Les actions de militants vegan font voir rouge les bouchers
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Les actions de militants vegan font voir rouge les bouchers

Alors que l’association vegan et antispéciste « 269 Life » multiplie les actions démonstratives, les bouchers alsaciens se sentent menacés et appellent les autorités à instaurer une distance de sécurité entre les manifestants et leurs boutiques. Ils craignent des dérapages, alors que la période des fêtes approche.

Des inscriptions à la craie sur les trottoirs, des affiches militantes collées sur leurs vitrines… Les bouchers se sentent menacés par les démonstrations des militants vegans et antispécistes, qui s’opposent à l’exploitation des animaux. Lors d’une conférence de presse mardi matin, les bouchers, charcutiers et traiteurs du Bas-Rhin ont demandé à ce que ces manifestations soient interdites à proximité des boucheries.

« La profession connaît depuis quelques mois plusieurs actions militantes à son encontre. Notamment à Strasbourg. Ces abjections sont orchestrées par des mouvements spécistes radicaux (sic), » indiquait un communiqué de la boucherie Porcus, qui voulait sûrement parler des antispécistes.

L'association Vegan Bastards Krew avait inscrit des slogans devant Porcus (doc remis)

L’association Vegan Bastards Krew avait inscrit des slogans devant Porcus (doc remis)

Affiches, démonstrations et inscriptions

De quelles « abjections » parle-t-on ? Des militants antispécistes et vegan ont collé des affiches « boucher n’est pas un métier » et l’association Vegan Bastards Krew a fait apparaître dans la nuit du 6 au 7 octobre des inscriptions à la craie près des boucheries Porcus, Au Couteau d’Or, Klein et Kirn à Strasbourg (voir la photo ci-dessus). Mais c’est surtout l’action de l’association 269 Life France devant la boucherie Jaegli à Sélestat le 22 septembre qui a marqué les esprits des bouchers : deux manifestants sont venus avec des pancartes et ont dérangé les clients. Bruno Jaegli, le gérant de la boucherie, a attrapé un des manifestants par son sac et a filmé toute la scène en attendant la police.

Aucune de ces actions n’a donné lieu à un affrontement physique violent, mais les bouchers s’inquiètent de leurs propres réactions qui pourraient l’être, a prévenu Jean-Luc Hoffmann :

« Certains confrères sont un peu plus nerveux et risquent de mal réagir. »

En aparté, il poursuit :

« Je prône le calme, mais à un moment donné ça pourrait aller trop loin. Si on perd trop de parts de marché, on a un instinct de survie. Et qu’est-ce que fait un humain quand il a un instinct de survie ? Il attaque. »

Les bouchers charcutiers craignent particulièrement que des actions de ce type soient organisées devant leurs vitrines pendant le Marché de Noël, période de forte affluence. Pour l’instant, seule l’association 269Life a appelé ses militants à déverser du faux sang sur le sol des boucheries, poissonneries et fromageries, entre le 2 et le 16 novembre. Bruno Jaegli pointe qu’une manifestation de cette même association est prévue le 3 novembre, juste en face de sa boutique à Sélestat.

Famille ou réserve de côtelettes sur pattes ? Les conditions du débat inquiètent les bouchers (Photo Visual Hunt / cc)

Famille ou réserve de côtelettes sur pattes ? Les conditions du débat inquiètent les bouchers (Photo Visual Hunt / cc)

« On respecte le droit de manifester, mais pas devant nos boucheries », a renchéri Jacqueline Riedinger-Balzer, présidente de la Fédération des bouchers charcutiers traiteurs d’Alsace. L’organisation est décidée à mener toutes les démarches possibles auprès de la préfecture pour faire interdire les prochains rassemblements qui seraient organisés trop « proches » des boucheries strasbourgeoises, en particulier de Porcus. Mais Porcus étant situé place du Temple-Neuf, juste derrière la place Kléber d’où partent la majorité des manifestations strasbourgeoises, dont une organisée par L214 le 27 octobre.

Un dialogue qui sera compliqué

Olivier Klein, gérant des boucheries Porcus et Maison Klein, se dit prêt à rencontrer les militants les plus radicaux pour discuter avec eux. Ce qu’il ne supporte pas, c’est de voir des affiches au message dégradant pour toute la profession :

« Un boucher qui voit une photo d’un boucher ensanglanté tenant un porcelet mort-né, ça lui donne une image inadmissible de lui-même. »

Les présidents de la fédération des Bouchers charcutiers d’Alsace reconnaissent bien que « manger trop de viande, ce n’est pas bon » et se disent d’accord sur le fait que nos modes de consommation doivent évoluer. Ils se disent touchés par une prise de conscience à la fois quant aux enjeux environnementaux liés à la production de viande, extrêmement consommatrice d’eau et de terres, et quant aux méthodes scandaleuses de certains abattoirs.

Mais les bouchers font valoir qu’ils sont les premiers à prendre en compte le « bien-être animal »… en faisant attention aux conditions d’abattage. Selon eux, cette attention particulière leur permet de gagner des clients par rapport aux supermarchés. Circuits-courts, traçabilité, choix des élevages ou « qualité de la viande »… Les artisans bouchers assurent qu’on ne peut leur livrer des bêtes présentant des traces d’hématomes.

Certains bouchers-traiteurs proposent même des choix végétariens mais une réconciliation entre les deux mondes paraît délicate. Ainsi pour Olivier Klein, « quand on prélève la vie d’un animal, c’est pour le valoriser, » tandis que Jean-Luc Hoffmann assure « respecter l’animal, en le présentant le mieux possible dans nos étalages. »

L'AUTEUR
Pauline Ruhlmann
Pauline Ruhlmann
"Jeune fille pleine d'avenir" (PF)

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