Qui est Salah Koussa, l’enfant du quartier qui a gagné Hautepierre aux élections ?
Politique 

Qui est Salah Koussa, l’enfant du quartier qui a gagné Hautepierre aux élections ?

Salah Koussa n’a obtenu que 1,52% des voix dans la première circonscription du Bas-Rhin aux élections législatives. Mais il a gagné le cœur des habitants de Hautepierre. Novice en politique et sans étiquette, l’enfant du quartier a occupé la seconde position dans presque tout le quartier populaire de l’ouest de Strasbourg. Portrait.

Après cinq semaines d’absence, Salah Koussa, 36 ans, a retrouvé son emploi de cadre commercial à Strasbourg. Il a posé des congés payés et sans solde pour se présenter, sans étiquette, aux élections législatives dans la première circonscription du Bas-Rhin. Pourquoi ? La chemise un peu ouverte mais pas trop, ce patron d’un magasin Darty s’assied devant son petit bureau, « c’était l’endroit le plus pratique pour se rencontrer, » explique t-il presque en s’excusant.

Peu habitué aux interviews et novice en politique, l’enfant du quartier de Hautepierre semble s’être vite rompu aux techniques de communication politique et sait déjà manier l’art de ne pas répondre aux questions qui l’embêtent. Cependant, il le fait avec un sourire gêné.

« Je voulais réussir »

Jeune, Salah Koussa se rêvait en star de l’athlétisme ou du foot. « Je voulais réussir, » explique t-il. Réussir est un terme que ce commercial utilise beaucoup. La réussite, ici, c’est changer de classe sociale, s’élever, casser les déterminismes. Aujourd’hui, bien que son activité sportive se cantonne à un rapide tour du parc de l’Orangerie le dimanche matin et à quelques matchs de foot la semaine, le Strasbourgeois semble fier de son parcours et explique avoir trouvé sa voie dans le commerce. Après avoir obtenu un BTS au lycée René Cassin à Strasbourg, être passé par l’alternance, Salah Koussa a gravi un à un les échelons des grandes enseignes commerciales : « j’ai commencé par être vendeur, maintenant je suis directeur, » dit-il comme si cela allait de soi. 

Le trentenaire préfère ne pas se voir affublé de l’étiquette de « self made man. » Il explique ne pas être le seul à avoir réussi une carrière professionnelle tout en étant issu de Hautepierre, il s’inscrit dans un mouvement plus général qui met les déterminismes au pas. Un positionnement proche de celui d’En Marche ? Ça se discute :

« Je suis progressiste et je pense qu’avec de la volonté et un peu d’aide, chacun peut arriver là où il veut être. Il y a un immobilisme ambiant qui paralyse tout, ma candidature s’est inscrit contre cet espèce de défaitisme. Et vous savez, En Marche on les a découvert il y a à peine un an, moi ça fait un peu plus longtemps que je suis dedans. Mon travail personnel, celui d’accompagner les jeunes d’ici, je ne l’ai pas commencé il y a un an.

Si Salah a décidé de se présenter aux élections législatives c’est pour, dit-il, « essayer de faire vraiment bouger les choses. » Impliqué dans la formation et l’avenir professionnel des jeunes de son quartier, il estime que, malgré les nombreux discours qui ont été prononcés sur la jeunesse des quartiers, rien n’a réellement été fait pour elle. Avec sa candidature, il voulait représenter ceux qu’il appelle « les déçus de la politique » pour leur donner une autre voie que celle du vote protestataire ou de l’abstention :

« Il faut faire participer tout le monde, sinon ça ne marche pas. On travaille à faire tomber certaines barrières, il faut comprendre qu’en travaillant ensemble, tout est possible. La France a une superbe jeunesse qui n’attend que ça, d’être prise en considération. »

Pendant sa campagne le candidat a multiplié les apparitions aux côtés des associations locales, ici au repas des membres de l’association AMI, Animation Médiation Insertion (doc remis)

80% de ses voix sur les 6 bureaux du quartier

Un engagement qui ne date pas d’hier. Dans ce quartier populaire de l’ouest de Strasbourg, presque tout le monde connaît Salah. Résultat : sur les 6 bureaux de vote du quartier, qui se sont abstenus à plus de 70% des inscrits, Salah Koussa est arrivé deuxième 5 fois. Cette proximité, premier argument du candidat, s’est traduite jusque dans l’organisation de la campagne de ce néophyte de la politique : directeur de sa propre campagne, pas de bureau de campagne, pas d’intermédiaire.

Selon un éducateur de rue présent depuis plus de 10 ans sur ce terrain, des jeunes se sont retrouvés dans sa candidature parce qu’ils le connaissent et qu’ils s’y identifient :

« Ici tout le monde le connait, lui et sa famille, parce qu’il n’est pas le seul à être engagé. Son frère est à la tête de l’association Declic, ils interviennent dans le collège pour présenter différents métiers et échanger sur les questions d’orientation. Salah aide à faire émerger de nouvelles personnalités et je trouve ça intéressant. Son très beau score sur Hautepierre, ce n’est pas un hasard, il a ses connaissances, son réseau et des relais intéressants. Il devrait capitaliser là-dessus et continuer à travailler sur le reste du territoire. Il est jeune, il faut qu’il continue. »

La question de son avenir en politique se pose avec d’autant plus de vigueur que la méfiance envers les élus locaux se fait de plus en plus forte. Ici, un tel engouement pour une candidature politique est notable, selon un des responsables du Ricochet, l’antenne du centre socio-culturel du quartier à destination des jeunes :

« Sa candidature… Je me suis dis pourquoi pas. Ici, on ne se sent pas représentés, c’est rare qu’on nous sollicite. Les autres candidats, on ne les voit qu’en période électorale alors que Salah, il a joué au foot dans le quartier, il est impliqué ici, il a aidé, conseillé, et même salarié beaucoup de jeunes du quartier. »

Une campagne des législatives et puis s’en va ?

Le principal concerné, pour qui ces six semaines en tant que candidat aux législatives ont été une première expérience politique, n’exclut d’ailleurs pas de continuer l’aventure. Aux élections municipales de 2020 peut être ? Pour l’instant, Salah préfère laisser ces questions en suspens et explique se remettre tout juste d’une campagne « épuisante, » qui lui a beaucoup coûté.

Pour financer sa campagne, l’ancien candidat a directement puisé dans ses économies, à hauteur de plus de 10 000 euros. Une somme conséquente qui est principalement passée dans l’achat des bulletins et des tracts. Comme il n’a pas dépassé 5% des suffrages exprimés, il ne sera pas remboursé par l’État. L’ancien candidat reçoit de la part de certains habitants des dons pour l’aider à renflouer ses comptes. Un investissement important en temps et en argent que le commercial ne regrette absolument pas :

« C’était une belle expérience et j’ai pu voir, de l’intérieur, comment se passait une campagne politique. J’ai aussi pu découvrir différemment les élus, les humains derrière les étiquettes, leur parler et se rendre compte, qu’au delà des divergences idéologiques qu’on peut avoir, ils font un travail difficile. »

Les tracts et les bulletins de vote, le plus gros poste de dépense pour cette candidature auto-financée par le candidat (doc remis)

Il est cependant certain qu’un tel poids électoral sur un quartier si difficile à mobiliser ne pourra pas être négligé par les futures têtes de listes aux élections municipales de 2020. Salah avoue que certains « gros partis » l’ont déjà sollicité, mais pour l’instant, il explique ne pas se reconnaître dans leurs offres politiques. Le commercial assure s’être présenté à cette élection pour apporter « une nouvelle voix dans le débat public, » pas pour asseoir une quelconque légitimité lui permettant de se placer sur une liste pour les municipales.

Pour Louis Schalk, le directeur du centre socio-culturel de Hautepierre, c’est surtout sa réussite personnelle qui a séduit les habitants du quartier :

« Il fait partie d’une génération de jeunes dont certains ont bien réussi. Maintenant qu’il a une position intéressante, il veut en faire profiter les gens du quartier. Je savais qu’il avait envie de s’investir dans des projets associatifs. Là c’était plutôt politique mais ça ne m’a que moyennement étonné. C’est quelqu’un qui avait envie de s’engager et c’est plutôt une bonne chose par ici. »

Après avoir été interrompu à plusieurs reprises par les sollicitations de ses employés pendant l’entretien, il est temps pour Salah Koussa de remettre sa casquette de directeur de magasin. Ce rôle qu’il a dû laisser de côté pendant cinq de ces six semaines de campagne, lui plaît. Il aime son domaine, son enseigne et son emploi. Il semblerait cependant que l’exercice d’un mandat politique ne soit pas non plus pour lui déplaire. « Oui, mais ce n’est pas un métier » finit-il par conclure.

L'AUTEUR
Zerouali Khedidja
Zerouali Khedidja
Etudiante en journalisme

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