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West Side Story : un classique de la comédie musicale à l’Opéra national du Rhin
Culture 

West Side Story : un classique de la comédie musicale à l’Opéra national du Rhin

par Alizée Chebboub-Courtin.
Publié le 28 mai 2022.
Imprimé le 17 août 2022 à 11:46
2 189 visites. 3 commentaires.

Le classique « West Side Story » de Leonard Bernstein investit l’Opéra du Rhin, du 29 mai au 10 juin. La célèbre tragédie musicale emporte les spectateurs dans les rues new-yorkaises, où l’amour se heurte au racisme et à la pauvreté de la société américaine.

Après « Un violon sur le toit », en 2020, la comédie musicale revient à l’Opéra du Rhin (OnR) avec la très célèbre « West Side Story ». Mis en musique par Leonard Bernstein et chorégraphié par Jerome Robbins en 1957, ce Roméo et Juliette des temps modernes est remis en scène par Barrie Kosky, également directeur artistique du Komische Oper de Berlin. En résulte une magnifique performance artistique, qui aurait cependant gagné à se libérer davantage du modèle original pour renouer avec l’actualité.

Le couple d’amoureux maudit est incarné par la soprano néozélandaise Madison Nonoa et Mike Schwitter, diplômé en comédie musicale de la Faculté de musique de l’Université de Cincinnati. (Photo Klara Beck / ONR)

Pour écrire cette chronique du spectacle, Rue89 Strasbourg a assisté à une répétition du spectacle.

Les rideaux s’ouvrent sur une scène très minimaliste. Seul un panier de basket, des lumières tamisées et un joueur solitaire permettent de situer l’action. Ce parti-pris est assumé tout au long du spectacle par Barrie Kosky qui a expliqué, dans un entretien réalisé pour l’OnR :

« C’est ce que (nous) voulions depuis le début : une West Side Story dans laquelle le monde de la ville naît uniquement de la lumière et des corps humains. La ville, vraiment la voir, n’est pas nécessaire. Ce qui est important, c’est de sentir la ville ! Et les gens qui y vivent. »

Aimer au milieu de la violence et des inégalités

Dans ces rues new-yorkaises – mais qui auraient pu appartenir à une autre ville – deux gangs s’opposent. Les Jets, fiers descendants d’immigrés européens, craignent de perdre le contrôle de leur quartier depuis l’arrivée des Sharks, jeunes Portoricains. Un cadre politique intéressant qui met au centre de l’intrigue des personnages pauvres et racisés, quand ces caractéristiques sociales assumées sont encore rares sur les planches des opéras.

Mais au lieu de reporter leur haine sur la société qui les maintient dans la rue, c’est contre les nouveaux arrivants que les Jets décident de se battre pour conserver le peu qu’ils ont. Lors d’une soirée dansante, Riff, leur chef, déclare la guerre aux Portoricains et leur propose un combat dès le lendemain.

Le spectacle, à la mise en scène épurée, est marquée par plusieurs tableaux particulièrement esthétiques. Ici, la scène du bal et de la rencontre entre les deux amoureux. OnR © Klara Beck

En deux actes, la comédie musicale dure 2h45. Elle est interprétée en anglais, avec un surtitrage en français et en allemand. Conseillée à partir de 12 ans.

Dans ce contexte haineux, Maria, la sœur du chef des Sharks, et Tony, ancien meneur des Jets, se rencontrent fortuitement. Dès leur première danse, illuminée par les reflets de dizaines de boules à facettes, ils tombent amoureux. Liés l’un à l’autre par leurs sentiments, ils tenteront de survivre dans un monde violent qui pousse les communautés à se déchirer.

Chanteurs internationaux, danseurs et orchestre alsacien

Pour faire vivre cet univers, plus de soixante interprètes occupent la scène. Parmi eux, les fantastiques danseurs du ballet de l’OnR au complet se glissent parfaitement dans leur rôle. Ornés d’imposants tatouages, le regard droit, ils exécutent avec force les grands mouvements d’ensemble du chorégraphe Otto Pichler. Avec la participation du metteur en scène Barrie Kosky, ce dernier a remanié la chorégraphie originale de Jerome Robbins pour lui donner un nouveau souffle. Les danseurs sont portés par la somptueuse musique de Leonard Bernstein, interprétée par l’Orchestre symphonique de Mulhouse.

Les danseurs du Ballet de l’OnR participent au grand complet au spectacle. En plus de la danse, ils participent également au chant. (Photo OnR/ Klara Beck)

La performance de la soprano néozélandaise Madison Nonoa, dans le rôle Maria, se distingue particulièrement par une touchante et très juste interprétation. Mais les rôles secondaires ne sont pas en reste, dans un spectacle qui laisse la place à la singularité de chacun.

Une vision très classique de l’œuvre

La prestation est réussie et très proche de la version originale du spectacle, démocratisée par son adaptation au grand écran en 1961. Mais dans une société en perpétuel changement, cette fidélité peut être aujourd’hui discutée, que ce soit dans la représentation très genrée des bandes de rue ou dans la mise en scène de violences sexuelles.

Si les inégalités mentionnées dans la pièce persistent, elles prennent de nos jours des formes différentes qu’il aurait été intéressant d’étudier en imaginant une version plus moderne de cette histoire d’amour impossible. West Side Story a originellement été créée pour dépoussiérer et redonner une dimension politique au mythe de Roméo et Juliette. Il serait peut-être temps pour les générations actuelles de s’en emparer à leur tour pour dépasser le beau divertissement et renouer avec la force politique de l’art.

Y aller

West Side Story, à Strasbourg à l’Opéra du Rhin place Broglie du 29 mai au 10 juin, place Broglie et à Mulhouse à la Filature du 26 au 29 juin. Réserver sur le site de l’OnR.

Article actualisé le 30/05/2022 à 15h02
L'AUTEUR
Alizée Chebboub-Courtin
Alizée Chebboub-Courtin
Journaliste sortie de l'Ecole de Journalisme de Grenoble. Fouineuse hyperactive. Social, écologie et féminisme.

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