Nos rencontres dans les Balkans, un passé bien présent
Les Explor'actrices, sur les routes des Balkans
Quand voyager rime avec s’engager. Embarquement pour les Balkans aux côtés de trois strasbourgeoises parties à la rencontre de projets locaux et positifs. Elles partagent ici expériences et réflexions sur leur aventure
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Nos rencontres dans les Balkans, un passé bien présent

Nous venons d’arriver à Belgrade, en Serbie. Cela fait 10 semaines que nous menons notre voyage engagé et que nous découvrons l’Histoire et la culture des Balkans. Bien plus que les livres et les documentaires, les témoignages des personnes qui croisent notre route, authentiques et chargés de vécu, nous sont précieux.

À ce jour, nous avons recueilli de beaux témoignages, mais qui restent des bribes au regard de la diversité et de la complexité des éléments. Il nous reste beaucoup de choses à apprendre sur ces pays. À la croisée des chemins entre l’Orient et l’Occident, ils ont une Histoire compliquée et une culture riche, de par les multiples ethnies (Slovènes, Croates, Bosniaques, Serbes, Monténégrins, Macédoniens, Albanais, Grecs, Turcs, Bulgares, Roumains, Hongrois) et religions (musulmans, orthodoxes, catholiques) qui “cohabitent” ensemble. Au cours des siècles, les pays des Balkans ont été envahis, divisés, fusionnés, dominés, en guerre… et cherchent encore aujourd’hui un équilibre.

Repas traditionnel dans la “Oda” avec nos amis albanais

Le projet The Local Shakers, un vecteur de rencontres passionnantes

À Tirana, nous rencontrons Ivo et Arnen, fondateurs d’un projet de transformation des infrastructures militaires abandonnées en entreprises sociales et locales. Peu après l’interview, ils nous présentent à certains de leurs amis albanais, dont Eduart. Ce dernier, très social et accueillant, nous invite dîner dans un restaurant traditionnel de la capitale. Il nous parle des traditions albanaises toujours très ancrées (l’accueil patriarcal dans la fameuse pièce « Oda », l’hospitalité de rigueur même pour les plus pauvres et résumée par le dicton « Pain, sel, cœur »).

Bien sûr, nous goûtons aux plats typiques (fergese, fasule pllaqi, tav kosi), toujours accompagnés d’une petite rasade de raki (l’eau de vie des Balkans). Avide de partage, Eduart nous raconte aussi l’Histoire de son pays et notamment la dictature communiste d’Enver Hoxha qui a tenu le pays dans la misère pendant 45 ans, de 1945 à 1990. Cette période a plongé l’Albanie dans un profond isolement et a entraîné un retard de développement économique considérable qui se fait toujours ressentir.

À Sarajevo en Bosnie-Herzégovine, Nadira, franco-bosniaque et fondatrice d’une association qui soutient les femmes victimes de la guerre, nous fait entrer dans son univers. C’est l’occasion d’échanger avec ces femmes sur leur vécu pendant les derniers conflits. La dernière guerre démarre le 6 avril 1992, le jour où la Bosnie-Herzégovine est déclarée indépendante vis-à-vis de la Fédération yougoslave. Opposés à la désintégration de la Yougoslavie, les Serbes de Bosnie siègent Sarajevo. Jusqu’en novembre 1995, ils combattent les Bosniaques-musulmans, les Croates-catholiques, les Croates et les Serbes-orthodoxes. Persécutions, viols, isolement et deuils sont gravés dans les mémoires des femmes que nous avons rencontrées, mais elles regardent vers l’avenir avec positivisme.

Urim, l’un des acteurs locaux du Kosovo interviewés et directeur d’une organisation environnementale, nous amène à une autre rencontre intéressante ; celle d’Arjan. Bien que né au Kosovo, il se sent – comme la majorité des habitants du Kosovo – Albanais, puisque la majorité de la population vient d’Albanie. Arjan, qui jongle entre trois jobs pour joindre les deux bouts – dont guide touristique -, nous guide en vélo dans les montagnes de Peja, Rugova, au nord du pays, jusqu’à un petit village qui s’est progressivement ouvert aux voyageurs à la fin de la guerre en 1999. Là, un couple nous accueille tout sourire chez eux et nous sert un délicieux repas traditionnel. Au menu : burek aux épinards, poivrons farcis et pain plat.


Repas traditionnel dans les montagnes de Rugova, Kosovo.

Les rencontres et évènements spontanés apportent aussi leur lot d’informations

Nous randonnons sur la petite île grecque Skiathos baignée de soleil à la recherche d’un point d’eau pour remplir nos gourdes. N’en trouvant pas, nous frappons à la porte d’une petite maison. Mais sans avoir eu le temps d’exprimer la raison de notre visite, nous nous retrouvons avec un grand verre de vin et des toasts dans les mains. Nous sommes le 11 mars, un jour férié nommé le “lundi pur”, où les familles se retrouvent autour de divers mets. À Skiathos, il s’agit surtout de spécialités à base de poissons et de fruits de mer (oursins, calamar…). Tellement touchées par l’accueil et la générosité de la famille, nous restons un bon moment. La suite de la randonnée attendra, nous sommes en plein apprentissage des danses traditionnelles sur la piste de danse improvisée dans la cuisine.

Restons dans l’univers musical. De manière imprévue, nous avons eu la chance d’assister à un concert et à un spectacle de danses traditionnelles dans la bibliothèque nationale de Prishtina, au Kosovo. Tout de blanc et rouge vêtus, les musiciens et danseurs nous ont fait découvrir une partie de leur culture, vivante et gaie. Après cette jolie parenthèse kosovar, nous replongeons dans le passé plus dur, à Mostar. Alors que nous admirons le vieux pont ottoman de l’architecte Sinan qui fût détruit en 1993 puis reconstruit après la guerre, un quadragénaire en quête d’un briquet nous aborde. Plusieurs heures plus tard, nous sommes toujours à discuter ensemble et à l’écouter nous raconter son histoire ; celle d’un homme qui a été soldat puis prisonnier. Il nous montre aussi les traces des conflits : éclats de grenade, bâtiments bombardés, tour de tir des snipers, etc.


Le vieux Pont de Mostar, en Bosnie-Herzégovine, un monument historique

Bien que nous avons été témoins des mêmes choses et rencontré les mêmes personnes durant ces semaines, chacune de nous s’est créé sa propre opinion – à la fois en fonction de ses attentes avant de quitter Strasbourg que de ses ressentis. Personnellement (Ludmilla), j’ai été émue de pouvoir échanger avec des personnes, relativement jeunes, ayant connu la guerre. Moi, (Victoria), je m’attendais à ressentir un climat d’insécurité lié aux guerre récentes et c’est finalement la volonté de construire un avenir serein qui m’a été donné de voir. Pour moi (Lucile), j’ai remarqué que certaines rancœurs persistent pour les anciennes générations, tandis que les plus jeunes déplorent que ces différends sont davantage d’ordre politique. Mais c’est finalement la volonté de vivre ensemble et de cohésion entre les communautés que je retiens.

Nous avons toutes été touchées par la gentillesse de ces personnes, agréablement surprises par le temps (loin d’être compté) qu’ils nous ont accordé et par leur envie de partager avec nous leurs vécus. Nous ne pouvons qu’encourager à découvrir cette région.

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L'AUTEUR
Ludmilla, Victoria et Lucile
Trois Strasbourgeoises sur la route, de la Grèce à la Slovénie et en rencontres.

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