriste. Pas de passage ni au vidéo club, ni chez le fromager, ni chez le caviste. Bon. Je prends conscience de mes habitudes de consommation, qui mine de rien, pimentent mon quotidien.

Dans la journée, je fais quelques recherches sur les loisirs et services gratuits à Strasbourg. Je sais que nous avons une sortie programmée de longue date le lendemain et les 35 à 55€ de baby-sitting qui vont avec. Les sites d’échanges de services, comme Le Bon échange ou Voisineo, ne sont pas très engageant et ne proposent pas grand chose, voire rien du tout à Strasbourg. Un petit peu plus de propositions sur le site Don contre don, mais dans le domaine du matériel technique (bricolage, équipement sportif, électroménager…). Je trouve également, dans un autre registre, le Réseau d’échanges réciproques de savoirs de Strasbourg, installé à La Ruche, dans le quartier de la Montagne Verte. Tout ça ne va pas beaucoup m’aider pour ma garde d’enfants.

Une baby-sitter et un craquage

Jours 3 et 4 – samedi 7 et dimanche 8 juillet. Je suis enthousiasmée par cette expérience ! Ce week-end a été ultra-productif. Je n’ai jamais autant cuisiné de ma vie : gâteau, tartinade, couscous, salade de fruit, thé glacé… Je prends conscience de tout ce que l’on peut faire soi-même et du potentiel de ce qu’il y a dans mes placards. Certains me jugeront sévèrement à la lecture de ces lignes. Enfant gâtée, bobo consommatrice, poil dans la main, etc. Je le mérite, je ne sais pas faire grand chose en cuisine, mais là, ce petit stage m’a fait le plus grand bien et, surtout, sans dépenser un sou.

Avec les enfants, pas de souci. Ils ont joué à la maison et en forêt (on a mis 10€ d’essence dans la voiture pour aller jusqu’à Offendorf, en bordure du Rhin). Pas de virée en ville et d’achats intempestifs qui vont souvent avec. Mais il y a un mais. Un gros fail : le coût du baby-sitting de samedi soir, 54€, payés moitié-moitié avec mon mari. Ouch. Pour ne pas arriver les mains vides chez nos amis, pas de passage à la caisse : j’ai fait un cake sucré et nous avons pris une bouteille que nous avions en stock. Pour me rattraper, j’ai préparé soigneusement un repas pour le lundi midi, histoire d’être sûre que je ne me rabattrai pas sur un sandwich industriel… J’ai également mis en place un système de liste de courses avec les indispensables à acheter jeudi, une fois la semaine (à peu près) sans argent terminée. Un gros progrès par rapport à mon habitude de courses le nez au vent, en rentrant avec des choses inutiles et une facture jusqu’au sol.

« Vous prenez les chèques ? »

Jour 5 – lundi 9 juillet. Tout allait bien, j’avais déjeuner d’un frichti fait-maison et puis toc. Migraine et une seule envie : du fromage. J’ai eu la main leste : 37€ chez le fromager. Mon mal de tête s’est arrangé, mais je m’en veux. Surtout que le lendemain mardi, j’ai rendez-vous avec un spécialiste non-remboursé par la Sécu. Bam : 60€.

Jour 6 – mardi 10 juillet. J’ai trouvé la parade chez le médecin, un bon vieux chèque à encaisser dans quelques jours. A midi, grand moment de solitude au bureau, alors que tout le monde déjeune à l’extérieur. Une fois grignotés mon fromage et mes épinards aux noisettes faits de mes blanches mains, je broie du noir. Et sors finalement (les mains vides, sans sac) me faire dorer au soleil sur les transats de Rivétoile. Et puis, au lieu de flâner dans les boutiques, je monte au 5ème étage de la médiathèque Malraux. Non, parce que la bibliothèque, quand on emprunte pas, c’est gratuit. Plus que 24 heures…

Jour 7 – mercredi 11 juillet. Une journée de travail et un déjeuner à la maison. J’ai résisté aux gâteaux industriels achetés sous le coup d’une petite faim, les pâtisseries pour le dessert, le vidéo club qui me tendait les bras (3,50€ les trois jours de location). Bilan des courses (héhé) : 84€ pour ma pomme, entre 100 et 150€ en y ajoutant ce qu’a dépensé mon mari (mais a-t-il tout déclaré ?). Ce qui m’a mis dedans : la baby-sitter et le craquage fromager de lundi.

En conclusion : ce ne sont pas les enfants qui font marcher la planche à billets. Ce qu’il leur faut, c’est du frais à acheter tous les trois ou quatre jours (fruits, yaourts, lait). Le reste, ils s’en passent bien volontiers si on les occupe autrement, gratuitement. Les quelques réclamations (manège, ballons, etc.) ont rapidement été oubliées.

Lutte contre les achats compulsifs

Pour ma part en revanche, il y a du boulot. Travailler au bureau (loin de sa cuisine) nécessite de préparer des plats. Il n’est pas toujours possible d’être sur-place à midi (reportage, etc.) et surtout difficile de toujours prévoir. De même, mes habitudes culinaires ont parfois été frustrées et mes habitudes « sociales » avec (restos, apéros en terrasse, glaces au parc avec les enfants, etc.). Côté loisirs, c’est plutôt facile si l’on veut bien s’en donner la peine : la ville offre toutes sortes d’options : médiathèques, expos, concerts (Live on Docks) ou musées gratuits (payés avec nos impôts tout de même…) ou à tous petits prix. C’est inestimable et sous-utilisé pour ma part.

Le plus facile finalement a été de me passer du superflu : achats de fringues en soldes, passage rapide au supermarché pour acheter des choses dont on n’a pas vraiment besoin, etc. Points très positifs : une purge pour les placards de la cuisine, prise de conscience de trop acheter, et une pause pour mon compte en banque. A refaire… tous les mois ?

La réponse aux nombreux commentaires à lire par là.

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L'AUTEUR
Marie Marty
Marie Marty
Journaliste indépendante, co-fondatrice de Rue89 Strasbourg. Membre de l'association des Journalistes - écrivains pour la nature et l'écologie.

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