À travers un chemin escarpé du Club vosgien, on accède encore par un sentier à la route départementale 466. Dans le calme absolu, on y entend les chants d’oiseaux à travers les arbres. Les quelques gouttes de pluie font ressortir l’odeur de bois mouillé. Une quiétude totale qui tranche avec l’état de la route. De la terre, des branchages, des sciures et des grands tas de troncs d’arbres jonchent les côtés de part et d’autre.
Sur ces 4,5 kilomètres de long, plus de 1 000 arbres ont été coupés depuis le 15 avril. Il s’agit d’une opération de « sécurisation » de la route, dans la crainte que des branches et arbres ne tombent. Des dangers repérés « de longue date » reconnait la préfecture du Haut-Rhin. Certains protagonistes parlent d’un diagnostic de 2023, voire de 2018 ou de 2011. Et c’est finalement la venue du Tour de France cycliste à l’été 2026 qui a décidé tout le monde à se soucier de la sécurité de cet itinéraire. Résultat, des travaux décidés en urgence, des centaines d’arbres en bonne santé qui ne présentaient aucun danger coupés, le tout en pleine période de nidification.


« C’est la pire période, constate Albert Gasser, animateur du groupe local Thur-Doller d’Alsace Nature. Pour les oiseaux des haies, on est censés éviter les abattages du 15 mars au 1er août. Pour le tétras, réintroduit dans la zone, c’est même du 1er décembre au 1er juillet. En tout cas, on évite tout le printemps au minimum. » À côté d’épais troncs d’arbres, il rappelle que la zone fait l’objet d’une série de protections.
La responsable du pôle nature et biodiversité pour le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, Karine Jung, insiste sur « la richesse forestière extraordinaire » de cette portion que les coureurs avaleront en moins de 15 minutes le 18 juillet. « La hêtraie-sapinière est faiblement représentée en Europe », appuie-t-elle. Une richesse qui a valu à cette forêt d’être « identifiée et classée » comme une zone « d’intérêt européen » dans le cadre du programme Natura 2000.
« Mais Natura 2000 protège de pas grand chose », constate, amer, Dominique Humbert Beretti, président de SOS Massif Vosges.
Un troc d’arbres dangereux contre des arbres en bonne santé
Les organisations écologistes ne contestent pas le besoin de sécuriser les abords des routes, qu’il y ait le Tour de France, la saison touristique, ou non. Mais à la vue du chantier, c’est surtout le nombre d’arbres en bonne santé prélevés qui interpelle. « On n’a aucune info sur le nombre », déplore Albert Gasser alors qu’une rencontre sur place avec l’Office national des forêts (ONF) s’est déroulée le 30 avril. Selon le maire de Sewen qui a mené les discussions, l’enlèvement des arbres sains à destination de l’industrie forestière a en quelque sorte été troqué contre l’enlèvement « gratuit » des arbres dangereux.
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