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L’Université de Strasbourg met fin au festival Démostratif

L’Université de Strasbourg a retiré son soutien à Démostratif, provoquant la fin du festival des arts scéniques émergents. L’Unistra indique vouloir rediriger ses moyens vers la Pokop, une salle dédiée au spectacle vivant.

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L’Université de Strasbourg a décidé de retirer son soutien financier au festival Démostratif.

Fin décembre 2025, Sacha Vilmar, directeur du festival Démostratif, a été informé par l’Université de Strasbourg (Unistra) de sa volonté de retirer son soutien au festival des arts scéniques émergents. « C’est donc le cœur lourd que je vous annonce qu’il n’y aura plus de festival Démostratif et ce dès 2026 », écrit Sacha Vilmar dans un communiqué à l’adresse de ses collaborateurs.

Depuis 2018, Démostratif avait lieu chaque année avant l’été. Pendant cinq jours, il mettait en valeur « la création sous toutes ses formes », de la part d’étudiants d’universités, d’écoles nationales et de conservatoires, ou de jeunes sans diplôme. Entièrement gratuit, le festival se déployait en plusieurs lieux du campus universitaire et permettait à la scène émergente de se créer ses premiers contacts professionnels.

Un tremplin pour les jeunes artistes

« C’est très difficile de parvenir à présenter ses performances devant des professionnels du spectacle », explique Sacha Vilmar :

« Dans notre festival, plus de 25 programmateurs étaient présents, eux qui d’habitude n’ont pas le temps de répondre aux sollicitations. C’était un tremplin inespéré pour ces 80 jeunes artistes, d’autant plus que le festival était reconnu dans toute la région. Je ne connais pas d’équivalent en termes de visibilité. »

La deuxième édition avait accueilli un battle de dance.Photo : Teona Goreci / Document remis

« J’ai créé ce spectacle quand j’avais 21 ans, j’en ai aujourd’hui 29. Mettre fin à ce rendez-vous est très triste », conclut le directeur du festival avec dépit. « C’est comme si tout ce travail n’avait servi à rien ». Après le démantèlement du pôle artistique de l’Agence culturelle du Grand Est, l’art scénique alsacien est privé d’une autre plateforme importante.

Un soutien de l’Université indispensable

Le retrait de l’Université est synonyme de coup d’arrêt pour le festival. Celle-ci était indispensable en tant qu’hôte, accueillant les spectacles sur plusieurs lieux du campus. Son apport financier s’élevait à hauteur de 100 000 euros, soit un peu moins de la moitié du budget total (250 000 euros). Parmi les autres partenaires financiers figuraient la Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est (Drac), la Région Grand Est, la Collectivité européenne d’Alsace et la Ville de Strasbourg. Le reste était financé par quelques mécènes, comme le Crédit Mutuel.

Les recettes propres du festival reposaient uniquement sur les ventes du bar effectuées sur le campus. Celles-ci ont été fortement impactées en 2025 à cause de pluies persistantes. Les bénéfices de la buvette étaient seulement de 8 000 euros, contre plus de 20 000 en 2023. La Ville de Strasbourg a donc été contrainte d’augmenter exceptionnellement ses subventions de 5 000 euros, tandis que l’Université à rallongé son budget de 4 000 euros.

Un problème de concertation

Selon Enrica Zanin, vice-présidente culture à l’Université de Strasbourg, cette décision vise à rediriger l’argent vers un « projet plus fort ». L’Université compte notamment créer un poste de directeur artistique pour sa salle de spectacles de la Pokop, investir dans une programmation plus ambitieuse et accompagner les troupes émergentes à travers des résidences.

« On n’arrête pas notre soutien à la création émergente », insiste la vice-présidente culture. En plus de la « météo pluvieuse », elle évoque le fait que cet évènement avait lieu après les cours universitaires, lorsque beaucoup d’étudiants et étudiantes étaient absentes.  

Sacha Vilmar dénonce un problème de calendrier et de concertation :

« Cette décision aurait pu se faire de façon anticipée. Pour les 23 salariés, ce sont des contrats de travail qui ne vont pas être renouvelés et c’est très difficile à six mois du festival. On aurait aimé disposer d’au moins un an pour nous retourner. Par exemple, les frais pour les locaux étaient couverts par le festival. On a des baux en cours, ce sont des choses qui mettent du temps à s’arrêter. On doit aussi vendre le matériel. »

Chaque année, le village du festival accueille le cœur des festivités. Photo : Teona Goreci / Document remis

Il dénonce également une décision prise de manière unilatérale, sans l’accord des autres investisseurs du projet. Pour lui, ce n’est pas « honnête intellectuellement », d’autant que le rôle de son association était nécessaire dans la programmation d’un tel évènement :

« Les autres financeurs du projet n’auraient pas accepté de soutenir un festival organisé directement par l’Université, comme il s’agit d’un service d’État. Ils ont accepté de financer Démostratif uniquement parce qu’une association tierce le prenait en charge. Les programmateurs invités au festival faisaient aussi partie de mes contacts personnels. Je les avaient rencontrés lors de tournées avec ma compagnie de théâtre. Ils venaient parce que j’avais réussi à nouer une relation de confiance avec eux. »

Une volonté de collaboration

Enrica Zanin décrit une « année de transition » pour justifier les contraintes subies par Sacha Vilmar et ses collaborateurs. Selon elle, l’arrêt du festival était en discussion depuis septembre 2025. « Ce n’est pas une décision prise du jour au lendemain », se défend-elle tout en assurant que l’Université souhaite continuer à collaborer avec le directeur du festival.

L’Unistra l’a tout de même invité à participer à la programmation de son nouveau projet à la Pokop, à partir de septembre 2026. Ce que Sacha Vilmar a accepté. Selon lui, l’Université lui a probablement fait cette proposition pour ne pas perdre le fonds de 100 000 euros qu’elle injectait dans Démostratif. Il s’agit d’une somme qu’elle reçoit de l’État et qui est renouvelable chaque année :

« Ils auraient pu nous proposer de faire le festival sous une autre forme, à partir de septembre et sur un semestre. »

L’ancien directeur artistique de Démostratif a aussi été encouragé à candidater à un futur poste lié au nouveau projet de l’Université, celui de directeur artistique de la Pokop.


#culture

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