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L’Université refuse d’exonérer les étrangers désinscrits et provoque la colère des étudiants

37 étudiants étrangers n’ont pas réussi à payer les nouveaux frais d’inscription de 3 941 euros. Ils sont de 254 euros pour les français. La présidence de l’Université de Strasbourg a annoncé ce 16 avril qu’elle compte toujours les radier. Plus tard dans la journée, des manifestants ont interrompu un conseil d’administration.

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L’Université refuse d’exonérer les étrangers désinscrits et provoque la colère des étudiants
Les manifestant-es ont interrompu un conseil d’administration de la présidence de l’Université de Strasbourg.

La fin d’année universitaire approche et la pression autour du sort des étudiants et étudiantes non-européennes augmente à l’Université de Strasbourg (Unistra). Quelques dizaines de personnes, 37 au dernier pointage de la direction, n’ont pas réglé la totalité de leurs frais de scolarité fortement majorés : 3 941 euros pour les étudiants de master qui ne viennent pas d’Europe, contre 254 euros pour les autres.

Au total, selon l’Université, 310 étudiants « extra-communautaires » sont assujettis à ces « droits différenciés » suite à un décret ministériel de 2019 appelé « Bienvenue en France ». Ils viennent pour beaucoup de pays d’Afrique subsaharienne ou du Maghreb, où ces frais représentent une somme titanesque.

La situation a poussé la présidence de l’Unistra à re-détailler sa position devant la presse ce 16 avril. L’an dernier, des étudiants avaient pour la première fois été confrontés aux droits différenciés, mais des exonérations partielles avaient été décidées sous la pression des syndicats. Ce n’est cette fois pas au programme.

La présidente de l’Université de Strasbourg maintient la politique de l’établissement qui mène pour la première fois à faire payer des droits de scolarité différenciés à Strasbourg et à procéder à des désinscriptions.Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

L’Unistra reste sur sa position

Alors que des lettres de désinscription ont été envoyées à 47 étudiant-es en mars, 10 d’entre eux ont pu s’acquitter de la somme. « Tant que les frais ne sont pas payés, l’inscription administrative n’est pas complète », précise Rachel Schurhammer, vice-présidente à la formation. Et ce même si des étudiant-es ont « suivi les cours, et passé des examens ».

En conséquence, la vice-présidente à la formation de l’Université réfute le terme de « désinscription » ou de « radiation ». Les courriers qu’ont reçus les personnes concernées, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, ont pourtant bel et bien pour objet : « annulation de votre inscription administrative ». « Je ne sais même pas si je suis vraiment désinscrit, déplore un étudiant. Je n’ai plus accès à certaines choses comme les bibliothèques mais je continue à aller en cours. »

Pour la présidente Frédérique Berrod, faire une exception pour les étudiants les plus en difficulté face à ces frais contreviendrait à la politique décidée par l’établissement avant son élection :

« Il ne nous paraît pas possible d’exonérer maintenant ceux qui n’ont pas payé, cela poserait un problème d’équité par rapport à ceux qui ont déjà payé. »

L’intersyndicale demande justement le remboursement des frais pour celles et ceux qui ont déjà payé. Frédérique Berrod préfère pour l’instant insister sur le fait que « les étudiants qui souhaitent s’inscrire doivent former leur parcours en toute connaissance de cause ». Elle assure que des efforts ont été faits sur la communication, dès l’inscription auprès de Campus France, l’agence qui centralise les inscriptions des étudiants étrangers.

Conseil d’administration chahuté

Plus tard dans la journée ce 16 avril, une intersyndicale composée de dix organisations a manifesté devant le siège de la présidence. Une grosse centaine de personnes ont écouté des prises de paroles ainsi qu’une chanson d’une chorale queer dénonçant la frontière que représente ces frais différenciés. « Vous n’êtes pas seules », a hurlé une militante au mégaphone, à destination des étudiants et étudiantes concernées.

Une centaine de personnes se sont massées devant le siège de la présidence de l’Unistra.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Dans l’assemblée, plusieurs d’entre eux étaient présents et se sont confiés sur le drame que représente ces potentielles désinscriptions. Leurs témoignages seront relayés dans un article dédié ces prochains jours. « Je n’arrive plus à me concentrer, à réviser, alors que je suis convoqué aux examens de fin d’année en avril, relate l’un d’entre eux. J’ai déjà accumulé des retards de loyers pour envoyer un premier virement à l’université, mais là c’est entièrement impossible de régler la somme complète. »

Les manifestant-es ont voulu interpeller directement la présidence.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Après le rassemblement, une partie des manifestants et manifestantes s’est rendue dans l’Institut Le Bel, où la présidence de l’Unistra tenait un conseil d’administration. Bloquées par la sécurité devant une porte, une quinzaine de personnes ont tout de même réussi à se faufiler par un petit passage pour se retrouver dans une cour séparée de la salle du conseil d’administration par une simple baie vitrée. Frédérique Berrod et les administateurs ont quitté la salle, séparée des militants par la sécurité et sous les slogans. « Même si Berrod ne veut pas nous on est là. Pour l’honneur des étudiants et pour les exonérations nous on est là. »

Un conseil d’administration a finalement été interrompu.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

14 700 étrangers, 310 avec « le tarif plein »

Au total, l’Université compte 14 700 étudiants étrangers, dont une majorité, 10 380, de non-européens, majoritairement venus d’Asie et d’Afrique (40% pour chacun des deux continents). Mais comment se retrouve-t-on alors avec seulement 310 étudiants concernés ? « 48% ne sont pas assujettis sur des critères nationaux et 49% sont éxonérés par l’Université de Strasbourg, conformément à notre politique d’exonération », détaille la professeure de droit Frédérique Berrod. Il reste donc, sur 10 380 non européens, 3% de non éxonérés, soit 310 personnes.

Ce sont, en gros, des étudiant-es qui sont arrivées à l’Unistra pour le master. Celles et ceux qui sont en Licence, ou en Master après avoir suivi une Licence à l’Unistra, ou qui viennent d’un établissement « avec une convention » de l’Unistra ne payent pas. La présidence déclare appliquer les frais différenciés aux étudiant-es arrivées pour le master pour ne pas dépasser le seuil de 10% de personnes exonérées (par rapport au total des 60 000 inscrit-es) imposé par le décret Bienvenue en France.

La direction dit avoir contacté individuellement les 37 étudiants qui n’ont pas réussi à payer pour essayer de trouver des solutions au cas par cas et a proposé des rendez-vous le 16 et le 17 avril. « Nous sommes bien évidemment conscients que le paiement de ces droits différenciés pose des difficultés », poursuit la présidente. « Je vais y aller mais je me demande bien ce qu’ils vont me dire. Si je pouvais payer je le ferais directement », souffle un étudiant originaire d’Afrique de l’ouest.

L’intersyndicale de dix organisations demande d’exonérer les personnes concernés et demande la fin de ces frais différenciés, à quelques semaines de leur fin d’année, en dépassant le seuil de 10% comme l’a fait l’Université Paul Valery Montpellier 3 Paul Valery en 2021-2022 et 2022-2023.


#étudiants étrangers

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