L’Inde, à double tranchant
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Ils sont Strasbourgeois, ils sont partis aux antipodes et ils partagent dans ce blog leurs cartes postales et leurs rencontres.
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L’Inde, à double tranchant

actualisé le 11/10/2017 à 12h43

A l'époque où le téléphone et la poste n'existaient pas, Les Indiens dessinaient sur leur murs pour prévenir d'un mariage à venir

A l’époque où le téléphone et la poste n’existaient pas, les Indiens dessinaient sur leur murs pour prévenir d’un mariage à venir (Photo PA / Rue89 Strasbourg)

Les temples, les couleurs, les épices mais aussi l’arnaque, la saleté et la pauvreté, voilà ce que je retiens de l’Inde. Ça et des voyages en train épiques, des paysages grandioses et des leçons de vie à chaque coin de rue.

Voilà bien longtemps que je n’ai pas écrit et pour cause, j’ai passé un mois au Népal et un mois et demi en Inde. J’ai donc attendu mes derniers instants en Inde pour vous faire passer mes impressions sur ce pays si… différent.

Une première semaine d’apprentissage.

Les bords du Gange, agréables malgré les déchets, les excréments d'animaux et les restes de corps humains qui flottent.

Les bords du Gange, agréables malgré les déchets, les excréments d’animaux et les restes de corps humains qui flottent. (Photo PA / Rue89 Strasbourg)

Arrivé depuis le Népal, il me faut un jour de train et de bus pour rejoindre Varanasi, ma première destination. C’est également l’endroit rêvé pour mourir selon les traditions hindouistes. On peut ainsi y apercevoir les cérémonies crématoires sur les bords du Gange, fleuve sacré, et entendre le bruit des crânes qui implosent. Il faut avoir le cœur bien accroché mais l’énergie est palpable. C’est aussi un vrai régal de se promener le long de la berge avec toutes ces couleurs typiques à l’Inde. J’y goûte mes premiers poulets tandoori, mix de légumes, chapatis, aloo, … qui vont rythmer mon alimentation tout au long de ce périple indien. Puis je me rends en train direction New Delhi.

En classe « jungle », on est 300 dans le wagon

Cette première semaine est l’occasion d’appréhender l’Inde et ce n’est vraiment pas simple. Il y a les moments cocasses comme les trains en classe « Jungle », la moins chère. En fait, les tickets sont vendus tant qu’il y a de la demande. On est donc à 300 dans un wagon avec 100 places… la grande folie. Il est possible de dormir debout. Le ticket est orné d’une phrase géniale, « Have a good journey ». Je pense que le mieux aurait été de mettre « Good luck ». D’autant que les retards avoisinent parfois les temps de trajets. J’ai croisé un homme qui m’a raconté qu’il arrivait tous les jours à la gare à 8h et qu’il attendait son train 40 minutes. Et un jour par comme les autres, il arrive un peu en retard et le train s’en va devant ses yeux ébahis. Inutile de dire qu’il est allé directement au bureau des réclamations pour s’entendre dire qu’en fait, son train arrivait dans peu de temps et que celui-ci était le train d’hier avec 24h de retard… Welcome in India comme ils disent !

Puis il y les vendeurs de tout et surtout de n’importe quoi qui vous accostent sans cesse. « How are brother ?» « Where are you from ? » ou bien « Look my shop » et le fameux « Cheap price, good quality ». Tout y passe, le sourire, les présentations amicales, voir fraternelles mais c’est à peu près tout les 10 mètres et dans l’unique but de vendre ou de quémander de l’argent.

Tout négocier. Il faut tout négocier

Ça c’est pour le côté typique et pas trop gênant. Mais on apprend aussi comment déjouer les arnaques en tout genre. Taxi, tchouk-tchouk, hôtel… Et ne vous y trompez pas, tout le monde y a droit, Indiens comme étrangers. Il faut négocier et parfois même menacer d’appeler la police pour chaque achat, de la brosse à dents à la nuit d’hôtel en passant par la nourriture. C’est extrêmement épuisant et il m’a fallu une bonne semaine avant de comprendre comment ne pas se faire avoir. Le point d’orgue de cette semaine a été lorsque j’ai voulu acheter un billet de train pour Jaipur. Je suis allé à la gare et là, un homme, en costard avec un insigne gouvernemental m’a signifié que le bureau soit disant officiel se trouvait à une autre place. Je m’y suis donc rendu et je ne sais encore comment, j’ai réservé un « Rajasthan tour » pour une somme absolument exorbitante, environ 3 à 4 fois le prix. Le tout en deux heures montre en main et sous l’œil bienveillant de la police nationale. Le piège est extrêmement bien rodé et je suis tombé dedans les pieds joints et la bouche en cœur. La réalité s’amuse parfois à vous rattraper et la claque est féroce.

J’apprendrai plus tard que la plupart des touristes se font avoir et que j’ai quand même bien négocié finalement. Mais c’est a ce moment précis que j’ai décidé de me balader en permanence avec la musique dans les oreilles et de préciser à qui veut savoir que j’étais Serbe, étudiant et pauvre. Cela m’a valu une situation rigolote lorsque mon interlocuteur m’a demandé de quelle ville j’étais et quelle était la monnaie du pays. C’est à ce moment même que Strasbourg s’est retrouvé propulsé dans les Balkans avec pour monnaie officielle, la Lire.

Le tour du Rajasthan

Les quatre tours sont construite de tel sorte qu'en cas de tremblement de terre, elle s'écroulent à l'extérieur du temple.

Les quatre tours sont construites de tel sorte qu’en cas de tremblement de terre, elle s’écroulent à l’extérieur du temple. (Photo PA / Rue89 Strasbourg)

Mes billets en poche et mes hôtels réservés, je me suis dit que le mieux désormais était de profiter au maximum de ce périple sans regretter l’argent inutilement gâché. C’est exactement ce que j’ai fait et je peux le dire honnêtement, le Rajasthan mérite vraiment le détour. Toutes les villes possèdent leurs propres temples, leur fort et leur propre couleur qui sont un régal pour les yeux.

Agra a été ma première destination. Rien de bien particulier si ce n’est cet édifice absolument magistral, le Taj Mahal. Bien entendu, j’avais vu des photos auparavant mais lorsque l’on se trouve devant, on éprouve quelque chose de grandiose. Ce n’est pas détaillé comme les mosquées d’Iran par exemple mais la pureté du blanc et des jardins qui l’entoure font de ce temple l’un des plus beau au monde (récemment entré dans les nouvelles merveilles du monde). L’histoire qui entoure sa construction donne une dimension supplémentaire. Par exemple, saviez-vous que les travailleurs qui ont participé à sa construction ont tous gagnés le droit de se faire couper les mains ? Moi non. Le roi ne voulait pas qu’un autre Taj Mahal soit construit ailleurs, il a donc opté pour une solution radicale.

Puis, direction Jodhpur, la ville bleue. Arrivé à 5h du matin et directement harcelé par une centaine de chauffeurs de taxi, il faut être préparé à négocier de bon matin ! Pas trop grande et plutôt calme, cette ville possède un très beau fort d’où l’on peut observer l’ensemble de la ville. Et effectivement, elle est bleue.

Ensuite, je suis allé à Jaisalmer, la ville brune, toute proche de la frontière pakistanaise et surtout du désert. J’en ai profité pour faire un safari en chameau et observer le coucher du soleil dans les dunes de sables avant de dormir à la belle étoile. Un magnifique souvenir. Cependant, je ne suis pas un cavalier chevronné et lorsque le chameau s’est mis à trottiner, je n’étais pas très à l’aise. Mais l’expérience vaut largement les douleurs dans l’entrejambe. Jaysalmer possède également un fort en sable qui est un des monuments les plus menacé en raison du drainage incessant.

Nuits avec les gitans

J’ai alors pris la direction de Pushkar pour me reposer quelques jours. C’est le parfait endroit pour boire un thé sur une terrasse avec vu sur le lac ou bien pour faire une mini ballade d’une heure sur l’une des trois petites collines qui offrent des points de vues somptueux. J’y ai également passé plusieurs après midi dans les camps gitans qui entourent la ville où j’ai découvert des gens aussi généreux que pauvres. Partage de nourriture, démonstration de danse… Tous les moments sont bons à prendre et ils le savent. C’est pourquoi ils arborent en permanence un sourire magique, en particulier les enfants.

Fin du tour, à Jaipur, la ville rose mais aussi capitale du Rajasthan. Une ville qui rappel malheureusement trop New Delhi et ses arnaques. Qu’a cela ne tienne, je l’ai visité pendant 3 jours, sans me faire avoir une seule fois, et j’ai ainsi bien profité des monuments en pierres roses, rouges et orangés, l’esprit tranquille.

Voilà, le Rajasthan est clairement une destination touristique mais je pense qu’on ne doit pas passer à côté lorsque l’on visite l’Inde. Même si les gens sont très, peut-être trop même, habitués aux touristes, on peut y faire des rencontres géniales. Mon seul conseil est d’aller vers les gens et de ne pas attendre qu’ils viennent à vous. Vous éviterez ainsi 70% des personnes mal attentionnées.

Voici la gare de Jaisalmer, à 1H du matin. Il est très très compliqué de trouver un endroit isolé où que l'on soit en Inde. C'est quelque chose que l'on ressent assez rapidement.

Voici la gare de Jaisalmer, à 1h du matin. Il est très très compliqué de trouver un endroit isolé où que l’on soit en Inde. C’est quelque chose que l’on ressent assez rapidement. (Photo PA / Rue89 Strasbourg)

1 755 km en train, 38 heures de trajet…

La vue, à la sortie de ma chambre, le premier matin à Darjeeling

La vue, à la sortie de ma chambre, le premier matin à Darjeeling (Photo PA / Rue89 Strasbourg)

Le gros problème pour les déplacements en Inde, ce sont les distances (petite anecdote, dans le Lonely Planet, dans la partie « quoi voir aux environs », la plupart des propositions sont à plus de 100 km). J’ai pris le train de Jaipur vers Darjeeling, 1 755 km pour 38h de trajet, sur le papier (41H30 en réalité à cause des retards, et ce n’est pas si mauvais, croyez moi). Il faut savoir être patient et se munir d’eau et de nouilles chinoises lorsque l’on s’apprête à passer deux jours dans un wagon. Mais la destination fait rêver : Darjeeling. Le pays du thé et du fameux toy-train.

C’est aussi un plaisir de revoir des visages souriants et des gens honnêtes partout dans les rues. Ca m’a rappelé le Népal sur beaucoup de points et pour cause, c’est tout proche. Puis après une demi journée de démarches, j’obtiens mon permis pour visiter le Sikkim (permis gratuit, attention !). Je n’y passerai que quelques jours pendant lesquels j’arpenterai les routes les plus incroyables que j’ai vu jusque là. Les paysages sont absolument magnifiques avec des champs de thé, de riz et des petits villages littéralement accrochés aux pentes des montagnes. Mais aussi des routes qui ne ressemblent même plus à des chemins. C’est simple, le seul moyen de locomotion est la jeep. Absolument rien d’autre ne pourrait traverser cet amât de pierres et de sable de toutes façons.

Comme dans un film 3D, sans lunettes

Mon meilleur souvenir, c’est lorsque j’ai enfin réussi à me réveiller avant 9h du matin (5h30 pour être précis) et que j’ai pu observer, depuis la piste d’hélicoptère de Pelling, le lever du soleil soleil sur la troisième plus haute montagne du monde, Kanchenjunga. Pendant 30 minutes, j’étais comme devant un film en trois dimensions, sans lunettes. Au départ, la lumière du soleil fait apparaître une sorte d’arc en ciel du bleue au rouge en passant par le violet, le jaune et le vert. C’est incroyable. Puis petit à petit la montagne s’éclaircit. C’est alors comme si le soleil s’amusait à faire des jeux d’ombres chinoises, mais en Inde. J’étais muet pendant 30 minutes, complètement captivé par le film que soleil m’offrait en coproduction avec les montagnes.

Le plus incroyable dans tout ça, c’est que dans la cabine juste à coté de moi, un homme rangeait son bureau sans même faire attention au spectacle. Quand le magnifique devient commun, l’être humain se lasse. J’ai ainsi repensé à ce coucher de soleil sur la route de Benfeld à Strasbourg, la première fois que j’y prêté une quelconque attention. Vraiment superbe avec les nuages roses et les Vosges à moitié illuminés. Comme on dit l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Du coup, je vais aller tester l’herbe Birmane et Thaïlandaise, je vous donnerai des nouvelles très vite, c’est promis.

Le levé du soleil sur le mont Kanchenjunga à Pelling restera un incroyable souvenir.

Le levé du soleil sur le mont Kanchenjunga à Pelling restera un incroyable souvenir. (Photo PA / Rue89 Strasbourg)

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L'AUTEUR
Pierre Augé
Pierre Augé
Qui suis-je ? Je m’appelle Pierre Augé et j’ai 27 ans. Originaire d’Alsace et plus particulièrement de Strasbourg, j’ai fait mes études d’ingénieur à l’INSA de Strasbourg. J’ai toujours été attiré par les voyages : Mayotte, Malte, Irlande, Canaries, Norvège, Etats-Unis... Inutile de dire que le virus du voyageur m’a déjà largement infesté. Aujourd’hui, et afin d’assouvir cette soif de rencontres, de grands espaces et de nouveautés, je prépare un tour du monde que vous pourrez suivre sur ce blog.

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