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Mariage homo : Hervé et Aina n’attendent que ça
Société 

Mariage homo : Hervé et Aina n’attendent que ça

par Pauline De Deus.
Publié le 17 mai 2013.
Imprimé le 18 mai 2022 à 12:53
11 568 visites. 21 commentaires.
Aina et Hervé se sont retrouvés il y a peu et espère bien pouvoir faire leur vie ensemble. En France, à Strasbourg, les deux hommes se sentent libre. Ici ils n'ont jamais ressenti aucune  aucune pression de leur entourage. (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

Aina et Hervé se sont retrouvés il y a peu et espèrent pouvoir faire leur vie ensemble. En France, à Strasbourg, les deux hommes se sentent libres (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

A l’heure où la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe devrait être promulguée, certains pensent déjà à célébrer leur union. A Strasbourg, Aina et Hervé commencent à préparer cet événement. Pour ces deux Malgaches, le mariage est la clef de leur avenir commun en France.

Dans un salon à la décoration moderne, ils se regardent tendrement. Hervé est avachi dans le fauteuil. En face de lui, Aina est assis, droit, sur le canapé. Ils échangent des sourires complices. Dans son pantalon slim bleu, Aina, Malgache de 28 ans, a la pêche. À ses côtés, son compagnon semble lui plus fatigué. A 42 ans, français d’origine malgache, naviguant entre ses deux patries, Hervé travaille et forme déjà « un vieux couple » avec Aina, comme il s’amuse à le rappeler.

Pourtant, les deux hommes se sont retrouvés il y a seulement un mois, après deux longues années passées loin l’un de l’autre. En avril, Aina a enfin réussi à quitter Madagascar. Après deux demandes de visas et un recours en justice, il a obtenu une carte de résident en France valable un an. Mais avec cela, impossible de travailler ou de construire quoi que ce soit de stable avec Hervé. Le mariage leur apparaît comme la solution à ce problème et une assurance pour leur vie future.

« C’est le premier et le dernier »

Car le futur, ils ne l’imaginent qu’à deux. Depuis leur rencontre, c’est une évidence. C’est encore les yeux pétillants que les deux hommes parlent de cette journée. « Le 5 octobre 2008 à 17h30 à Antananarivo », précise Aina. Hervé s’en souvient encore parfaitement, lui aussi :

« Journaliste à l’époque, je cherchais un styliste pour une soirée que j’organisais dans la capitale. On m’a parlé d’Aina, c’était sa passion à l’époque, alors je l’ai rencontré pour le lancer. Là, je l’ai regardé de la tête aux pieds, il me plaisait mais je pensais qu’il ne me voyait pas. J’ai appris plus tard qu’il était amoureux de moi déjà depuis plusieurs années ! »

Ils se sourient et Aina reprend :

« On se croisait dans un supermarché. Lui ne m’avait jamais remarqué, mais moi je saurais encore décrire comment il était habillé trois ans avant ! Le jour où on s’est rencontré, j’avais mis en place un stratagème pour le séduire mais finalement, il a précipité les choses. »

« Avec moi, ça passe où ça casse », lui répond Hervé en riant tout en remontant les manches de son large sweet. Après cette journée, tout a changé pour Hervé, qui a mis fin à sa vie remplie de brèves aventures. Il n’avait jamais ressenti le besoin de mettre au courant sa famille de son homosexualité. Mais Aina, « c’est le premier et le dernier », alors en 2010, il fait son coming-out. Cette annonce ébranle sa famille, qui n’accepte pas l’homosexualité d’Hervé. Leur Pacs, contracté au consulat de France en 2010, est toujours ignoré par sa famille.

A Madagascar, l’homosexualité est cachée

Comme l’explique Aina, à Madagascar, l’homosexualité est plus difficile à vivre qu’en France :

« Pour les familles, c’est le qu’en-dira-t-on qui inquiète. Dans la capitale, là où nous vivions, tout le monde se connait. Hervé et moi venons de grandes familles assez puissantes sur l’île et il ne faut pas « salir » la réputation du nom. Et finalement, on subit tellement de pression de la part de nos proches qu’il est difficile d’élever la voix. Pour moi, c’est vrai que ça été plus simple. Cadre supérieur en marketing, j’avais une bonne situation socio-professionnelle et une bonne réputation, donc je pouvais m’affirmer sans subir tout cela. »

Il faut dire qu’Aina est un militant dans l’âme. Il ne peut « rester sur le banc de touche » quand une cause lui tient à cœur. Hervé, lui, est plus discret. Alors qu’il préfère éviter de provoquer sa famille, Aina n’hésite pas à mettre des photos sur Facebook et à affirmer ses choix de vie et politiques. Quand ils parlent du mariage, Hervé avoue être encore réticent à en informer sa famille. Aina, l’air malicieux, lui rétorque : « T’inquiète ça va passer, laisse-moi faire », mais à en voir le regard d’Hervé, rien n’est moins sûr.

Les deux hommes sont complémentaires. Comme n'importe quel couple, ils sont là pour s'aider, se soutenir, "se ramasser", comme le dit Hervé. Le mariage serait, pour eux, une manière de "renforcer" le lien qui les uni déjà. (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

Les deux hommes sont complémentaires. Comme n’importe quel couple, ils sont là pour s’aider, se soutenir, « se ramasser », comme le dit Hervé. Le mariage serait, pour eux, une manière de « renforcer » le lien qui les uni déjà (Photo PDD / Rue89 Strasbourg)

Déménager pour échapper aux pressions

En France, le couple est plus serein. Il n’a plus le poids du regard des autres comme à Antananarivo. C’est d’ailleurs cette pression qui a poussé Hervé à déménager. Après avoir rencontré Aina, il n’est plus revenu en France. Mais il y a deux ans, ne supportant plus la difficulté d’être homosexuel à Madagascar, il est revenu vivre à Strasbourg. Ici, il a trouvé un petit travail, un appartement, et a attendu patiemment la venue de son compagnon :

« A la longue, on déprime, le soir, on rentre et on est seul. On se voit mais par Skype uniquement… Heureusement qu’il y avait le boulot ! Et une de mes collègues m’a beaucoup soutenu. Quand ça n’allait pas, je l’appelais et elle venait. Aujourd’hui, on est contents de s’être enfin retrouvé mais il faut reprendre ses habitudes, réapprendre à vivre à deux. »

De son côté, Aina passe ses journées à faire du bénévolat, « pour le droit des étrangers à La Station, et à la SPA ».

Le mariage et peut-être même un enfant

Enfin, une vie libre attend ce couple constitué depuis cinq ans. S’ils attendent aujourd’hui de pouvoir se marier, c’est autant pour renforcer leur couple que pour profiter des droits conjugaux qui ont été laissés de côté du Pacs (héritage en cas de décès…), mais aussi pour l’acquisition d’une carte de séjour permanente pour Aina. Et toute la symbolique que cela représenterait, comme l’explique ce dernier :

« Depuis que la loi a été adoptée, tous nos amis n’ont cessé de nous demander quand nous allions nous marier. Autant en France, qu’à Madagascar. Et sur l’île, ça pourrait susciter des espoirs pour d’autres homosexuels ! »

Mais malgré cet empressement autour d’eux, Aina et Hervé entendent bien prendre leur temps, Hervé surtout :

« Il y a plein de questions qu’on se pose encore par rapport à notre mariage. Sera-t-il grand avec tous les amis et les membres de La Station, ou un petit mariage discret ? Faudra-t-il l’annoncer à la famille ? »

Et après le mariage, le couple envisage une autre étape. Les deux hommes aimeraient avoir un enfant, dans l’idéal, adopter un enfant malgache. Mais malgré l’envie d’Hervé, Aina avoue ne pas être encore prêt. Envolés les problèmes de séjours, voici venus les problèmes de couple.

Article actualisé le 06/06/2013 à 12h56
L'AUTEUR
Pauline De Deus
Pauline De Deus
Après un an et demi de dur labeur à l'IUT de journalisme de Lannion me voilà arrivée à Strasbourg. Ici je réalise un stage de deux mois à la rédaction de Rue89 Strasbourg.

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