« J’aurais pu mourir » : Un pompier témoigne des nouveaux risques du métier
Société 

« J’aurais pu mourir » : Un pompier témoigne des nouveaux risques du métier

actualisé le 13/09/2019 à 10h15

En grève depuis fin juin, les pompiers manifestent ce samedi 7 septembre à Strasbourg. Ils demandent notamment une augmentation de leur prime de feu, inchangée depuis 1990. Un ancien pompier professionnel a accepté de témoigner des dangers croissants encourus au quotidien.

À plusieurs reprises, Christian (le prénom a été modifié) a essuyé des tirs, de fusées, de mortier, de pavés… et de balles. Son corps porte encore la marque d’un impact. « À un geste près, je la prenais en pleine tête. J’aurais pu mourir… », lâche-t-il sans donner trop de détails.

En près de trente ans de carrière, l’ancien pompier professionnel a connu un « degré de violence croissant » et des risques toujours plus nombreux. Pourtant, depuis le début de sa carrière, aucune prime liée au risque n’est venue compenser cette dangerosité croissante. La « prime au feu », qui compense la pénibilité du métier, n’a jamais augmenté depuis 1990.

Pour soutenir ses ex-collègues, dont certains manifesteront à Strasbourg samedi 7 septembre à 14h, l’Alsacien a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat. « On voudrait juste que le métier soit reconnu comme étant à risques dans la loi », affirme-t-il.

Comme le personnel hospitalier, les pompiers ont l’obligation d’assurer la continuité du service. Ils affichent donc leurs revendications sur leurs camions. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Sans protection contre l’imprévisible

Dès les années 90, Christian a connu les « guet-apens, les jets de balles de pétanque, et même de machines à laver ou de vélos depuis les balcons sur les véhicules de secours. » Mais depuis plusieurs années, la violence envers les pompiers dépasse le périmètre des quartiers sensibles : « De plus en plus, j’ai été confronté à des drogués, des déséquilibrés et des gens armés pendant un secours à personne (qui constitue la grande majorité des interventions, ndlr). » Par exemple :

« On pense arriver sur un simple secours à personne, on mets nos gants en latex, puis la personne devient violente, pire, elle sort un couteau. On manque parfois d’information sur la personne à secourir… mais aussi d’équipement de protection face aux agressions. Pendant des secours à personne, on porte un simple pantalon et une veste, voire un t-shirt en été. »

Des pompiers agressés par les victimes

Septembre 2018, Bischheim : un homme secouru assène un coup de poing à l’un des trois pompiers en intervention.

Juillet 2019, Haguenau : ivre, un homme victime d’un malaise finit par insulter et frapper les pompiers qui le secourent.

Août 2019, Saverne : Après avoir été transporté à l’hôpital, l’homme secouru insulte et frappe l’un des trois pompiers.

Manque de moyens en milieu rural

Christian a aussi observé un risque croissant en milieu rural : les interventions risquées commencent de plus en plus en l’absence des forces de l’ordre. « Ils manquent aussi de personnel et de moyens et on subit derrière », râle-t-il, avant de regretter un périmètre d’action souvent trop large pour la police ou la gendarmerie : « Ils font leur maximum pour nous protéger mais il arrive qu’on ait déjà dû attendre pendant une demi-heure que les forces de l’ordre arrivent car leurs zones d’intervention sont trop grandes. »

Intervention des pompiers à Schiltigheim suite à l’incendie du 3 septembre 2019. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg)

Les risques classiques du métier se sont aussi aggravés, selon le retraité. Les produits synthétiques plus nombreux dans les logements, et le double-vitrage, font des maisons ou appartements de véritables petites bombes : « Les nouvelles vitres contiennent bien mieux l’accumulation des fumées et des gaz chauds jusqu’au backdraft (explosion due un appel d’air dans un explosion, ndlr) », explique l’ancien pompier. Les voitures incendiées sont aussi devenues plus dangereuses. « Mais là, les choses se sont améliorées, on n’intervient plus sans appareil respiratoire isolant et des procédures d’attaque spécifiques », tient-il à rassurer.

Des risques chimiques aux cancers

Cédric Hatzenberger, représentant Force Ouvrière au Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) du Bas-Rhin, revendique aussi la reconnaissance des cancers comme maladie professionnelle. Selon le syndicaliste, les protections face aux risques chimiques restent insuffisantes :

« Quand on sort d’un feu, les habits sont souillés et il faudrait une chaîne de nettoyage direct. Or, on rentre tous nettoyer nos uniformes à la caserne et les particules fines restent, on les respire tout le temps. Le problème, c’est qu’une chaîne de nettoyage est très coûteuse. De toute façon, au moment d’intervenir sur un feu, même en ayant un appareil respiratoire, tout est dégueulasse dans ces fumées, on ne devrait pas y rester plus de 10 secondes. Elles contiennent du plastique, du polyuréthane… »

Une expérimentation : les caméras embarquées

Dans le Bas-rhin, au contraire d’autres départements, les pompiers n’ont pas de revendications sur les effectifs : « Cet été, 35 embauches ont été obtenus sur 3 ans », se félicite Cédric Hatzenberger. En décembre 2018, deux pompiers bas-rhinois ont publié une pétition pour la reconnaissance du métier à risques. Elle a recueilli à ce jour près de 75 000 signatures. Au niveau national, le ministre de l’Intérieur vient de lancer une expérimentation à Paris et dans le département du Val d’Oise. Pour dissuader les agresseurs, les pompiers seront équipés de caméras-piéton.

Selon la Direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), depuis le début de l’année, 312 pompiers ont été blessés.

Y aller

Manifestation des pompiers à l’appel des syndicats FO, de la CFE-CGC et du syndicat autonome SPP-PATS, samedi 7 septembre de 10h30 à 15h, place Kléber.

L'AUTEUR
Guillaume Krempp avec Déborah Liss

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