Quelle surprise, j’ai 46 ans et j’ai une nouvelle fois été victime de discrimination. Pourtant, je suis prévenu : chaque communication de SOS Racisme me rappelle que dans certains lieux privés comme une plage, un resto ou une discothèque, des cas de discrimination au faciès sont relevés à chaque campagne de testing.
Sur ce sujet, je pense qu’il faut garder sa dignité même si c’est dur de ne pas réagir : quelqu’un ne veut pas de mon argent, je le dépense ailleurs. Mais comment faire pour que cette réflexion, ce cheminement, sur cette stupidité humaine qu’est le racisme, cette méchanceté gratuite qui mérite plus d’empathie que de haine ou de colère, soit transmise à mon fils autiste ?
Samedi 25 juillet, jour de grande braderie à Strasbourg, mon fiston avait planifié notre journée : pizza en Allemagne à midi et promenade au centre de Stras pour l’après-midi. Il a sorti son beau maillot de foot, affichant ostensiblement “France” pour l’occasion.
Comme beaucoup de Strasbourgeois, je me rends à Kehl une à deux fois par mois en tram comme s’il s’agissait d’un quartier de l’agglomération. Seul, j’ai dû présenter mes papiers deux fois en un an, aucune question ni une fouille de sac, même depuis le retour des contrôles systématiques à la frontière en 2024.
Mais ce samedi-là, mon fils métis de 15 ans était avec moi et j’ai découvert, médusé, ce quart d’heure d’humiliation et de bêtises : « D’où venez-vous ? » nous a-t-on demandé quatre fois de suite à la sortie du tram, comme si Strasbourg n’était pas une réponse satisfaisante. Je mobilise mes restes d’allemand pour expliquer que nous étions en route pour manger une pizza…
Entourés par six policiers en barrage physique
Des deux premiers policiers qui ont choisi de nous contrôler, la seconde s’adresse à mon fils en le prenant par l’épaule. Pour éviter qu’il ne réagisse vivement, j’indique à la policière qu’il est autiste et que sa carte d’identité est détenue par son collègue… Mais en moins d’une minute, nous voilà entourés de six policiers, en barrage physique au cas où mon fils et moi devions fuir. Je remarque alors ces regards de la centaine de voyageurs du même tram qui nous dévisagent se demandant si nous sommes dangereux ou recherchés…
Puis, le policier qui semblait être le chef sort son smartphone et lance un contrôle pour voir si nos cartes d’identité ne déclenchent pas une alerte. Rien évidemment mais encore une minute de vive tension, tout ça pour une part de pizza.
Pendant toute la durée de ce contrôle, j’ai tenu à garder mon calme même si j’étais plutôt choqué par l’évolution de la situation. Mais j’ai surtout voulu montrer à mon fils la conduite à tenir face à des policiers : une posture et une tonalité de voix calmes. Par habitude sans doute, j’ai même ajouté un « Danke » lorsque les policiers nous ont rendu nos cartes d’identité.
Je me suis quand même demandé toute l’après-midi, comment on fait quand on parle pas un mot d’allemand ? Comment aurait fait mon fils s’il avait été seul, lui qui aimerait parler allemand mais à qui le collège ne lui a permis d’accéder qu’à deux années de cours d’anglais ?
De son côté heureusement, il n’a pas trop relevé cette situation. Mais je me suis rendu compte qu’en tant qu’autiste qui peut se sentir menacé si on le contraint physiquement et non germanophone, il est devenu dangereux pour lui d’aller se promener à Kehl. Je pensais avoir appris à vivre avec le racisme ordinaire, je me trompais.



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