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PFAS et pesticides : 96% de la nappe phréatique intoxiquée

La nappe phréatique rhénane, qui sert de réserve d’eau potable pour 5 millions de personnes dont les habitants de la plaine d’Alsace, est massivement contaminée par des micropolluants toxiques selon une vaste étude transfrontalière publiée jeudi 7 mai.

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PFAS et pesticides : 96% de la nappe phréatique intoxiquée
Les eaux de ruissellement entrainent les pesticides vers la nappe phréatique.

Des Allemands, des Suisses et des Français travaillent ensemble sur la qualité de l’eau de la nappe phréatique rhénane. Dans ces trois pays, cette réserve souterraine alimente au moins 5,6 millions de personnes en eau potable. Jeudi 7 mai, les scientifiques ont publié un rapport de plus de 500 pages sur la pollution de cette ressource.

Le projet s’intitule Ermes-ii-Rhin. Il a commencé en 2022 pour réaliser des centaines de milliers de mesures jusqu’en 2025, et ses résultats sont préoccupants. Ils exposent que presque l’intégralité – 96 % – des tests réalisés révèlent la présence d’au moins un micropolluant. Cette famille regroupe des substances chimiques qui provoquent des « effets toxiques sur la santé humaine et les écosystèmes à des concentrations infimes, de l’ordre du millionième ou du milliardième de gramme par litre, soit l’équivalent d’un sucre dissous dans une piscine olympique », selon les scientifiques.

La nappe phréatique du Rhin supérieur s’étale sur trois pays différents.Photo : Ermes-ii-Rhin / Aprona

Les principaux micropolluants détectés sont les pesticides et leurs métabolites (molécules issues de la dégradation des pesticides), les substances per- et polyfluoroalkylées (PFAS) et les résidus de produits alimentaires, comme les édulcorants, à égalité avec les produits pharmaceutiques. Les scientifiques tiennent à préciser que « ces résultats d’analyses portent sur la ressource en eau, les eaux brutes, de la nappe phréatique, avant tout traitement ». Ils ne sont pas représentatifs de la qualité de l’eau distribuée dans les foyers, bien que celle-ci soit régulièrement non conforme aux normes sanitaires en Alsace du fait de cette même pollution.

Près de 450 000 résultats collectés

Les scientifiques du projet Emes-ii-Rhin ont réalisé une campagne d’analyse sur près de 1 500 points de mesures à travers les trois pays entre 2022 et 2025. Au total, près de 450 000 résultats ont été collectés.

Philippe Schott, directeur de l’Observatoire de la nappe d’Alsace (Aprona), association pilote du projet, détaille :

« Le projet Ermes-ii-Rhin est unique à l’échelle européenne. Par rapport au premier projet Ermes 2016, nous avons multiplié par deux la quantité de données collectées. Au total, près de 50 personnes ont travaillé sur le projet Ermes-ii-Rhin et ont exploré l’état de la pollution des 150 milliards de mètres cubes de la nappe phréatique du Rhin supérieur. »

Philippe Schott, directeur de l’Observatoire de la nappe d’Alsace.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg

En moyenne, neuf micropolluants différents ont été identifiés sur chaque point de mesure et dans près de 60% des cas, la concentration d’au moins un micropolluant dépasse les normes de potabilité de l’eau. « Il y a tout de même des éléments positifs », tente de nuancer Philippe Schott :

« La situation ne s’est pas aggravée par rapport à 2016, il y a même une légère amélioration concernant les pesticides, ce qui est une bonne chose, même s’il y a encore beaucoup de substances méconnues. Ce que l’on peut observer, c’est la différence de concentrations de certaines substances entre les pays en fonction de leur date d’interdiction. Par exemple, l’atrazine n’est presque plus détectée en Allemagne alors qu’elle l’est encore en France et en Suisse. La différence : les Allemands l’ont interdite en 1991, la France en 2003 et la Suisse en 2007. »

Des pesticides pour betteraves au-dessus des seuils

Principaux responsables de la dégradation de la qualité de la nappe phréatique, les pesticides et leurs métabolites ont été retrouvés sur près de 90% des points de mesures. Dans leur rapport, les scientifiques qualifient leur présence de « pollution diffuse et chronique sur l’ensemble de la nappe rhénane ». Dans la moitié des cas de pollution aux pesticides identifiés, la concentration de ces polluants dépassent les valeurs seuils pour la potabilité de l’eau.

C’est le cas pour la chloridazone et son métabolite, la chloridazone desphenyl, identifiées sur près d’un tiers des points de mesure au delà du seuil de potabilité. Cette molécule, qui a provoqué de nombreuses dérogations préfectorales pour la distribution de l’eau potable en Alsace (voir nos articles en cliquant ici, ici et ), a été utilisée dans la culture de la betterave jusqu’en décembre 2020 en France. Baptiste Rey, coordinateur du projet au sein de l’Observatoire de la nappe d’Alsace, souligne :

« Ce sont vraiment les vestiges d’un pesticide aujourd’hui interdit. On retrouve principalement les concentrations et les dépassements des seuils réglementaires là où il y avait la culture de la betterave, donc en Alsace et dans le Länder allemand de Hessen et du Rheinland-Pfalz, la partie nord de la nappe phréatique rhénane. »

Baptiste Rey, coordinateur du projet Ermes-ii-Rhin pour l’Observatoire de la nappe d’Alsace.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg

Une contamination généralisée au TFA

Massivement identifié dans la nappe en Alsace et dans plusieurs campagnes au niveau national, le TFA, le plus petit des PFAS, a été retrouvé dans 96% des mesures réalisées par les scientifiques. S’il n’existe aucune norme européenne concernant la concentration de ce PFAS dans l’eau potable, « le TFA dépasse une concentration de 100 nanogramme par litre (ng/l) dans 40% des mesures réalisées », écrivent les scientifiques dans leur note de synthèse.

En France, ce chiffre de 100 ng/l correspond à la limite sanitaire de potabilité de l’eau pour la somme des 20 PFAS considérés comme les plus préoccupants pour la qualité de l’eau potable. Si le TFA n’en fait pas partie aujourd’hui, il devrait rejoindre cette liste dès 2027. Le directeur de l’Aprona alerte, sans concession : « Le TFA est clairement un sujet majeur pour les années à venir autour de l’enjeu de la ressource en eau. »


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