Mme la préfète, autorisez l’accès aux parcs et jardins au nom de la santé publique !
Tribune 

Mme la préfète, autorisez l’accès aux parcs et jardins au nom de la santé publique !

actualisé le 09/05/2020 à 15h14

Colistiers de Strasbourg écologiste et citoyenne, Suzanne Brolly et Jean Werlen s’offusquent que l’accès à la nature en ville ne soit pas autorisé pour le déconfinement. Ils font valoir que ce contact avec les plantes et le vivant est un impératif de santé publique.

Réouvrir les golfs à partir du lundi 11 mai, mais pas les jardins publics en ville ? Spécialiste de la nature en ville pour l’une, architecte pour l’autre, tous deux écologistes, nous sommes sidérés par l’iniquité et l’aspect contre-productif de cette décision ! (Le département étant classé rouge, l’accès aux parcs et jardins n’est pas autorisé, selon le plan de déconfinement du gouvernement, NDLR).

Pour enrayer la progression de l’épidémie de coronavirus, la préfecture du Bas-Rhin a décidé dès le vendredi 20 mars d’interdire l’accès à toutes les forêts, jardins publics, plans d’eau et parcours de santé du département. À l’aube du déconfinement, ces dispositions sont maintenues pour les parcs et jardins, alors qu’elles vont à l’encontre du bien-être de la population et ne permettent pas de réduire les risques de contamination.

Le parc de la place de Haguenau permet la pratique du jogging et un peu de promenade (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

En outre, ces dispositions induisent des risques qui ne peuvent être ignorés :

  • Un risque de concentration des flux du fait de la réduction du périmètre de déplacement : Pour tenir compte de la « distanciation physique » imposée dans l’espace public, rendue plus difficile encore par les files d’attente devant les magasins, augmenter la place allouée aux piétons et aux cycles est une évidence. Permettre la circulation sur les berges et dans les parcs réduirait le nombre de piétons sur les trottoirs et donc la pression sur un espace public réduit. 
  • Un risque accru pour la santé mentale : plusieurs études attestent que les espaces de nature (parcs urbains, forêts, berges végétalisées, etc.) nous offrent de précieuses ressources pour lutter contre le stress en concourant au recouvrement de nos réserves cognitives et émotionnelles. Nous ne remettons pas en question les mesures barrières pour réduire la progression de la pandémie, mais nous nous inquiétons en revanche pour le bien-être de ceux qui vivent en ville, parfois dans des espaces très restreints et bien souvent sans jardin.
    Le contact avec la nature est nécessaire pour la santé physique et mentale, comme pour le développement physique et psycho-affectif de l’enfant. Le lien à la nature est un besoin essentiel qui ne peut être ignoré. La pression psychologique (stress, dépression anxiété, trouble de l’humeur) renforcée par le confinement pourrait être soulagée en permettant aux Strasbourgeois de se promener dans les parcs urbains et dans les forêts qui bordent notre ville.
  • Un risque accru pour la santé physique : les parcs urbains proposent une alternative à la vie sédentaire que nous avons subie pendant près de deux mois, en stimulant les envies de promenades et d’activités physiques de toutes les catégories sociales et de toutes les tranches d’âge. La présence d’espaces verts tend également à réduire les risques de surpoids, surpoids facteur de risque majeur de Covid-19.
Le petit parc des Halles, une respiration bienvenue dans la forêt de béton, est inaccessible (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Si les forêts et espaces verts urbains favorisent des activités physiques bénéfiques pour la santé, comment tolérer l’interdiction de leur fréquentation en cette période de crise sanitaire ? Cette interdiction accentue également les inégalités, car ces espaces sont bien souvent le seul lien à la nature accessible pour nos concitoyens !

Outre l’offre de soins, une grande part des facteurs de santé d’une population reposent sur des déterminants environnementaux et socio-culturels. En intervenant sur le logement, la mobilité, la nature en ville, l’alimentation ou encore la pollution de l’air, une municipalité peut actionner des leviers positifs ou négatifs sur ces déterminants. Autoriser l’accès à la nature, c’est offrir de meilleures conditions de vie aux habitants.

« Faisons confiance aux Strasbourgeois ! »

En 1907, à Strasbourg, le docteur Garcin, membre du conseil de direction de l’Assistance publique, proposait la mise à disposition de terres pour améliorer l’hygiène et la santé des ouvriers issus de l’exode rural : c’est la naissance des jardins ouvriers / familiaux.

En 2020, en pleine pandémie, l’État fait l’exact inverse en interdisant la fréquentation des espaces de nature, lieux hautement bénéfiques pour la population, en particulier pour la part de celle-ci qui ne peut jouir d’une maison secondaire, d’un jardin ou d’un environnement spacieux et verdoyant.

À madame la Préfète et au maire de Strasbourg, nous adressons cette requête : pour prendre soin de la population, permettez la réouverture immédiate des espaces verts à Strasbourg ! Plutôt que d’interdire, informons, éduquons, éveillons les consciences, pour mieux appréhender les risques liés à la contamination du virus. Comme nos voisins allemands le font depuis le début de la crise, faisons enfin confiance aux Strasbourgeois !

L'AUTEUR
Suzanne Brolly et Jean Verlen
Spécialiste de la nature en ville, et urbaniste et co-président du groupe écologiste à la Ville de Strasbourg, tous les deux colistiers de Strasbourg écologiste et citoyenne.

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