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Légionellose à Hautepierre : des locataires interdits de douches depuis avril

La Ville de Strasbourg a détecté en avril une contamination du réseau d’eau d’un immeuble par la bactérie provoquant la légionellose, une maladie potentiellement mortelle. L’utilisation des douches est donc interdite. Début juin, le bailleur CDC Habitat n’a pas réglé le problème et ne prévoit pas de compensation financière.

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Légionellose à Hautepierre : des locataires interdits de douches depuis avril
Tout l’ensemble immobilier Karine 1 à Hautepierre est concerné par une contamination à la bactérie légionelle.

Le 9 avril, Sophia (prénom modifié à sa demande) recevait un courriel de la part de son bailleur CDC Habitat : « Une campagne d’analyses bactériologiques dans l’eau de votre immeuble réalisée en mars 2026 révèle la présence de légionelles à une concentration anormale, susceptible de générer un risque pour la santé publique. Par principe de précaution, la Ville de Strasbourg vous demande de ne plus faire usage de votre douche. »

Mais la mère de famille ne découvre cette information que trois semaines plus tard, puisque ce courriel s’est retrouvé dans ses spams. Entre temps, elle et sa famille ont utilisé leur douche quotidiennement : « C’est une catastrophe, les choses ne sont pas claires du tout. J’espère que ça n’aura pas de conséquences pour notre santé. Maintenant, on se lave au gant de toilette et on chauffe parfois l’eau à la casserole. »

Théoriquement, l’utilisation des douches est interdite mais des habitants et habitantes confient les utiliser toujours malgré le risque de contracter la légionellose, une maladie potentiellement mortelle.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Une hospitalisation

150 logements sont concernés. Il s’agit de l’ensemble immobilier Karine 1 à Hautepierre, allée Boris-Vian et rue Marie-Hart. Quelques semaines plus tôt, au mois de mars, une habitante a été hospitalisée après avoir contracté la légionellose, « une infection pulmonaire grave causée par une bactérie », selon le ministère de la Santé. Cette maladie potentiellement mortelle attaque les poumons.

L’événement a poussé l’Agence régionale de santé (ARS) et le service d’hygiène de la Ville de Strasbourg à contacter CDC Habitat pour que des tests soient effectués. Malgré des augmentations de température du réseau jusqu’à 70°C pratiquées fin avril par le bailleur, les bactéries ont survécu.

Se laver au gant de toilette

Ainsi, un arrêté municipal daté du 13 mai a été placardé dans les halls d’entrée indiquant que « les derniers résultats transmis le 7 mai révèlent une contamination généralisée du système de production d’eau chaude ». Les tests montrent 15 000 unités formant colonie par litre (UFC/l), soit au-dessus du seuil sanitaire de 10 000 UFC/l. Ainsi, la Ville rappelle que « jusqu’à nouvel ordre, il convient de ne plus utiliser les postes d’eau susceptibles de produire des microgouttelettes, tels que pommeaux de douche, douchettes… »

Rue89 Strasbourg s’est rendu dans l’immeuble jeudi 28 mai. Bien que l’arrêté municipal soit toujours en vigueur, il n’est plus visible nulle part. « Les gens n’ont pas forcément lu tout ce qui était affiché sur les portes ! Et il y en a qui sont dans le déni », poursuit Sophia :

« Moi je suis très inquiète parce que mon père a fait un AVC (accident vasculaire cérébral, NDLR) récemment et mon frère a des problèmes respiratoires. On ne veut pas prendre de risque avec la légionellose, mais ne pas pouvoir prendre de douche ce n’est pas bon non plus, surtout quand il y a des canicules. »

Des locataires pas au courant

Heureusement, une personne exposée à cette bactérie ne contracte pas forcément la maladie, qui reste plutôt rare. Cela explique certainement que d’autres contaminations n’ont pas encore été détectées. Mais sur un ensemble immobilier avec plusieurs centaines de personnes, l’apparition d’autres cas graves est une réelle possibilité.

Maud, qui intervient comme kinésithérapeute dans le bâtiment, s’inquiète de la compréhension inégale des consignes selon les habitants et habitantes : « Un monsieur m’a dit qu’il utilise quand même la douche mais seulement avec de l’eau tiède. » Un jeune homme d’une vingtaine d’années croisé dans le couloir affirme pour sa part qu’il n’est « pas du tout au courant ». « Je vais en parler à mes parents », glisse-t-il. Joseph fume une cigarette devant une porte d’entrée. Lui aussi continue de prendre des douches malgré l’arrêté : « Je fais attention de ne pas boire l’eau. »

Ces pratiques exposent les personnes à contracter la légionellose. Cette maladie se transmet par les microgouttelettes issues des réseaux contaminés qui atteignent les poumons en respirant.

Même si l’eau parait froide, il y a un risque que des bactéries légionelles soient présentes au niveau des pommeaux de douche, indique le ministère de la Santé dans une circulaire. Le réseau d’eau froide n’étant pas contaminé, les habitants peuvent en revanche la boire sans risque lorsqu’elle est issue du robinet.

Pas de compensation

Sophia déplore continuer de payer son loyer de 700 euros alors qu’elle ne peut même plus utiliser sa douche : « Ils pourraient au moins faire un geste. Nous permettre de prendre des douches gratuitement quelque part, par exemple à la piscine de Hautepierre qui n’est pas loin. » CDC Habitat, une filiale de la Caisse des Dépôts, confirme à Rue89 Strasbourg qu’aucune compensation financière « n’a été évoquée à ce stade ».

« On ne devrait même pas avoir à se poser cette question », considère Charles Conrad, représentant des locataires pour la Confédération syndicale des familles (CSF) auprès de CDC Habitat :

« La contamination aurait dû être gérée beaucoup plus rapidement, il y a un risque sanitaire. Plus le temps passe et plus il y a des chances d’avoir des utilisations de douches et des contaminations. Donc en attendant, il faudrait que les locataires puissent se doucher quelque part. Une fois que le dossier sera clos d’un point de vue sanitaire, on pourra évaluer des revendications financières en fonction du préjudice. »

Joseph continue à utiliser sa douche, peu conscient du risque de contracter la légionellose.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Le manque d’entretien et la vétusté des réseaux augmente le risque de développement de colonies de légionelles. « Les opérations de maintenance du réseau ont été effectuées conformément aux obligations en vigueur », assure pourtant le bailleur, sans en dire plus. CDC Habitat déclare mener des « analyses approfondies afin de comprendre l’origine du phénomène et d’y remédier de manière durable ».

De leur côté, des locataires interrogés rapportent des fuites récurrentes et des installations très anciennes. « Ils ne peuvent pas faire semblant, ça fait des années qu’il y a des problèmes », souffle une habitante.

Le réseau de canalisation est vétuste.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Une chloration progressive en attendant

Quand est-ce que les habitants pourront à nouveau utiliser leurs douches ? La Ville de Strasbourg ne précise aucun délai dans son arrêté. Et CDC Habitat n’a toujours pas de plan clair. La municipalité a recommandé un traitement chimique, qui implique de grosses contraintes puisque l’eau du réseau deviendrait entièrement impropre à la consommation.

Une telle opération nécessiterait « l’accès en simultané, et pendant une journée complète, à l’ensemble des logements pour garantir la sécurité des occupants », prévient le bailleur. Il a choisi en attendant de « mettre en place une solution palliative de chloration progressive du réseau », ce qui risque de ne pas suffire d’après une fiche technique du ministère de la Santé.

Les habitants appelés à voir un médecin

Mais au-delà de cette action, CDC Habitat reconnait devoir encore « définir les mesures complémentaires à mettre en place pour résoudre la situation », et ne s’avance pas sur une date. L’entreprise ajoute qu’une « solution de filtres anti-légionelle sur les douches est actuellement à l’étude ».

Selon l’arrêté municipal, le jour où la concentration en légionelle aura baissé en-dessous du seuil sanitaire, le bailleur devra « mettre en place un suivi analytique tous les deux mois sur une durée de huit mois pour s’assurer de la résolution durable de la contamination ». En attendant, les occupants sont invités à « consulter au plus vite leur médecin traitant en cas d’apparition de fièvre et toux sèche », tout en « mentionnant la présence de légionelles dans le réseau d’eau ».


#Hautepierre

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