Souffrance dans la protection de l’enfance : « Je veux sauver ma peau. Soit ça change, soit j’arrête »
Société 

Souffrance dans la protection de l’enfance : « Je veux sauver ma peau. Soit ça change, soit j’arrête »

Une trentaine d’agents de la protection de l’enfance ont manifesté dans la matinée du 14 mai pour la création de postes supplémentaires. Face à une charge de travail en hausse, ils dénoncent des moyens insuffisants et une direction du Département qui « entend mais n’écoute pas ».

« Enfants sacrifiés. Agents épuisés. SPE (Service de Protection de l’Enfance) en danger » Devant l’hôtel du département, une trentaine grévistes scandent les motifs de leur colère. Ils n’en sont pas à leur première grève de l’année. Malgré une mobilisation le 30 avril, à l’appel d’une intersyndicale (CFDT, CFTC, CGT, FO et UNSA), les travailleurs sociaux, psychologues ou encore les chargés d’accueil ne sont toujours pas satisfaits par les réponses du Conseil départemental du Bas-Rhin. « On nous parle de 27 postes créés dans le service SPE en deux ans, mais on ne le ressent pas sur le terrain », estime Hülliya Turan, représentante du personnel pour la CGT.

Une trentaine d’agents du service de protection de l’enfance manifestaient devant le Conseil départemental dans la matinée du 14 mai. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Une guerre des chiffres

Vers 10h du matin, la direction des ressources humaines a proposé une réunion aux grévistes. Ils en sont sortis insatisfaits,. Dans un courrier interne, les cadres du conseil départemental rappellent l’augmentation de 4 millions d’euros des moyens alloués à la politique de l’enfance. La direction reconnait « la saturation du dispositif d’accueil et ses conséquences pour les jeunes et pour vous, professionnels. » Elle rappelle donc « l’ouverture de 341 nouvelles places (…) en cours de mise en oeuvre. »

Pour les agents sur le terrain, les effets de ces mesures tardent à se faire sentir. Violette Marino, secrétaire de section CFDT au Conseil départemental, regrette une réponse insuffisante :

Le nombre de Mineurs non-accompagnés (MNA) a explosé. On est passé de 330 enfants en 2016 à 800 en 2018. Des places ont été créées mais il y a encore des mineurs qui n’ont pas pu trouver de place dans le département. Les travailleurs sociaux ne sont pas assez nombreux. Une collègue enceinte, qui devait prendre deux semaines d’arrêt, est revenue une semaine plus tôt pour aider…

Un nombre de travailleurs sociaux insuffisant

Le service de protection de l’enfance joue un rôle crucial dans l’accompagnement d’enfants dont la santé, l’éducation ou la sécurité est en en péril. Le département doit leur assurer un toit, dans un foyer ou une famille d’accueil, une scolarisation ou encore un suivi médical. Pour le conseil départemental, un travailleur social doit pouvoir assurer le suivi de quarante mineurs. Le nombre d’enfants à aider est supérieur pour les agents du le Bas-Rhin, estime-t-on du côté de la CGT. Plusieurs sources syndicales souhaiteraient plutôt confier trente enfants à chaque agent du SPE. Violette Maro explique :

On doit pouvoir construire un parcours de vie pour chaque enfant. Mais les travailleurs sociaux ont l’impression de ne plus pouvoir faire leur travail. Par exemple, ils devraient rendre visite aux familles d’accueil tous les 4-5 semaines. Ils ne peuvent le faire que tous les semestres…

« J’ai l’impression de m’autodétruire »

Le manque de personnel vient aussi d’un recrutement difficile au vu de la dureté du métier et des nombreux arrêts maladie… « J’ai l’impression de m’autodétruire », raconte une travailleuse sociale sous couvert d’anonymat. « La moitié de mon équipe est partie il y a six mois. Ils ont demandé une mutation ou leur retraite anticipée. »

Enfant déscolarisé, enfant sans famille d’accueil ou foyer, enfant malade… Les travailleurs sociaux bas-rhinois y pensent tout le temps, le jour comme la nuit. Lorsque les moyens manquent, la situation se dégrade. Une souffrance pour les mineurs, leur famille d’accueil et les employés du SPE. Ces derniers subissent une charge de travail et mentale insupportable :

« L’heure est grave. Si les choses ne bougent pas d’ici septembre, je vais sauver ma peau. Je fais pas ce boulot pour l’argent, je le fais pour son sens. Mais on est dans un tel état. On est épuisé. Soit ça change, soit j’arrête.  »

L'AUTEUR
Guillaume Krempp
Guillaume Krempp
Journaliste en alternance depuis la rentrée 2017.

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