Attaqués en justice pour un tract syndical. C’est la situation à laquelle font face deux représentants syndicaux de la CGT Safran Landing System (SLS) à Molsheim. Début janvier, le directeur de Safran Molsheim, soutenu par la direction du groupe, a porté plainte pour diffamation concernant un tract diffusé en novembre 2025.
Ce tract diffusé le 13 novembre rendait compte de l’audience d’un ancien délégué CFDT, condamné en décembre 2025 pour détournement de fonds. Des membres de la CGT s’étaient rendus à cette audience et avaient retranscrit, dans le tract, la défense de l’accusé, qui mettait en cause la direction. Le document contenait en outre des caricatures qui auraient attiré les foudres de la direction et plus particulièrement du directeur du site.
La CGT, de son côté, dénonce dans une lettre ouverte au directeur : « Un élu ou militant CGT qui distribue un tract n’agit jamais à titre personnel, mais en tant que représentant de l’organisation syndicale. (…) Ces poursuites sont injustifiées, disproportionnées et attentatoires aux libertés syndicales. »
Des propos qui mettent en cause la direction
Lors de cette audience, l’ancien délégué CFDT de Safran a évoqué qu’il n’était pas seul à avoir bénéficié du détournement de fonds, affirmant que le comité social et économique de l’entreprise et son directeur étaient au courant. Une déclaration reprise par la CGT pour son tract.
Jean-François Bequet, coordinateur syndical CGT Safran, évoque un droit à l’information du public :
« On a simplement repris les propos du prévenu. Donc on parle de faits relatés dans une audience publique. S’il y a diffamation, c’est de la part du prévenu. »
Suite à la diffusion du tract, la direction générale de Safran a demandé au syndicat de retirer le tract des réseaux sociaux. La CGT s’est exécutée, non pas par « reconnaissance de faute » mais « dans un esprit d’apaisement » affirme Jean-François Bequet le 24 novembre 2025
Une atteinte à la liberté syndicale
Mais l’entreprise et le directeur ont porté plainte malgré ce retrait, pour la diffusion du tract dans l’entreprise et par courriel. Pour les représentants syndicaux sur place, c’est aussi la douche froide. Stéphane Schiffmann, délégué syndical local et central, dénonce :
« Nous sommes choqués par la procédure qui a été individualisée. C’est comme si on attaquait le postier pour un article qui ne nous plairait pas dans un journal qu’il nous livre. C’est de l’intimidation. »
Une situation qui impacte fortement les représentants syndicaux visés par la plainte. L’un d’entre eux déclare :
« Je trouve ça désolant et ça me touche profondément. Ça me fait réfléchir. Depuis que je suis au courant de cette plainte, j’y pense beaucoup. Je le ressens vraiment comme une attaque personnelle. »
Sollicitée, la direction de Safran n’a pas souhaité s’exprimer sur cette plainte.
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