Quelques centaines de lycéens étaient réunis devant le lycée Kléber à Strasbourg ce mercredi 30 septembre vers 8h. Des élèves mobilisés contre le manque de moyens dans l’Éducation nationale, un mouvement parti de Seine-Saint-Denis la semaine précédente, avaient bloqué l’entrée du lycée sur la place de Bordeaux.
Presque immédiatement, des dizaines de policiers sont arrivés. Équipés de tenues d’intervention, ils ont délogé les lycéens et rétabli les accès vers 9h30, tout en maintenant les jeunes mobilisés à distance. L’une des opérations a provoqué une plaie à la tête d’un lycéen. Un agent a été légèrement blessé au pied par un tir de mortier selon la police nationale, qui affirme également que 18 élèves ont été placés en garde à vue au total dans la journée, sans préciser les motifs d’interpellation. En réaction, les organisations lycéennes appellent à un rassemblement devant le commissariat central de Strasbourg à 17h30.


Un élève raconte :
« On était une quinzaine de personnes à partir de 7h30. On n’a pas réussi à bloquer complètement mais on a fait une chaîne humaine et on a mis des grilles, on laissait passer les prépas. On a commencé à chanter et de plus en plus de monde est arrivé. On était environ 300 à l’extérieur puis les policiers sont arrivés vers 9h et nous ont repoussés assez violemment. »
Le même élève précise :
« On veut pas faire un barrage à l’éducation mais montrer nos revendications. On n’est pas les plus défavorisés à Strasbourg mais on voit qu’il y a des très grandes disparités entre les lycées, on veut soutenir les autres lycées comme à Saint Denis. Nous on est un très grand lycée, avec 35 à 40 élèves par classe. On a passé le bac de français sans aucun ventilateur. On fait des journées de 10 heures, quatre jours par semaine, plus le samedi. Je pars de chez moi à 7h et je rentre à 19h. Les profs souffrent beaucoup aussi et on a plein de profs pas remplacés. En début d’année, on n’avait pas de prof d’allemand, il manquait aussi des profs de français et de philo. »
Blocage au lycée René-Cassin
Au lycée René-Cassin, dans la Neustadt, des lycéens ont également bloqué ce mercredi matin l’entrée de l’établissement. « Ce matin, on était dix et tout le monde nous a rejoint », témoigne l’un d’entre eux. À 10h, le blocage était toujours en place, les lycéens se retrouvant dans la rue Schoch.



Josmie, en classe de première, 15 ans :
« Tout est parti d’une vidéo TikTok ce week-end sur le blocus des lycées en Île-de-France. On est arrivé ce matin à 7h30. Une dizaine a pris des poubelles pour bloquer l’entrée. Les autres élèves étaient d’abord réticents. On avait préparé des discours avec nos revendications. On les a dit devant tout le monde. On demande un établissement aux normes, du matériel adapté. Il n’y a pas de rampe et d’ascenseur qui fonctionne pour les handicapés alors qu’on a des élèves mal voyants ou en béquilles… On manque aussi d’AESH… Et on demande l’abolition de Parcoursup. Le personnel enseignant était de notre côté, ils nous ont dit qu’ils voulaient juste pas de poubelles qui brûlent. »

Josmie prévoit de se rendre dans la journée, avec une vingtaine de ses camarades, au rectorat de l’académie de Strasbourg afin de porter les revendications du mouvement directement auprès du recteur.
Mobilisation à Jean-Monnet
Au lycée Jean-Monnet à Neudorf, une opération de blocage a également eu lieu ce matin. Les poubelles ne bloquent plus le passage mais les grilles restent fermées.



Aya, élève de terminale au lycée Jean Monnet, détaille : « On organise ce blocus parce qu’on a des toilettes mixtes et petits. Les garçons restent dans les toilettes. C’est insécurisant, ça a déjà posé des problèmes de harcèlement. » Salma relance :
« On n’a plus de foyer pour manger, la cantine est trop chère alors on reste dehors, la moitié des élèves ne mangent pas. On n’a pas le temps de rentrer chez nous. On a aussi des problèmes d’absence de profs, en histoire, en sciences économiques et sociales, en français… Il y parfois quelques remplaçants mais pour combler le vide, on doit réviser avec Chat-GPT. On est contre Parcoursup bien sûr, la moitié des élèves sont refusés et derrière on fait quoi ? »
De petits groupes épars d’élèves discutent. Beaucoup souhaitent dénoncer l’état de « délabrement des établissements de banlieues », et le fait qu’ils n’ont « pas les mêmes chances que les élèves de familles qui peuvent payer des écoles privées ».


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