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Immersion au Laos, pays parmi les plus pauvres de la planète

actualisé le 26/03/2018 à 16h12

Après avoir passé deux mois à sillonner la Thaïlande qui a connu ces vingt dernières années une croissance économique fulgurante reposant essentiellement sur le tourisme ; je suis partie pour le Laos dont le niveau de développement est bien en dessous de tout ce que j’avais pu voir auparavant.

Le Laos (ou république démocratique populaire lao) a été décrit pendant longtemps comme un pays isolé, dépourvu de projets géo-économiques. C’est seulement en 2004 que les quatre pays les plus pauvres d’Asie du Sud-Est : le Cambodge, le Laos, la Birmanie et le Vietnam se réunissent en sommet pour la première fois afin de trouver des solutions communes à leur retard de développement vis-à-vis des pays émergents du continent.

Au Laos, la guerre avait détruit une partie du pays et fait de nombreuses victimes, les bombardiers de l’US Air Force ayant déversé sur le pays plus d’explosifs que sur toute l’Europe durant la seconde guerre mondiale, lui décernant le triste titre de pays le plus bombardé au monde. Plus de 270 millions de bombes ont été lâchées sur le territoire pour couper les routes de ravitaillement avec le pays voisin, le Vietnam.

Mais l’armée américaine s’est également servi du Laos pour se délester de bombes quand la cible originelle n’était pas atteignable et qu’il était trop dangereux pour les avions d’atterrir avec ce chargement. Plus d’un demi-siècle après la guerre du Vietnam, les bombes américaines sont toujours présentes au Laos et continuent de faire des ravages : près de 20 000 personnes ont été blessées ou tuées depuis la fin du conflit.

Les habitations de certaines familles au Laos. (Photos Emma Schneider et Floriane kerbouch)

Sur les routes du Laos.

Un enfant travaille avec sa mère.

Aujourd’hui pourtant, le Laos envisage son futur économique avec espoir. De nouvelles infrastructures ont été installées, mais des conflits sont apparus entre populations urbaines et rurales, tenues à l’écart du développement économique alors que les campagnes souffrent d’une corruption généralisée.

L’un des régimes les plus répressifs de toute l’Asie

En 2017, deux hommes et une femme se sont vu infliger des peines allant de douze à vingt ans de prison pour avoir publier sur Facebook des commentaires négatifs sur le gouvernement laotien. Le procès avait eu lieu à huis-clos et été dénoncé par Amnesty International comme une sorte de «  disparition forcée ». La presse aux ordres du régime, seule autorisée, n’a jamais fait mention de ces condamnations.

Au Laos, la population n’ose plus émettre de critiques ou de réserves contre le gouvernement, suite aux peines excessives infligées aux réfractaires, lorsque ce ne sont pas des disparitions suspectes. En 2012, Sombath Somphone, responsable d’une ONG révélant la désastreuse situation des paysans et des droits humains au Laos, avait mystérieusement disparu après avoir été arrêté par des policiers à Vientiane.

Des sourires malgré une vie plus que précaire.

Du travail dans des conditions déplorables.

Au Laos, l’essentiel c’est la famille.

La politique de répression, ainsi que l’atteinte aux droits civiques et à la liberté d’expression mises en place par le gouvernement laotien sont très critiqués à l’international. Or, l’économie laotienne est dépendante de son ouverture aux puissances voisines, car après une décennie de croissance stimulée par l’exploitation des matières premières et agricoles, le Laos connaît depuis quatre ans un ralentissement économique dû notamment à la chute des cours mondiaux.

La corruption de moins en moins acceptée

Jusqu’ici l’exemplarité inexistante de certains cadres et dirigeants du PPRL, n’était pas un problème pour garantir la coopération de la population. Cependant, aujourd’hui, à l’heure où la croissance économique prend de l’ampleur, les richesses redistribuées deviennent sources de conflit entre pauvres et riches. Ainsi, la corruption généralisée est de moins en moins acceptée par la population et pourrait représenter à terme un frein pour le développement socio-économique du pays.

C’est pourquoi l’actuel Premier ministre a déclaré son intention d’intensifier la lutte contre la corruption, appuyant ses mots par l’arrestation de plusieurs membres de la classe dirigeante. Malheureusement, la corruption existe à grande échelle et se développe à vitesse grand V avec la croissance économique. Aussi, nous y avons été confronté à la frontière lao-cambodgienne où des bakchich (pot-de-vin) sont soutirés impunément aux touristes afin de pouvoir entrer ou sortir du pays.

Cependant, il est clair qu’un grand nombre de membres du gouvernement trempant dans la corruption restent intouchables. En effet, malgré les efforts du premier ministre, le Laos reste très mal noté en terme de corruption. Il n’est qu’au 135 ème rang sur 180 pays au classement international 2017, établi par Transparency International.

Le dénuement d’une partie de la population

J’ai vécu dans des familles au Laos, où les gens allaient se doucher dans la rivière car ils ne possédaient pas de salle de bain. Ils dorment pour la plupart, à 5 ou 6 dans la même pièce, sur une natte posée au sol. Les repas sont essentiellement à base de riz ou de bouillon. Ils n’ont rien et pourtant je ne les ai jamais entendu s’en plaindre. Un homme qui nous a accueilli dans sa famille, nous a confié avec beaucoup d’émotion, que pour lui rien ne comptait davantage que sa femme et ses enfants.

Les Laotiens cumulent souvent plusieurs emplois car ils désirent pouvoir offrir des études à leurs enfants, « une vie meilleure que la leur ». Le revenu national brut par habitant est de 180 dollars par mois. En 2012, 23% de la population vit sous le seuil de pauvreté.

Au Laos, beaucoup de familles vivent sous le seuil de pauvreté.

À l’hôpital, des normes d’hygiène déroutantes

Au Laos, celle-ci entraîne de graves conséquences sur la situation des droits des enfants, tels que l’accès à la santé ou à l’éducation. Le taux de mortalité infantile reste élevé et résulte d’un manque d’hygiène, de matériel médical et sanitaire. Ayant moi-même eu une infection à l’oreille, j’ai dû me résoudre à aller consulter dans un hôpital à Paksé, où j’ai vu des patients à même le sol ou sur des brancards de fortune. Ouvert sur l’extérieur, des chats et chiens errants se promenaient parmi les malades, qui eux-mêmes étaient les uns sur les autres.

Plaies ouvertes, jambes arrachées, animaux errants et familles qui rendaient visite aux patients et mangeaient assis par-terre tout autour : premier choc pour une européenne comme moi qui a grandi dans un monde aseptisé en comparaison.

Lorsque j’ai fini par réussir à faire comprendre que mon oreille était douloureuse, une femme m’y a introduit un otoscope qu’elle venait de récupérer dans une sorte de boîte remplie de matériel sale et de chiffons noirs de crasse. Elle l’a remis ensuite dans la même boîte, sans désinfection, aucune. Pas de gants, pas de désinfectant et pas de savon pour se laver les mains. On m’a donné des antibiotiques pour me soigner qui, je l’ai remarqué ensuite, dataient de 2011.

L’éducation reste inaccessible à beaucoup d’enfants vivants dans des villages reculés ou dont la famille est trop pauvre pour pouvoir payer les frais de scolarité. Un grand nombre d’entre eux se retrouve ainsi forcé à travailler pour subvenir aux besoins de la famille.

Une petite fille non-scolarisée dans un village au Laos.

Les habitations au Laos sont très rudimentaires.

La pauvreté et la marginalité des minorités ethniques ont contribué à l’essor de la culture du pavot et à l’insertion du Laos dans les trafics d’opium, d’héroïne et des produits dérivés. Encore aujourd’hui, le Laos compte parmi les principaux pays producteurs d’opium, juste derrière l’Afghanistan et le Myanmar.

En 1998, on dénombrait quelques 63 000 consommateurs d’opium, dont 1,6 % de la population âgée de plus de 15 ans. Puis au début des années 1990, un phénomène nouveau a commencé à faire des ravages au Laos : celui de la consommation de drogue en milieu scolaire. Des substances telles que les amphétamines de type stimulant (aussi appelé ya-baa), les méthamphétamines, les solvants ainsi que les abus de prescriptions médicamenteuses connaissent un succès croissant auprès des jeunes scolarisés en milieu urbain.

Au Laos, les enfants cherchent l’eau au puit.

Cours du soir au Laos.

Des jeunes laotiennes partent travailler.

La consommation de drogues se répand chez les plus jeunes.

Les enfants grandissent dans la pauvreté.

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L'AUTEUR
Emma Schneider
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