« J’ai pleuré toute la semaine dernière, je n’arrive pas à en parler sans chavirer un peu, confie Bruno (prénom modifié), travailleur social pour l’association l’Étage. Je dois annoncer à des familles qu’on loge depuis six, sept, huit ans, que leur hébergement va s’arrêter. Elles sont dépitées. Pendant toutes ces années, on a construit un lien. Elles prennent des cours de français, elles font du bénévolat, trouvent des promesses d’embauche. Pourquoi les accompagner depuis si longtemps et refuser de les régulariser ? Cette incohérence me dépasse. »
Depuis 2024, l’État réduit petit à petit les places d’hébergement d’urgence pour les ménages à droits incomplets (MDI). Il s’agit de familles qui n’ont pas encore réussi à régulariser leur situation administrative. Elles sont souvent originaires d’Europe de l’Est, du Caucase, d’Afrique du Nord ou de l’Ouest et disent venir pour des raisons vitales de sécurité ou de santé. Mais la France considère leurs pays d’origine comme « sûrs » malgré des atteintes aux droits humains documentées. Sauf exception, leurs demandes de titres de séjour sont refusées, ce qui les condamne à ne pas pouvoir se loger et travailler légalement.
822 places supprimées
La préfecture du Bas-Rhin avait créé des places d’hébergement d’urgence pour ce public en 2013. Elle est théoriquement obligée de proposer une mise à l’abri aux personnes qui le demandent, quelle que soit leur situation administrative. Mais l’État veut mettre fin à ce dispositif. Il a commencé par rayer des centaines de places MDI situées dans des hôtels ou chez des acteurs immobiliers comme la Maison des loges. Et il veut supprimer celles des associations pour un arrêt total au 31 décembre 2026. Rue89 Strasbourg a pu consulter des consignes envoyées mi-juin par la préfecture, à destination des structures concernées.
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