En Thaïlande, impressionnée par la puissance de la forêt tropicale de Khao Sok
Le Blog Trotteur
Ils sont Strasbourgeois, ils sont partis aux antipodes et ils partagent dans ce blog leurs cartes postales et leurs rencontres.
blogs  Le Blog Trotteur 

En Thaïlande, impressionnée par la puissance de la forêt tropicale de Khao Sok

Après avoir parcouru les montagnes du nord de la Thaïlande, j’ai pris le train vers Sura thani, au sud-est de Krabi, avec pour objectif de découvrir Khao Sok, un parc national protégé exceptionnel et encore assez méconnu. Après avoir passé Noël sur le lac Chiew Larn, je suis remontée vers Nong Khai, petit village au bord du Mékong et à la frontière avec le Laos.

Je me suis rendue à Khao Sok après avoir entendu vaguement parler d’un immense lac vert, d’où émergent d’impressionnants pics karstiques recouverts d’une jungle luxuriante. Grande amoureuse de la nature, je ne pouvais passer à côté de ce joyau naturel de la Thaïlande.

Vieille de 160 millions d’années, la jungle de Khao Sok donne la sensation de mettre les pieds sur un sol qui n’avait jamais été foulé auparavant. S’étendant sur 740 km2, sa forêt regorge d’une végétation luxuriante et est habitée par une grande diversité animale. Lorsqu’on y entre, les sons qu’on y entend nous plongent directement dans un remake de Jurassic Park. Quelle sensation incroyable que de s’aventurer dans des zones aussi sauvages, comme si l’on revenait aux origines du monde. Tout y est exubérant, excessif. De la végétation qui nous enveloppe de ses lianes, encadrée par des bambouseraies géantes ; à sa rafflesia d’un rouge flamboyant, fleur parasite la plus grande au monde, sans compter ses arbres de plus de 65 mètres de haut…

Les bambouseraies dans la jungle de Khao Sok. (Photos Emma Schneider / Rue89 Strasbourg)

Dans la jungle de Khao Sok, on se sent minuscule.

J’ai également été saisie par un bruit d’une force incroyable dès lors que je suis entrée dans la forêt. Un son inconnu, qui après m’être renseignée est celui de la plus grande cigale au monde la « Mégapomponia ». En l’entendant, j’ai réellement eu du mal à croire qu’il s’agissait d’un insecte tant son chant était assourdissant.

L’entrée du parc se situe à quelques mètres du minuscule village de Khao Sok. De là, on peut partir sur de multiples sentiers s’enfonçant dans la jungle et se divisant ça et là pour descendre vers la rivière ou les cascades où il est possible de se baigner. Quel bonheur que de plonger dans les eaux claires dans un paysage préservé et désert, où seuls les singes sont venus me rendre visite du haut de leurs immenses palmiers. La sensation de retour aux sources, d’union avec la nature est grisante.

La végétation est luxuriante à Khao Sok.

Et au milieu coulait une rivière.

Il n’est pas rare non plus de croiser des singes sur son chemin : Gibbons ou macaques qui font barrage sur la route comme des gardes frontières aux limites de leur maison, de leur territoire. Plutôt que de prendre un bâton, pour les effrayer et pouvoir passer, comme le font certains, j’ai préféré m’asseoir par terre et les laisser m’examiner. Sensation très bizarre et très intense à la fois, de se retrouver parmi des singes non apprivoisés, et de sentir que ce ne sont pas eux les « bêtes de foires » mais bien moi qui attise la curiosité et les questionnements.

J’ai vécu un moment qui restera pour moi très marquant, lorsque le chef de famille, positionné à quelques centimètres de mon visage, me regardait droit dans les yeux, tout en me touchant le visage, comme en signe de reconnaissance. Cet instant avait quelque chose de très humain ; c’était déroutant de sentir à quel point nos deux espèces sont proches.

Dans le jungle de Khao Sok, ce sont les singes qui décident de ton droit de passage.

Mais les singes ne sont pas les seuls habitants de ces lieux. La jungle de Khao Sok est occupée par un nombre important d’espèces animales, telles que des serpents : cobras, boas… des cerfs, des éléphants, une multitude incroyable d’insectes, d’araignées, et même des guépards.

La nature exceptionnelle de Khao sok.

Les cascades et rivières sont nombreuses dans le parc.

Dans la jungle, on retrouve des endroits totalement vierges et à la végétation luxuriante où l’on peut se baigner.

Le lac de Chiew Larn, bijou vert émeraude

Merveille paradisiaque située dans le parc de Khao Sok, le lac de Chiew Larn, reflète la couleur verte des pics karstiques envahis de végétation qui émergent de sa surface miroitante. Lac artificiel, il s’est formé en 1982 avec la construction du barrage Rachabrapha Dam « la lumière du royaume ». Baptisé ainsi en mai 1987 par le roi, le jour de son 60éme anniversaire, il devait servir à la production d’énergie, la maîtrise des crues, l’irrigation et la pêche.

Vue depuis nos bungalows sur le lac de Chiew Larn.

C’est en 1982 que l’EGAT (Electricity Generating Authority of Thailand) a commencé à bloquer la rivière Klong Saeng, inondant en un an la vallée, sur plus de 165 mètres carrés. Il a fallu déplacer et reloger 385 familles, pour pouvoir mener à bien ce projet. En compensation, chaque famille a bénéficié de quelques acres de plantations de caoutchouc, d’un terrain pour leurs maisons privées et de 1 000 bahts (environ 9 euros) de revenu mensuel. La réinstallation des animaux a eu lieu quant à elle par hélicoptère et bateau afin de leur éviter de mourir noyés.

Les pics karstiques qui émergent du lac de Chiew Larn.

Floating bungalows pour touristes

Dix-sept villages de « floating bungalows » ont été construits autour du réservoir afin d’accueillir les touristes pour une nuit. Chaque village est situé dans sa propre baie, les bungalows flottent sur des radeaux amarrés à la terre. Seuls les descendants des premiers habitants du village de Cheow Lan et les responsables du parc national possèdent des licences leur permettant d’exploiter ces bungalows.

Nous étions allé à Khao Sok avec pour objectif de passer la nuit de Noël au milieu du lac. Et nous n’avons pas été déçus. Les bungalows sont accessibles depuis le barrage, d’où l’on prend un longtail (bateau longue queue) pendant une heure. Quel bonheur de fendre le lac à la surface de l’eau claire, avec pour seul environnement l’immensité et des pics karstiques plus impressionnants les uns que les autres, habillés d’une végétation luxuriante, qui nous fait nous sentir minuscules. Des paysages vierges et purs, qui nous font nous sentir ignorants. La jungle est si vaste, qu’une vie ne suffirait pas à la parcourir.

Il est difficile de dire à quel moment le paysage est le plus beau : au réveil, lorsque la brume s’accroche au sommet des rochers, donnant un aspect fantomatique aux branches émergeant de la surface du lac ; la nuit, lorsque le ciel reflète ses étoiles sur le miroir immobile du Chiew Larn, ou pendant la journée, lorsque le soleil éclaire la beauté environnante dans un calme paisible.

Coucher de soleil se reflétant sur le lac de Chiew Larn.

Des branches d’arbres émergent du lac, formant des ombres fantomatiques.

La grotte de Nam Talu, une expédition immergée

Après avoir déposé nos affaires, nous sommes repartis pour la forêt où nous avons fait un trek dans la jungle, traversant les rivières, grimpant aux rochers et s’accrochant aux lianes, jusqu’à l’entrée de la grotte. Nam Talu est une grotte immergée, il est donc impossible d’y entrer en temps pluvieux car l’eau y est trop haute. On la traverse durant une heure, en marchant dans l’eau, et en observant les stalactites, les chauves souris, et les araignées. Depuis le début de notre voyage, c’est la première grotte où nous en avons vu autant : des centaines d’araignées-scorpions. Grandes et très fines,elles ont une sorte d’aspect gelé, comme si elles étaient recouvertes de givre bleuté. C’est très beau.

Petite baignade impromptue pendant le trek dans la jungle.

On marche tout du long les pieds dans l’eau, la lampe sur le front, essayant de garder l’équilibre sur les rochers et dans les creux de la grotte. Parfois il faut descendre dans des chutes d’eau, et on s’enfonce à plusieurs reprises dans des zones où l’eau monte jusqu’au menton. La sortie se fait par une cascade. Retour dans la jungle, trempés mais heureux, avec le sentiment d’avoir vécu une belle aventure. Après avoir fait le chemin inverse, nous avons passé la soirée entre grillades de poisson, baignade à partir de notre bungalow, et nuit au son de la guitare, sous le ciel étoilé se reflétant dans le lac.

Nong Khai, petite bourgade au bord du Mékong

Après Khao Sok, puis un saut par Bangkok pour un nouvel an épique ; nous sommes partis passer deux jours à Nong Khai avant de quitter la Thaïlande pour le Laos. Beaucoup de voyageurs ne font que passer à Nong Khai afin d’emprunter le pont de l’Amitié qui mène au Laos. C’est pourquoi nous n’y avons croisé quasiment aucun touriste. Nous avons ainsi pu apprécier une petite ville pleine de charme sur les rives du fleuve.

Coucher de soleil sur le Mékong depuis Nong Khai, petite bourgade thaïlandaise à la frontière avec le Laos.

Des moines bouddhistes se promènent sur le front de rivière de Nong Khai. Les temples bordent la route.

Le soir, le Mékong change régulièrement de couleur, et une sorte de brume s’y accroche le rendant d’autant plus mystérieux.

Il y fait bon vivre. La journée on y trouve le marché indochinois lao-thaï très authentique de Tha Sadej, et le soir son front de rivière piétonnier s’anime au coucher du soleil. Plusieurs restaurants installent leur tables au bord de la rambarde ainsi que des paillasses pour s’asseoir en tailleur et partager une « pierrade » typiquement asiatique, avec une vue imprenable sur le fleuve. La promenade est bordée de lampadaires ornés de dragons sculptés, et des temples s’ajoutent à ce décor paisible.

Nong Khai est typique de la culture Isan reconnue pour sa belle ouverture d’esprit. Lors de la guerre du Vietnam, elle accueillit de nombreux migrants laotiens, chinois et vietnamiens,s’enrichissant ainsi d’un nouveau dynamisme et d’une grande diversité culturelle. Mais si nous nous sommes arrêtés à Nong Khai, c’était surtout afin d’aller voir le fameux et très étonnant parc de Sala Keo Ku.

Le temple de Sala Keo Ku, et son parc de sculptures étranges

Sala Keo Ku est un site incontournable de Nong Kai. Il est composé d’un grand nombre de sculptures plus impressionnantes les unes que les autres, œuvres sorties tout droit de l’imagination de l’artiste Luang Pu Bunleua Sulilat. Celui-ci a acheté le terrain en 1978 après avoir été exilé de son Laos natal et avoir commencé à y créer un parc semblable, le Budhha Park.

Le parc de Sala Keo Ku et ses impressionnantes statues.

Une des nombreuses statues à Sala Keo Ku.

A Sala Keo Ku, les statues atteignent les vingt mètres de haut. Inspirées du bouddhisme et de l’hindouisme, elles représentent des déesses aux multiples bras, des serpents (nagas), des hybrides mi-humain, mi-animal, ainsi que Bouddha à différents stades de sa vie. Ce paysage étrange aux aspects fantastiques est parfois presque dérangeant, son créateur étant connu comme un artiste mystique à l’imagination débridée.

Au centre du parc, se trouve un cercle dans lequel on entre par une bouche géante, représentant la matrice. Les sculptures disposées à l’intérieur correspondent au cycle de la vie, de la naissance à la mort. Chaque statue raconte une histoire. J’ai particulièrement aimé celle d’une statue que j’ai revu régulièrement et qui représente un personnage mi-humain mi-serpent. Sa bouche englobe le soleil tandis que l’on retrouve la lune sur sa queue.

La statue de Rahù, qui représente l’éclipse.

Dans la mythologie hindouiste et bouddhiste, à l’origine, Svarbhanu était doté d’un corps comme tous les asuras (démons). A l’issue du Barratage de la mer de lait, il déroba la liqueur d’immortalité des dieux « l’amrita ». La lune et le soleil, qui l’avaient vu faire, le dénoncèrent alors à Indra. Celui-ci lui trancha la tête avant qu’il n’eut fini de boire la liqueur, la laissant errer seule, immortelle. Le corps devint le démon serpent Ketu et la tête le démon Rahu. Il erre depuis dans l’espace et pour se venger du soleil et de la lune, il tente inlassablement de les dévorer. Mais comme il n’a plus de corps rattaché à sa tête, ceux-ci s’échappent. Selon les bouddhistes, c’est l’origine de l’éclipse.

Après ces derniers jours à la frontière, j’ai traversé le pont de l’amitié et mon voyage continue maintenant au Laos, pays énigmatique de la péninsule indochinoise.

Voir tous les articles de ce blog
L'AUTEUR
Emma Schneider
Emma Schneider

En BREF

Des riverains obtiennent la fermeture temporaire du Local, bar à concerts de la Krutenau

par Tristan Kopp. 5 064 visites. 15 commentaires.

Venu de l’Ouest, Actu.fr se lance à Strasbourg

par Jean-François Gérard. 1 512 visites. Aucun commentaire pour l'instant.

Trois syndicalistes de France Bleu assignés en justice par leur direction

par Pierre France. 3 528 visites. 5 commentaires.