« Effectivement, une réélection semble inévitable », souffle Nicolas Benoin, en sortant de la salle d’audience. Il est le premier adjoint de Raphaële Schober, maire de Wittelsheim depuis mars, étiquetée Rassemblement national. Il s’agit de la seule commune alsacienne gagnée par le parti d’extrême droite lors des élections municipales de 2026. Et cette victoire risque fort d’être annulée par la justice. L’ancien maire Yves Goepffert (divers centre) et le préfet du Haut-Rhin ont adressé des recours au tribunal administratif de Strasbourg pour demander l’annulation du scrutin.
Lors de l’audience de mardi 29 septembre, la rapporteure publique, dont l’avis est souvent suivi par les juges, a détaillé les irrégularités constatées lors de la campagne électorale et elle a conclu en recommandant l’annulation du scrutin. La victoire de Raphaële Schober s’est jouée à 17 voix près, au terme d’un second tour réunissant quatre listes. Mais vendredi 20 mars, deux jours avant le second tour, Frédéric Grasseler, ancien policier municipal de Wittelsheim et colistier de Raphaële Schober, a publié sur Facebook des accusations sur la gestion de la police municipale pendant le mandat de Yves Goepffert, candidat à sa réélection. Il y évoque notamment, sans précisions, des problématiques de harcèlement.
Accusations publiées au dernier moment
Quelques heures plus tard, à partir de minuit dans la nuit du vendredi au samedi, les candidat·es étaient soumis·es au silence de la réserve électorale. « Le texte du code électoral est clair », avance Me Dezempte, avocat de Yves Goepffert :
« Il est interdit de porter à connaissance du public un élément nouveau de polémique électorale, à un moment tel qu’il n’est plus possible d’y répondre avant la fin de la campagne. Ce post, qui formulait des accusations graves, a été publié au dernier moment. »

Rien que cet événement devrait « conduire à annuler les élections » selon la rapporteure publique. Elle pointe aussi le fait que la nationalité italienne d’un candidat de la liste arrivée troisième n’ait pas été mentionnée. « Cela peut paraitre désuet », convient-elle. Mais cette règle est là pour permettre « la complète information des électeurs », qui doivent notamment pouvoir s’assurer qu’un colistier n’est pas déjà élu dans une collectivité à l’étranger. Les voix pour cette liste auraient donc dû être annulées au premier tour, ce qui aurait changé tout le scrutin puisqu’elle n’aurait pas été présente au second tour.
Déjà des dissidences
Raphaële Schober n’était pas dans la salle d’audience ce 29 septembre. Les cinq élus qui ont fait le déplacement n’ont pas souhaité commenter l’affaire devant les magistrats. À la sortie du tribunal, Déborah Louis, adjointe à la communication, espère « une tolérance » pour sa liste, bien qu’elle reconnaisse que les irrégularités semblent établies. « Retourner voter ça risque d’être compliqué pour les Wittelsheimois », estime Mireille Wieder, adjointe à la culture. En cas d’annulation des élections, les deux adjointes feront tout de même à nouveau campagne derrière Raphaële Schober.
Mais ça sera sans les trois autres élus de la liste RN également présents mardi à Strasbourg. « Je ne sais pas encore si on repartira en campagne, ça reste très hypothétique. La seule certitude, c’est qu’on ne sera pas sur la même liste que Raphaële Schober », déclare Nicolas Benoin, pourtant premier adjoint. Outre la probable annulation des élections, la municipalité RN connait déjà des dissidences, six mois après le début du mandat. Six élus de la liste d’extrême droite, rejoints par cinq élus d’opposition, ont demandé la suppression des délégations de la maire. « Il y a une vraie scission, pour nous elle n’est pas capable d’administrer une ville », commente Nicolas Benoin.
Conclusions le 6 octobre
Sans rentrer dans les détails, ils accusent leur maire d’avoir mis en place un management toxique, avec des injonctions contradictoires, de concentrer les pouvoirs et de ne pas laisser d’autonomie à ses adjoints. Nicolas Benoin n’a pas souhaité préciser s’il serait candidat en cas de nouvelles élections. Mais il a tout de même demandé en fin d’audience, « pour [son] avenir », si les juges pouvaient se prononcer au sujet de son éligibilité. Étant officier de police judiciaire à Mulhouse, il pourrait intervenir à Wittelsheim dans ses fonctions. Or la jurisprudence tend à rendre inéligibles les officiers de police judiciaire dans leur ressort.
Le tribunal administratif de Strasbourg rendra sa décision mardi 6 octobre. En cas d’annulation du scrutin, Raphaële Schober pourrait faire appel devant le Conseil d’État.



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