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Les centres de santé infirmiers « obligés de prendre la parole pour ne pas disparaître »
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Les centres de santé infirmiers « obligés de prendre la parole pour ne pas disparaître »

par Félix Paulet.
Publié le 27 octobre 2020.
Imprimé le 27 juillet 2021 à 21:46
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Ces centres de santé géré par des associations et sans médecin craignent pour la survie de leurs établissements. Les gérants de ces structures très présentes en Alsace-Moselle demandent l’alignement des salaires de leurs soignants sur ceux de l’hôpital suite au Ségur de la Santé.

Après les médecins libéraux le 8 octobre, ce sont les représentants des centre de soins infirmiers (CSI) qui alertent sur leurs conditions d’exercice ce mardi 27 octobre. Les 45 CSI du Grand Est craignent pour la pérennité de leur offre de soins. Ils dénoncent une vision trop « hospitalo-centrée » du Ségur de la Santé.

Les centres de soins infirmiers sont des établissements de santé par des association à but non lucrative, souvent d’appartenance religieuse. C’est pourquoi 10% des CSI français sont en Alsace-Moselle. Leur personnel médical assurent des soins, notamment en sortie d’hospitalisation, à la fois au sein de maisons médicalisées et à domicile, leur conférant un double statut. Les structures effectuent les intervention qui ne nécessitent pas de médecin.

« Les personnels se sont donnés »

Selon Nicolas Horvat, gestionnaire de l’association intercommunale pour les soins aux malades, qui gère trois établissements en Alsace, « le Ségur a créé une inégalité létale » entre hôpitaux et centres de santé.

Christian Weick, directeur d’un centre de santé à Munster donne l’exemple de son établissement :

« À Munster, les personnels se sont donnés pour répondre à l’urgence du cluster. Ils ont travaillé avec des masques anti-poussière donnés par un entrepreneur et en lavant des protections théoriquement à usage unique. Mais ils n’ont droit ni à la prime Covid ni à une augmentation de salaire. Aujourd’hui, on a déjà une démission et deux congés maladies. »

« La prime Covid, nos soignants ont fait sans mais le problème de fond, c’est une revalorisation salariale », précise Nicolas Horvat. En effet, les accords de juillet 2020 ont acté une revalorisation salariale des infirmiers. Mais du fait de leur statut d’établissements sanitaires de proximité, les CSI n’y ont pas droit. « Les personnels se sont mobilisés durant la première vague, maintenant ils se demandent où est la reconnaissance », raconte Martine Jourdan, représentante de l’Adédom, la fédération nationale des soins à domicile.

Les diaconnesses accueillent un centre de soins infirmiers à Strasbourg (capture Google Street View)

Des disparités salariales qui minent les établissements

Avec les revalorisations salariales du Ségur de la Santé, ces établissements, financés par la Sécurité sociale et les subventions, peinent à recruter. « Ça fait trois ans que l’on a des difficultés à embaucher mais avec le Ségur, à chaque fois, ça bute sur le niveau salarial », expose Christian Weick.

Un amendement du projet de loi de finance a été déposé sur demande de l’Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss) pour demander un rapport sur la distorsion salariale suite au Ségur de la Santé. Selon les estimations de Nicolas Horvat, 12 millions d’euros seraient nécessaires pour rétablir l’égalité salariale.

« Tout le monde compte sur nous mais personne ne veut nous reconnaître »

Avec les hôpitaux au bord du gouffre, les centres de soins infirmiers sont sollicités pour prendre en charge les patients que les hôpitaux ne peuvent plus soigner. Les infirmiers libéraux ne pourront prendre en charge tous ces patients si les CSI devaient fermer. « Si nous n’intervenons plus, deux tiers des actes à domicile ne peuvent plus être assurés », prévient Nicolas Horvat.

« A Montbéliard, l’hôpital nous a demandé de prendre en charge plus de patients à domicile. Mais ils nous siphonnent nos effectifs parce qu’il leur manque 60 infirmières. Tout le monde compte sur nous mais personne ne veut nous reconnaître. »

Bruno Palandre, directeur général de Soli-Cites, centres de soins infirmiers dans le Doubs

« Le réveil va être douloureux », prévient Martine Jourdan. Selon Nicolas Horvat, sans mesure d’ici le 1er janvier, les centres de santé infirmiers alsaciens seront contraints de fermer en mars par manque de personnel. Il ajoute que si les CSI disparaissent, « c’est 25% de l’offre de soin en Alsace qui disparaît, une absence de prise en charge en sortie d’hospitalisation et 22 000 patients supplémentaires à gérer pour des hôpitaux qui n’ont pas besoin de ça en ce moment ».

L'AUTEUR
Félix Paulet
Félix Paulet
Etudiant en journalisme. En stage à Rue89 Strasbourg.

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