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La refondation de l’Education nationale n’est pas pour demain
Eduquons, éduquons...
C'est en saignant qu'on devient enseignant.
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La refondation de l’Education nationale n’est pas pour demain

par Mr Boum.
Publié le 31 octobre 2012.
Imprimé le 28 mai 2022 à 19:12
2 491 visites. 4 commentaires.

Le lycée Chopin à Nancy, construit en 1956 (Photo Alexandre Prévot / FlickR / CC)

Heureuse l’Education nationale qui se voit appointée priorité du nouveau gouvernement ! A nous les milliards d’euros, les recrutements de profs, et les réformes abondées. Avec la volonté affichée par Vincent Peillon, qui pourrait douter d’une refondation de l’école publique réussie ? Chiche ?

BlogLe cap du quinquennat est donc fixé, il s’agit de penser et de panser l’école, ce sera la jeunesse de France qui bénéficiera des largesses de l’Etat hollandais. Et pour qu’elle pousse droit, on lui adjoindra en sus de cours de morale laïque (par exemple : prôner la légalisation du cannabis, est-ce bien ou mal ?), des enseignants recrutés au nombre de 60 000 sur 5 ans. Un simple calcul (désormais de niveau terminale S) permet de conclure qu’après la suppression de 80 000 postes sous l’ère Sarkozy, la République se trouvera en 2017 avec 20 000 enseignants de moins que dix ans plus tôt. Mais avec beaucoup plus d’élèves ! Car le baby-boom des années 2000 a déjà commencé à envahir les salles de classe de l’école républicaine, salles de classes dans lesquelles les troupeaux d’élèves entassés par 30 dès la maternelle et par 35 au lycée se sentent dangereusement à l’étroit.

Les établissements –saignés à blanc avec vigueur pendant cinq ans- sont exsangues, le mammouth a été dégraissé, on touche l’os.

On a l’argent, mais où sont les candidats ?

Hourra ! L’éducation nationale, après avoir fermé les vannes, va les rouvrir toutes grandes pour recruter des pédagogues. Mais quels pédagogues ? Alors même que les postes offerts aux concours ne trouvaient déjà pas toujours preneurs faute de candidats motivés au niveau suffisant, où va-t-on dénicher des étudiants prêts à servir leur pays et à participer au redressement souhaité ? A l’heure où étudier les maths permet d’empocher à Londres des millions en spéculant sur la dette de la Grèce, qui serait assez fou pour passer le CAPES et débuter à Argenteuil une brillante carrière de punching-ball pythagoricien à 1 650 euros par mois ? Et si l’on donnait aux 140 000 jeunes qui quittent chaque année le système scolaire sans diplôme une réelle deuxième chance ? Ouvrons-leur des postes ! Ils feront sans doute d’excellents professeurs, avec leur connaissance pointue des failles du système.

Si l’on comprend bien le ministre Vincent Peillon et le Président de la République, il est donc temps pour les enseignants de se retrousser les manches : car travailler une demi-journée de plus par semaine en primaire, partir pour la énième fois à la reconquête du mois de juin au lycée, préparer l’école du futur en relevant le défi du numérique, conjuguer l’excellence avec la massification, cela ne va pas se faire en claquant des doigts. Il va falloir s’y mettre, s’y remettre, creuser profond pour que les nouvelles fondations soient solides, mais pour moins cher. Le gel du point d’indice de la fonction publique fait perdre de l’argent aux supposés hussards de la République qui n’ont même plus la sucette des heures supplémentaires défiscalisées pour les pousser à construire un avenir meilleur.

Travailler plus pour gagner moins

Hollande aura donc réussi à inverser et dépasser le slogan de Sarkozy : ce sera désormais travailler plus pour gagner moins ! El presidente n’est pas avare de belles formules alliant « tradition et modernité », « feuille de route et lisibilité », « rigidité et souplesse », « grandes idées et passion du détail ». Allons presidente, ne nous payons pas de bons mots, mais payons correctement les enseignants pour rendre attractive cette noble carrière où Peillon voit « des milliers de dévouements anonymes », on entendrait presque : « bénévoles ».

Par chance, les enseignants répugnent à exiger plus d’argent, ils se sentent presque coupables à l’idée de réclamer une augmentation, ils ont une pudeur pécuniaire de gauche. Ils n’ont pas sur ce point l’aisance des grands patrons scandalisés par la taxation des revenus supérieurs à un million d’euros. Ils ont beau savoir qu’ils sont moins bien payés que la moyenne des enseignants des pays de l’OCDE, que leur pouvoir d’achat est en chute libre depuis vingt ans, ils sont soumis à la fatalité de la crise, ils ont intériorisé le discours réprobateur de ces vacances pléthoriques, de ces jean-foutres, de ces feignants de première et ils préféreront toujours quémander des heures sup’ à leur supérieur ou donner quelques cours particuliers pour rembourser le crédit immobilier qui s’éternise, plutôt que d’empêcher le bac d’avoir lieu si un peu plus de maille n’arrive pas à la fin du mois. Si des étudiants se lancent dans le professorat, ce sera bien sûr par vocation, par volonté de servir leur pays…

Des classes avec un prof, mais quel est l'efficacité de l'enseignement avec 35 élèves ? (Photo FlickR / CC)

Un enseignant devant chaque classe, peu importe l’enseignant ou la classe

Mais les caisses sont vides, l’État est en faillite, le monde est au bord du gouffre ! Il faut déjà déshabiller Paul pour habiller Jacques, se priver de facteurs, de policiers, d’infirmiers pour pouvoir se vanter d’avoir des enseignants devant les classes ! Car dans le meilleur des cas, on en est là : à se satisfaire que chaque classe ait un enseignant à la rentrée. Pour cela, on n’a pas hésité ces dernières années à recourir massivement aux contractuels, aux petites annonces, à faire de l’accompagnement personnalisé en classe entière, à réduire le nombre d’heures d’enseignement par une réforme du lycée en trompe-l’œil. Sur tous ces points, le changement est-il pour maintenant ? Quand y-aura-t-il plus de maîtres que de classes alors qu’il y a actuellement moins de maîtres que de classes ?

Mais alors, que faire en attendant? Une stratégie éprouvée consiste pour nos dirigeants à prendre de la hauteur. A quitter la zone honteuse et coûteuse des moyens. A s’élever aux principes. Aux valeurs. Aux idéaux vibrants. Ou alors à descendre dans les soutes où les aspects techniques pullulent. Dans tous les cas, les journaux auront de quoi imprimer.

Pour la carte scolaire, il faudra se fixer des « objectifs clairs » : mais lesquels ? Et comment la mixité sociale pourrait-elle devenir une réalité dans les établissements sans une politique directive en la matière ? On entend d’avance hurler les chantres bourgeois de la liberté si leur progéniture dorée était conduite à fréquenter malgré elle les enfants du prolétariat, ces fils et filles d’ouvriers, de chômeurs satisfaits, de bénéficiaires opulents du RSA, jeunesse des banlieues au français vulgaire et à la morale douteuse.

Des débats « poudre aux yeux » alors que la malaise est profond

Sur le plan pédagogique, il faut que tout change pour que rien ne change. L’usine à gaz du livret de compétences a de beaux jours devant elle. La suppression des notes va passionner la France à peu de frais. Le choix cornélien entre faire travailler nos bambins le samedi matin ou le mercredi matin va mettre le feu aux forums sur l’internet. Le renoncement à l’évaluation chiffrée va diviser les salles des profs. La remise en cause du redoublement va ulcérer les uns et satisfaire les autres (et permettre des économies).

L’antienne de « l’orientation choisie plutôt que subie » est resservie bien tiède et ce n’est pas « un service public régional d’orientation » qui va compenser la cascade de fermeture des postes de conseillers d’orientation psychologue. Si « l’essentiel c’est l’avenir », si « le changement c’est maintenant », du passé ne faisons surtout pas table rase semble dire le ministre-philosophe qui ne remet pas en cause les réformes pédagogico-comptables de ses avares prédécesseurs.

Bien sûr, on ne peut que se féliciter d’entendre nos dirigeants tenir un discours volontariste et positif sur l’école et les enseignants qui forment aujourd’hui la jeunesse, pour que demain la France puisse « tenir son rang dans la compétition », et quelques pansements ne sont pas de trop sur un grand corps malade, mais un malaise profond existe dans le corps professoral, malaise matériel et moral, dont l’ampleur n’a pas forcément été mesurée et dont la gravité attend des remèdes plus forts.

Le Parti socialiste aime les enseignants qui le lui rendent bien dans les urnes, mais jusqu’à quand ? Alors même qu’on remet l’éducation au centre des débats et que la crise fait rage, devraient-ils encore se plaindre, ces privilégiés de l’emploi à vie, ces planqués à la santé chancelante, plus absentéistes que leurs élèves, toujours prêts à se mettre en grève et à déambuler sur les boulevards des grands noms de la patrie ? Eux-mêmes ne le savent plus trop. Ils sont essoufflés. Dépités par des programmes au rabais, impuissants pour bon nombre d’élèves égarés, ils observent leur ministre Peillon, pour voir…

Pas sûr alors que ces enseignants recrutés parmi les cancres, payés au lance-pierre, débordés par une génération de baby-boomers déjà marqués au sceau de la crise permanente, deviennent les redresseurs d’espoir ou les moines-pédagogues du « droit à l’espérance » cher au président, un droit qui cela va de soi, ne mange pas de pain.

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L'AUTEUR
Mr Boum
Mr Boum
Enseignant à Strasbourg.

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